Avant toute chose je sors d’ors et déjà mon chéquier afin de verser les royalties de l’expression qui va suivre : « Putain 15 ans !! ». Il y a deux semaines, s’achevait la quinzième édition du festival Extrême Cinéma à la Cinémathèque de Toulouse. 15 années de bizarre, de gore, de sexe, d’ultra violence et surtout de fun. A l’instar des éditions précédentes, cette année il n’y avait pas de thème central inhérent aux films proposés. Un joyeux pêle-mêle s’offrait donc aux braves qui ont osé ouvrir les portes de la Cinémathèque. Nous avons pu, à notre plus grand plaisir, revoir l’apparition des doubles programmes. En effet, nos deux programmateurs vedettes ont décidé de mettre en avant un format trop oublié en salle : le court métrage. Tel une séance de la bonne époque des Midnight Movies, nous avons été gâtés le long de cette (trop) courte semaine. Gage de qualité, le choix des fameux courts a été confié à Benjamin Leroy. Si son nom ne vous parle pas forcément, vous connaissez sans doute le fameux PÏFFF (Paris International Fantastic Film Festival), festival dont il est programmateur. Retour sur quelques films qui continuent encore à me marquer même 15 jours après les avoir vu.

Extreme Cinema (2013) - Critique

Le premier film qui s’imposait comme une évidence jouait d’une extrême nostalgie (pas si extrême qu’un autre film de la programmation mais on y reviendra plus tard) que je nourrissais pour lui. Vorace de Antonia Bird avec le grand Robert Carlyle, Guy Pearce et David Arquette entre autre. L’histoire raconte l’affectation d’un capitaine dans un fort isolé en Californie durant la guerre américano-mexicaine. C’est un homme peureux. Il ne supporte pas la violence mais n’ose pas affronter ses peurs. Ses supérieurs le pensant héroïque après une prise de pouvoir d’une lâcheté suprême dans un fort ennemi, c’est tout naturellement qu’ils lui offrent ce poste haut placé. Seulement, les démons du monsieur le rattraperont vite lors de l’arrivée d’un personnage qui va bouleverser les bonnes mœurs et l’éthique de chacun. Je gardais un excellent souvenir de ce film qui oscille bravement entre western et film de genre, force fut de constater en fin de lecture qu’il en est toujours autant. Je n’ai jamais été fan du cannibalisme au cinéma, j’ai toujours été dérangé par le fait de montrer des peuples tels qu’ils ne le sont pas en réalité. La vision barbare de la boucherie pour de la boucherie qui nourrit des œuvres comme Cannibal Holocaust n’a jamais été porté dans mon cœur. Fort heureusement, il subsiste des œuvres avec la même thématique qui ont une place à part et Vorace y somnolait depuis des années ; années où j’avais eu la chance de le découvrir (aaah la bonne époque des vidéos-club…). Le film peut sembler maladroit dans sa démarche (je vous invite à vous renseigner sur la production chaotique qu’il a subit) mais se révèle être le compromis parfait entre un Sergio Corbucci qui viendrait mettre une bonne rouste à un Ruggero Deodato et vice versa. Jamais extrême, toujours justifié, le mythe du cannibalisme est élevé à un rang mystique insoupçonné. On rit du dégoût que peuvent nous procurer certaines scènes et en ce sens, c’est un pari réussi d’avoir osé mêler deux genres qui, à priori, n’ont rien à faire ensemble. Vorace digne descendant de El Topo ? C’est une question à creuser, en attendant, c’est un film à conseiller à tous les amateurs de genre qui ne supportent pas spécialement les effusions de sang (oui le film reste soft en matière d’effets chocs).

Extreme Cinema (2013) - Critique

Le second film que je ne peux évidemment pas oublier d’évoquer ici est le fameux Schizophrenia (Angst en autrichien dans le texte) seule et unique œuvre signée Gerald Kargl. J’entendais parler de ce film depuis quelques temps notamment puisqu’il est cité comme influence majeure du grand Gaspar Noé. Adorant le style de notre français, il me tardait de découvrir l’origine des heures de « jouissance pupillaire » arborant ma mémoire de cinéphile. Schizophrenia nous plonge d’emblée dans les méandres psychotiques de l’esprit psychopathe d’un tueur en proie à de grosses pulsions malsaines et maladives. En sortant de prison, il trouvera refuge dans une maison isolée où il croisera le chemin d’une famille atypique à l’image des crimes qu’il s’apprête à commettre. Gerald Kargl place sa caméra au service de son protagoniste principal (Erwin Leder transpire la barbarie). La quasi-totalité des plans du film sont « aériens ». La technique développée lors du tournage était d’avoir mis un miroir face au tueur et de filmer son reflet. Les actes perpétrés se font dans un temps dit « réel » et nous laissent complètement impuissant face au carnage qui se passe sous nos yeux ébahis. Celles et ceux qui ont eu le courage de se lancer dans l’expérience Enter the Void (dont il s’inspire allégrement) comprendront le parti prit artistique élaboré dans Angst. Oubliez les mises à mort que vous avez l’habitude de voir dans le cinéma « mainstream », ici vous apprendrez qu’être tueur est bien plus fastidieux qu’on pourrait le croire. Tuer une personne se révèle être long, dur, violent, cru et douloureux. Il est très difficile de vous dire si j’ai vraiment aimé le film au point d’avoir envie de le revoir un jour, mais soyez-en sûr que c’est une expérience unique pour quiconque a le cœur bien accroché.

Extreme Cinema (2013) - Critique

Allez, il est temps de faire honneur à un grand nom du cinéma porno français des 70’s (euh pardon, film d’amour, l’expression vient du monsieur lui-même) : Monsieur Gérard Kikoïne. Deux de ses films étaient projetés cette année. Si je me suis plutôt laissé tenté par A Gun for Jennifer le soir de la diffusion de son fameux Parties Fines, que les fans de Brigitte Lahaie ont eu la chance de re-dévorer à pleines dents (mains ?) ; quelle ne fut pas ma joie d’avoir eu la chance de discuter avec lui avant le début de la séance. C’est un homme avec un vécu impressionnant, sa passion pour le cinéma « fait maison » ne s’est pas détériorée d’une once après toutes ces années de métier. Après avoir longuement dialogué avec le monsieur, c’est avec un plaisir non dissimulé que je me suis rué sur son Edge of Sanity (Dr. Jekyll & Mr. Hyde en français dans le texte) avec dans le rôle titre, le toujours impressionnant Anthony Perkins. Kikoïne revisite le mythe de Jack l’Eventreur en mixant l’histoire schizophrénique du Dr. Jekyll. Le film nous plonge dans l’Angleterre du XIXème siècle où Perkins, éternel maudit à personnalité multiple, va s’en donner à cœur joie au milieu d’un terrain de chasse emprunt de filles de joie et d’opium meurtrier. Procurez-vous d’urgence ce bijou. La lumière est digne d’un Argento, les décors mêlent modernisme et baroque, Perkins est bluffant de folie, la réalisation est limpide : un véritable coup de cœur que fut ce film.

Extreme Cinema (2013) - Critique

Continuons sur les coups de cœur avec cette véritable révélation que fut le réalisateur Jeff Lieberman. Je n’avais pas spécialement apprécié son dernier film, Au Service de Satan, au point de ne pas m’intéresser à ses autres films. Fort heureusement que je fus pris d’une certaine amnésie, oubliant totalement le film mentionné ci-dessus, lorsque je découvris trois de ses films sur les quatre programmés cette année. Le monsieur a fait le déplacement depuis New-York afin de venir nous faire profiter de son univers cinématographique pas si expansif en terme de quantité (on ne compte que cinq longs métrages cinéma et trois téléfilms à son palmarès) mais tellement qualitatif dans ses contenus. A commencer par Blue Sunshine, le fameux rayon bleu étant un type de LSD ayant la particularité d’envoyer un retour d’acide à ses consommateurs dix années après son ingurgitation. Les symptômes qu’ils développent ainsi se traduisent par des instincts meurtriers impulsifs rendant les tueurs imberbes permettant de les dénuer de toute humanisation. L’emprunte 70’s du film m’a beaucoup fait pensé aux premiers films de David Cronenberg (notamment Rage) sans les côtés sanguinolents. Oui, Lieberman nous l’a confié lors de ses interventions, il n’aime pas les effets gores, il préfère de loin la suggestion qui reste beaucoup plus effrayante à ses yeux. Son style soft nous a vraiment séduit au point d’aller voir Just Before Dawn. Le titre français du film, Survivance, vous fera forcément penser au culte Délivrance de John Boorman et ce, même si presque dix ans les séparent. Lieberman le dit lui-même : « le titre français n’était qu’une excuse pour surfer sur le succès du film de Boorman, malheureusement, mon film est devenu culte avec le temps et n’a pas marché à sa sortie ». Survivance raconte donc l’énième histoire d’une bande de potes pris en chasse par deux jumeaux psychopathes et sanguinaires au milieu d’une forêt. Lieberman a eu envie de faire son propre Vendredi 13 avec Just Before Dawn et en regardant le film, vous y penserez forcément. Ce qui est intéressant, c’est le souhait et l’envie de révéler l’instinct animal qui sommeil en chacun de nous (sujet déjà abordé d’une différente manière avec Blue Sunshine) dans des conditions de survie extrême. Le style toujours sobre au niveau de la non-exposition d’hémoglobine à outrance fait vraiment du bien à voir. On notera bien évidemment un clin d’œil à des films comme La Colline a des Yeux de Wes Craven. Jeff Lieberman aime le cinéma, et comme un Tarantino, il sait bien mettre à profit ses références. Dans les films de genre un peu plus récent, je ne m’étonnerai pas que Just Before Dawn ait fortement influencé le fameux Détour Mortel de Rob Schmidt.

Extreme Cinema (2013) - Critique

Passons à la fameuse nuit de clôture. Rendez-vous incontournable et point plus que culminant du festival. Cette année le prix du meilleur court métrage a été attribué à C#ckfight de Julian Yuri Rodriguez où comment le Fight Club de David Fincher aurait décidé de partouser avec le Sodomite de Gaspar Noé. Extrêmement jouissif et totalement barré, la nuit commençait avec une mini apothéose. C’est monsieur Lieberman qui ouvre le premier long métrage de la nuit de clôture avec son film : La Nuit des Vers Géants. Et ce fut encore une belle facette du réalisateur que nous avons pu découvrir avec ce nanar totalement excentrique où des vers carnivores (qui n’ont de géants que le titre) s’en prennent aux pauvres bouseux de fermiers du coin. Un mise à l’en-vers (pardonnez le jeu de mot) de notre cerveau était fortement requis afin d’apprécier l’ambiance déjantée qui se dégageait dans la salle.

Les éternelles bandes-annonces gratinées entre les films permettent de tenir notre cerveau (in)conscient avant le film suivant qui, là, a été ma plus grosse claque nostalgique de tout le festival. Mad Mission 3, réalisé par Tsui Hark (oui, oui MONSIEUR Tsui Hark) m’a fait retomber à l’âge de 12 ans. Je me suis revu ces longues après-midi VHS où je regardais en boucle ce que je croyais être une quadrilogie (il y a six films en vérité, j’ai vite rattrapé mon retard dès le lendemain, sic !). Mad Mission c’est une série de films avec un scénario presque tout le temps identique : braquage de banques + flics et terroristes branquignols sur fond d’enquête déjantée. Seulement, et c’est là qu’ils sont fort ces chinois, la série se paie le luxe de détourner des scènes cultes du cinéma en engageant des sosies (et parfois même les véritables acteurs) dans le seul but d’en faire un joyeux « mindfuck » frôlant la crise cardiaque chez le spectateur. Mad Mission 3 ne déroge pas à la règle que s’étaient imposés les deux précédents en élevant la stupidité burlesque à sa puissance maximum. Ainsi vous aurez la joie d’apprécier un sosie de Connery en Bond au service de sa majesté qui engage un braqueur afin de dérober les joyeux de la couronne planqués dans un coffre fort qu’on ouvre en jouant au morpion mais attention car l’Amérique envoie Peter Graves (si, si le même monsieur de Mission : Impossible) à la rescousse des policiers qui poursuivront des motards déguisés en père-noël afin de trouver le fameux sous-marin de Bond…vous avez compris quelque chose ? C’est pas bien grave, il n’y a rien à comprendre si ce n’est que c’est juste ultra tordant. Moment extrêmement nostalgique pour moi si bien que je me suis senti obligé de remercier mon papa à 3h du matin pour m’avoir donné la chance d’avoir eu accès à cette culture.

La soirée battait son plein et le plat de résistance fut enfin servit : le « cultissime » Re-Animator de Stuart Gordon présenté en bobine 35mm et en VOSTFR s’il vous plaît (c’est une copie rare, il fallait que je le souligne). J’ai pu donc découvrir pour la première fois (et oui je sais, pas bien pour le coup) ce film culte dans les meilleures conditions. Il n’y a pas grand-chose à rajouter à tout ce qui a pu déjà être dit sur cette œuvre citée par de nombreux réalisateurs comme une référence absolue si ce n’est que j’ai littéralement pris mon pied devant. Arrivèrent ensuite Chuck Norris et David Carradine. Œil pour Œil eut la lourde tâche de clôturer ce long marathon cinématographique…et malheureusement il eut du mal à s’imposer. Les gens ont quasiment tous été bercés par la barbe du roux le plus célèbre du 7ème art, il faut dire que c’est loin d’être le film le plus « drôle » de Chuck. Il n’y a pas spécialement de punchline culte et je pense que c’est ce qui a eu raison des gens dans la salle à ce moment précis. Pourtant le début du film est très prometteur, dans la lignée des westerns spaghettis à la Corbucci mais l’ambiance retombe très vite à plat. On retiendra le moment Fast & Furious où Chuck met minable n’importe quel Vin Diesel mais mon excitation « Mad Missionesque » n’était pas encore retombée et je n’ai pas donc pu accorder à Chuck l’attention qu’il aurait pu (dû ?) mériter. La nuit se clôturera finalement avec un film éducatif sur la vie sexuelle des personnes du troisième âge, un film muet sur les fumeurs d’opium que visiblement seuls les fumeurs d’opium peuvent comprendre et, enfin, le tant attendu porno muet qui vante les mérites d’un viagra qui vous fera monter au plafond jusqu’à en perdre votre moustache. Le tout était accompagné par un duo psychédélique formé exclusivement pour l’occasion, j’ai nommé Adorrible. Sons électro torturés et guitare saturée ont fini d’achever le peu de neurones qu’il me restait.

Extreme Cinema (2013) - Critique

En définitive, et pour conclure ce long dossier, cette 15ème édition du festival Extrême Cinéma s’est déroulé dans les meilleures conditions qui puissent lui être agrées. Je tiens à remercier les équipes et les artistes pour leur gentillesse et leur entière disponibilité imparable. Plus que de simples projections de films, c’est un événement qui rassemble de vrais amateurs de genre, qui permet des échanges vraiment uniques et surtout anime une vraie foule de passionnés. Un an c’est long mais, pour sûr, je serai de retour présent l’année prochaine.

TONYO