Synopsis

Thomas, 9 ans, a deux passions : l’informatique et les super héros comme Rambo. Il croit encore au Père Noël. Au grand désespoir de sa mère et de son grand-père, il a transformé le château familial en terrain de jeux : des caméras de surveillance dans toutes les pièces, des pièges, des trappes, des filets, un énorme passage secret rempli de jouets… Le soir du 24 décembre, Thomas attend, caché sous la table, l’arrivée du Père Noël, bien décidé à le capturer. Mais sous la houppelande rouge se cache un psychopathe, avec qui Thomas a discuté sur le minitel.

La critique

Petite anecdote people avant de commencer : René Manzor est le frère de Francis Lalanne. On s’en bat les cacahuètes vous me direz mais ça risque de mieux vous aider à comprendre pourquoi le nom de notre chevelu national figure à la production de 3615 Code Père Noël. N’ayez crainte, Lalanne ne nous assigne pas de ses talents de chanteur pour la BO de celui-ci (il l’avait déjà fait sur Le Passage et si je vous dis « Pense à moi, comme je t’aime… » vous comprendrez la raison d’une partie du succès du film à l’époque. Et je me réjouis de vous l’avoir mis en tête, sic !). Non, non pas de Lalanne dans la musique ici…mais Bonnie Tyler oui ! Donc, on résume : un gosse, un père noël et une choucroute blonde avec la voix de Sylvester Stallone. Qu’est-ce que ce curieux mélange peut bien donner ?

3615 Code Père Noël (1990) - Critique

Présenté hors compétition lors du festival d’Avoriaz l’année de sa sortie, 3615 Code Père Noël est un film minimaliste qui n’arrive à subsister que par le bouche à oreille. Très peu diffusé en télévision et inédit en DVD, il a pourtant le mérite de proposer un survival à la française de très bonne facture. Son casting aussi est également de qualité. Brigitte Fossey, la petite de Jeux Interdits interprète la maman de Thomas ici. Louis Ducreux, grand monsieur du théâtre avant tout, qui campe le grand-père de Thomas. Manzor retrouve le gamin qu’il a fait jouer dans Le Passage afin de lui confier le rôle de ce Rambo haut comme trois pommes. Enfin retrouve…le petit crédité sous le nom d’Alain Mussy est en réalité le fils de ce dernier. Oui, les productions Manzor sont très familiales. Et enfin, sous le costume du père noël, il y a la présence de Patrick Floersheim. Si son nom parait sorti tout droit du bottin, il est apparut dans bons nombres de films célèbres (je vous invite à voir sa filmographie). C’est également un doubleur français, vous avez pu entendre sa voix sur celles de Robin Williams, Kurt Russell, Michael Douglas, Ed Harris ou encore Christopher Walken. Il est aussi la voix radio et télé du dispositif alerte enlèvement…c’est d’autant plus drôle que le rôle qu’il renvoie ici est aux antipodes de ce dispositif. Vous l’avez compris, c’est un acteur qui joue essentiellement avec sa voix et ça ajoute un plus qualitatif foncièrement glauque à ce père noël qui en a traumatisé plus d’un (votre serviteur le premier).

3615 Code Père Noël (1990) - Critique

Plus jamais vous n’attendrez au pied de la cheminée dans l’espoir de voir débouler Santa Claus. 3615 Code Père Noël joue toutes les cartes les plus malsaines qui pourraient être abattues lorsque l’on pense à cette période festive : des meurtres, de la torture psychologique et pédophile. L’œuvre se veut choquante et dénonciatrice. Elle distille sans aucune parcimonie sa folie destructrice afin de nous renvoyer en pleine face le côté le plus obscur de la démence chez l’être humain. Si j’insistais sur les talents plus qu’évident de Patrick Floersheim, sa proie, Alain Mussy, nous régale d’une force bluffante. En effet, ce petit bout de 9 ans, va devoir devenir homme s’il veut préserver sa vie et par la même occasion celle de son grand-père totalement dépendant. On y retrouve une métaphore exacerbée du rite initiatique du passage de l’enfance à l’âge adulte. Vous savez, cette période bien pourrie dans la vie de tout un chacun où votre corps change, mute. L’acné, la mauvaise haleine, la voix qui mue…la puberté fait mal. Ici la douleur est exprimée différemment évidemment et c’est dans les larmes et le sang que Thomas perdra toute l’illusion de ses rêves enfantins.

A l’heure où la traque aux pédophiles sur internet fait rage, le film montre bien que le problème était déjà d’actualité à l’époque du minitel. Les enfants sont vraiment de plus en plus précoce et veulent toujours tout faire beaucoup plus vite. D’ailleurs, la figure matriarcale absente du film qui abandonne son enfant aux mains de la « vie » juste après le décès du père est un leitmotiv qu’on peut retrouver chez René Manzor. Dans Le Passage, il y avait cette recherche de l’être aimé qu’on ne pense pas mort et qu’on veut revoir au point de ne pas trouver de soutien auprès de sa mère. Dans Un Amour de Sorcière, il se concentrait sur l’héritage familial à travers la convoitise du bambin. Traumatisme inhérent dans la famille Lalanne ou simple sujet qui inspire son auteur ? Je ne suis pas là pour taper sur Manzor, d’autant plus que ses films me parlent (serait-ce moi le traumatisé en fin de compte ?).

3615 Code Père Noël (1990) - Critique

3615 Code Père Noël s’adresse tout de même à des personnes ayant le cœur assez bien accroché. Ce n’est pas excessivement gore, loin de là, mais la pression psychologique des idées qu’il véhicule est clairement réservée à un public plus qu’averti. Il ne me reste qu’à souhaiter une fois de plus une édition DVD au plus vite. Je vous laisse, il faut que j’aille voir un psy afin de lui parler de ce traumatisme que je viens de m’attribuer. Tendresse, chocolat et bonnes fêtes comme dirait l’autre.

TONYO