Synopsis

Le voyage autour du monde de deux amis prend une tournure effrayante après leur rencontre avec une femme à Paris.

La critique

Bonjour, on est canadiens et on se pointe avec un énième found footage. Vous l’avez compris, Afflicted partait déjà avec un très mauvais à priori avant même son générique commencé. Très remarqué dans divers festivals où il a pointé le bout de son nez, le film de Lee et Prowse a suscité l’intérêt critique qui saluait un très bel effort. Les deux réalisateurs se mettent en scène avec, probablement, une part de vérité dans la construction de leurs personnages. On y fait la connaissance de Derek, meilleur pote de Clif, qui décide de tout lâcher (job, amis, famille) pour partir dans un road trip autour du monde d’un an. Il emmène avec lui son meilleur ami, réalisateur, Clif, avec lequel il fait les quatre cents coups depuis tout petit. Le film présente ses personnages de manière très efficace et est accentué d’images d’archives de vieux films tournés par les comparses (qui doivent sûrement être vrais). La frontière entre fiction et réalité est vraiment trouble en début de métrage et c’est drôlement efficace car les deux réalisateurs nous font complètement oublier le style bancal qu’impose la réalisation d’un found footage. On a l’impression de se retrouver sur History Channel où deux potes vont nous faire profiter d’un tour du monde grandiloquent. On s’attache immédiatement aux personnages, on est touché d’apprendre que Derek est atteint d’une maladie qui peut le paralyser, voire le tuer, à tout moment. On comprend la peur de la famille et de Clif à l’idée de le voir partir à l’aventure. Ils mettent en place un blog pour narrer leur voyage qu’ils appellent « Ends of the Earth », clin d’œil à leur précédente réalisation comme pour nous informer qu’il faut qu’on mette la main dessus.

afflicted-1

Après une courte escale à Barcelone et arrivés à Paris, les deux amis vont faire la rencontre d’une jeune femme qui va totalement bouleverser leur agréable voyage. Derek est retrouvé inconscient dans sa chambre d’hôtel, baignant dans le sang, l’arcade ouverte et une étrange morsure sur l’épaule. C’est à ce moment précis qu’on oublie le côté documentaire pour se rappeler qu’on ne regarde qu’une fiction. La force de vivre de Derek et la peur d’affronter les hôpitaux vont le forcer à continuer son voyage. Les deux amis posent leurs valises en Italie et c’est là-bas que les choses sérieuses commenceront. Petit à petit, il change et devient une créature assoiffée de sang incontrôlable. Les réactions des personnages sont tout à fait logiques et c’est justement de là qu’Afflicted tire une force indéniable. Le folklorique vampirique qui fait la culture de chacun va pousser les amis à examiner toutes les possibilités avant d’imaginer l’inévitable carnage humain. On retrouve un Derek qui a des réactions similaires à celles de Brad Pitt dans Entretien Avec un Vampire : il refuse d’accepter sa condition, il refuse de tuer. Bien avant cela, il faut aussi faire un rapprochement évident avec Chronicle de Josh Tank. Lorsque Derek va découvrir ses pouvoirs, les deux amis se livreront à des jeux puérils pour tester ses limites, mais, encore une fois, leur réaction est tout à fait plausible et tient la route comme ça se tenait pour Chronicle.

afflicted-2

Le film bascule petit à petit d’une comédie dramatique vers l’horreur la plus totale. Afflicted regorge de scènes sanglantes. On ne va pas bouder notre plaisir de retrouver enfin un vampire animal qui pousse des cris de félins (un peu comme Anne Parillaud dans l’excellent Innocent Blood) lorsqu’il a faim. Il traque ses proies sans aucune concession, la loi du plus fort l’emportera envers et contre tout. On regrettera seulement un manque d’explication sur la fin qui, sans vous la dévoiler, aurait pu gagner en profondeur si certaines séquences avaient été rallongées de quelques lignes de dialogue. Avis également à tous les détracteurs du GIGN : il y a une séquence qui vous est spécialement dédiée !! Afflicted démontre que le found footage n’est pas seulement qu’un moyen pauvre d’assurer la réalisation d’un film d’horreur (d’ailleurs les quelques rares jump scare sont très bien placés et font leur petit effet). Il s’attarde sur une réaction humaine justifiant (presque) toutes ses séquences comme indispensable à l’utilisation d’une caméra à la première personne. La courte durée du film amène un rythme effréné qui ne se ralentira jamais, on est totalement embarqué avec les deux amis, pour le meilleur et surtout pour le pire. Les effets spéciaux sont vraiment prenants et le mythe vampirique est traité d’une manière si peu conventionnelle qu’on ne peut qu’approuver totalement les choix des deux réalisateurs.

afflicted-3

Et toi le petit impatient qui se barre dès que le générique commence, on t’invite à rester cette fois-ci parce que l’épilogue est, certes, prévisible, mais délectable à fond, ça serait dommage de t’en priver tu ne crois pas ? Si les démons ont eu un lot de films found footage pas toujours affriolant, on se gratifie de voir nos créatures aux dents pointues s’afférer au genre avec une telle élégance. Un mini coup de cœur en ce qui nous concerne, on ne peut que vous recommander chaudement le visionnage d’Afflicted. Ne reste plus qu’à espérer que les loups-garous auront un found footage digne de ce nom avec Wer…affaire à suivre.

TONYO