synopsis

Hyper stressé par son boulot, emmerdé par sa famille, Duncan souffre depuis toujours de troubles intestinaux aigües l’obligeant à passer des heures et des heures aux chiottes au grand dam de sa compagne qui ne rêve que d’un bébé. Duncan, quant à lui, ne voit pas de place pour un mioche dans cette vie de merde. Mais une surprise de taille l’attend au tournant et par derrière… Non, ce n’est pas une métaphore, je fais bel et bien ici, référence à la région anale qui revêt dans ce film, une importance capitale.

la critique

Avec un pitch comme celui-là, vous me direz mais qu’est-ce que c’est que ce délire ? Eh bien, vous aurez tout à fait raison de vous poser cette question car Bad Milo ! est exactement cela. Un film totalement déjanté et surréaliste au possible. Incroyable d’avoir bâti un scénar’ sur une idée aussi saugrenue et légère que cette histoire de bestiole logée aux fins fonds d’un colon. C’est malheureusement le triste sort réservé à notre pauvre Duncan qui s’en serait bien passé avec tous ses soucis. Dès le départ, le ton volontairement kitch et humoristique est donné à travers quelques blagues scatos du style « Pour survivre, il faut chier sur ses ennemis sinon c’est vous qui finissez dans la merde ». Autant dire que pour un habitué des chiottes comme Duncan, cette réplique de son patron fait de suite écho. De même, lorsque le patron le fait changer de bureau pour l’installer…Tenez-vous bien… dans les chiottes (je précise que Duncan est comptable dans son entreprise mais relayé aux ressources humaines et chargé par son patron de virer le personnel estimé superflu) ! Et oui, vous l’aurez compris, la thématique anale se trouve vraiment au cœur de ce film « prout-prout » pour le moins surprenant mais pas mauvais. Bad Milo ! m’a fait penser, dès les premières minutes, à des films OVNI signés Frank HENENLOTTER (vous voyez de qui je veux parler ?). Pour celles et ceux qui ne le connaitraient pas, il s’agit d’un réalisateur ayant un sacré penchant pour le mauvais goût, l’anticonformisme et le politiquement incorrect. A son palmarès, des films cultes comme Frères de sang, Elmer, le remue-méninges ou encore Sex addict (Bad Biology) dont vous trouverez, sur ce Blog, une critique que j’ai livrée il y a quelques temps déjà.

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Mais revenons-en à celui qui nous occupe car Bad Milo ! n’est pas l’œuvre d’HENENLOTTER mais de Jacob VAUGHAN dont c’est le premier film. Et pour un premier long, je dois dire que le réalisateur ne s’en sort pas mal du tout. J’entends déjà certains crier au nanar voire au navet. Par certains côtés, ils n’auront pas tout à fait torts. On ne peut que déplorer les effets spéciaux nazes (la bestiole prénommée Milo qui sort de temps à autres du cul de Duncan est franchement mal foutue, peu crédible avec ses gros yeux noirs et ses vilaines dents) mais en même temps, ces imperfections alimentent d’autant le côté kitch et cadrent bien avec ce genre de film. J’ai éprouvé la même impression à la vue des films d’HENENLOTTER précités. On se trouve à chaque fois à la frontière entre le nanar et le film culte.

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Même si le film comporte quelques scènes bien trash et gores, il n’en demeure pas moins que c’est le versant comique que le spectateur retient dans Bad Milo ! L’intention du réalisateur est de faire marrer un bon coup le spectateur et il y parvient assez bien avec des répliques qui font mouche, toujours dans l’à-propos. Rien à attendre du scénar’ qui n’est que prétexte à installer une ambiance légère et délirante. Mais curieusement, ce film contient aussi quelques aspects satiriques bien pensés si l’on regarde bien voire même quelques pistes de réflexion à y regarder de plus près! Eh oui, cela peut paraitre incroyable, je sais mais c’est là que VAUGHAN est plutôt bon dans son registre. Il y a dans Bad Milo ! une critique acerbe du monde de l’entreprise où les patrons se font des tunes sur le dos de leurs employés pressés comme des citrons, de pauvres pions qu’on exploite et ensuite qu’on éjecte quand ils ne servent plus (ça ne vous rappelle rien ?). Les peurs ressenties par Duncan à l’idée d’être père trouvent leur source dans l’origine même des soucis qu’il rencontre depuis toujours. Duncan est un homme en quête d’identité ce qui le conduira sur les traces de son géniteur pour mieux comprendre ce qui lui arrive. Pour en revenir à Milo, la bestiole logée aux fins fonds de l’anus de Duncan, elle symbolise et matérialise le stress, la colère, les craintes éprouvées par ce dernier. Ainsi, Milo sort de son trou (c’est le cas de le dire) toutes les fois que Duncan est sous pression, stressé ou énervé. Milo sort et bute la personne objet des ressentiments de notre ami… Milo est en quelques sortes, le subconscient de Duncan. La bestiole effectue les actions que Duncan souhaiterait accomplir au plus profond de lui-même mais sans jamais oser passer à l’acte. Eh bé, c’est même un peu psycho si on creuse bien mais il nous faudrait ici l’avis de vrais psys ! Une fois Duncan calmé, Milo regagne sa tanière et là, vous pouvez vous en douter, Duncan déguste à mort car mine de rien, la bestiole est costaude!

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Le final est à la hauteur du reste ni plus ni moins et clos magnifiquement cette petite fable scato lorsque Duncan, après avoir livré bataille contre Milo (et donc contre une partie de lui-même), se fait aider par sa compagne pour réintroduire la bestiole dans son antre. On atteint ici des sommets dans le mauvais goût. Et en parlant de la compagne, elle est, entre temps, parvenue à tomber enceinte ! (on se demande quand et comment vu les journées intenses vécues par Duncan depuis qu’il a découvert l’existence de Milo). Et là, la question que tout le monde se pose, quid du bébé sachant que cette maladie intestinale abominable semble héréditaire… ? Je vous laisse le soin de découvrir par vous-mêmes 🙂

Pour conclure, je n’inciterai pas le spectateur à découvrir absolument Bad Milo ! qui n’est quand même pas le film du siècle, loin de là. Mais pour celles et ceux qui ont envie de se marrer un bon coup, sans se prendre la tête avec des questions existentielles et qui en plus, auraient un petit penchant scato ou seraient avides, comme moi, d’expériences visuelles inédites, allez-y foncez mais jetez quand même un coup d’œil derrière vous de temps à autres, on ne sait jamais 🙂 !

DARKO