Film en compétition au Festival de Gérardmer 2013.

Nous avons vu Berberian Sound Studio à Gérardmer avec les gars le dimanche matin. 2ème film de la matinée après The Bay. Prix de la critique et du jury mais visiblement pas du public. J’ai rarement entendu une salle aussi sarcastique à la fin d’une séance. Je dois avouer qu’il nous a nous aussi laissé assez perplexes.

Synopsis

L’histoire tient en 2 lignes : Dans les années 1970, Gilderoy, un ingé son anglais est embauché par un studio italien (le Berberian Sound Studio) spécialisé dans la production de films d’horreurs… et c’est là que les ennuis commencent…Merde, avec un pitch comme ça, on pourrait presque imaginer qu’il va se passer des trucs dans ce film..et pourtant…

LA CRITIQUE

Dans Berberian Sound Studio, il pose l’ambiance dès l’arrivée de Gilderoy (Toby Jones, récemment vu dans La Taupe), physique atypique, on peut même franchement dire qu’il ne ressemble à rien ! Gros contraste avec l’équipe de branq’ ritale, notamment le producteur et le réalisateur. Tous les personnages de ce film sont des caricatures : l’anglais coincé et vieux garçon, le réalisateur mégalo qui en fait des caisses et saute toutes les stagiaires, la secrétaire pulpeuse et j’en passe. Une sorte de comedia dell’Arte en somme. Strickland nous installe dès la 1ère image dans un huis-clos à l’atmosphère plus qu’inquiétante, un bâtiment fait de longs couloirs blancs, complètement vides donnant accès aux différents studios d’enregistrement laissant échapper de gracieux cris gutturaux. Un asile de fous à s’y méprendre.

Berberian Sound Studio de Peter Strickland(2012) - Critique
Berberian Sound Studio de Peter Strickland(2012) - Critique
Berberian Sound Studio de Peter Strickland(2012) - Critique

Gilderoy passe la porte du studio Berberian et on assiste instantanément à l’intégralité du générique du film qui se tourne. Un générique dans la pure tradition Giallo : percutant, du rouge, du noir et toute l’iconographie associée. Ce seront d’ailleurs les seules images du film qui filtreront. A partir de là, la mise en abyme peut commencer, on va assister au film « The Equestrian Vortex » mais depuis les coulisses, de l’autre côté du miroir en quelque sorte. Le son extrêmement travaillé a une place prépondérante dans ce film et lui confère une dimension véritablement mystique. Le pauvre Gilderoy, plus habitué à travailler sur des documentaires sur la campagne anglaise que des films d’horreurs se retrouve confronté à de multiples barrières : la langue, une secrétaire et une administration récalcitrante et un univers qui le dépasse totalement. Son seul lien avec le « réel » et son seul réconfort sont des lettres de sa mère.

Ce film est clairement un hommage au cinéma Giallo des années 1970, un hommage aux petites mains, aux techniciens, ceux qui restent dans l’ombre et présente donc par certains côtés un aspect didactique et documentaire. On assiste à un panel de toutes les techniques, toutes les machines et appareils, les schémas techniques, les processus, la fabrication des sons à base de pastèques tranchées et autres courgettes éclatées. Cet aspect didactique, en dehors des relations de plus en plus houleuses entre les personnages et de l’ambiance oppressante omniprésente représente les ¾ du film. On attend désespérément que quelque chose se passe….et rien, il faut bien le dire. Quelques fausses pistes et la frustration. On sent malgré tout la pression qui monte et Gilderoy qui perd pied jusqu’à une rupture brutale dans la narration qui arrive bien tard dans le film où on le voit complètement perdre les pédales… et on se perd avec lui, faut l’avouer… mais qu’est-ce qu’on nous montre… ? Gilderoy est un être faible, il le porte sur lui. Il se laisse totalement dominé par son environnement : ce producteur qui l’écrase, ce réalisateur mégalo et cet univers qui le corrompt jusqu’à lui faire oublier qui il est et finit par littéralement l’avaler et l’absorber.

En conclusion je dirais que la mise en scène est maîtrisée, la photo léchée et le son parfait. Mais à moins d’être un véritable aficionado du Giallo, à la 1ère projection on se fait bien chier (malgré la durée courte du film : 92 minutes). Berberian Sound Studio mérite au minimum un second visionnage pour aller au delà de la frustration de cette fin abrupte et inattendue et la frustration due à l’attente d’une quelconque péripétie. Une fois digéré tout cela, on peut commencer à apprécier les subtilités de ce film. Mais le fond de ma pensée est que le film est difficilement accessible et trop de subtilités tuent la subtilité.

FONZI