Synopsis

Dans une petite ville côtière, deux jeunes femmes aussi séduisantes que mystérieuses débarquent de nulle part. Clara fait la connaissance de Noel, un solitaire, qui les recueille dans sa pension de famille déserte, le Byzantium. Eleanor, étudiante, rencontre Frank, en qui elle voit une âme sœur. Bientôt, elle lui révèle leur sombre secret… Eleanor et Clara sont nées voilà plus de deux siècles et survivent en se nourrissant de sang humain. Trop de gens vont finir par l’apprendre pour que leur passage dans la ville n’ait aucune conséquence sanglante…

La critique

Vu en avant première lors de l’édition 2013 du PIFFF, ce tout nouveau Neil Jordan se devait d’être à la hauteur des attentes moites d’une salle prête à sortir les crocs. Dès son lancement, mes voisins et voisines sont sous le charme. Tout le monde rentre les dents et se laisse bercer par ce conte horrifico-romantique.

Les premières images disent tout. L’ambiance à la fois sombre et romantique, le contraste qui fonde et imprègne toute l’histoire, le profil de chacun des personnages. On a là du VRAI cinéma. Et c’est quoi du vrai cinéma ? Du cinéma qui communique par l’image, le mouvement, l’action.

Byzantium de Neil Jordan (2012)

On comprend de suite que le monsieur aux commandes n’en est pas à son coup d’essai. Neil Jordan n’a en rien perdu son habileté à mettre en image une histoire de ce genre. Et il sait s’entourer.

A ce propos, le travail de Sean Bobbitt en tant que directeur de la photographie est remarquable. Le fait qu’il ait sévi sur le Old Boy (mon dieu un remake) à venir de Spike Lee le prouve bien. La photo est magnifique, pleine de sens. Elle magnifie et soutient son histoire avec brio et intelligence. Et elle est d’une richesse… On passe sans aucun soucis d’une peinture flamande à de la photo urbaine trashy. Le film est d’une beauté plastique qui met tout le monde d’accord. Ce sont d’ailleurs les premiers mots des spectateurs interrogés à la sortie de projection.

Outre la photo, le sound design chaleureux et intimiste, la mise en scène et les mouvements discrets de la caméra, concordent à en faire un objet à vous faire pleurer. Ce film est clairement envoûtant et pourrait presque se passer d’histoire.

Byzantium de Neil Jordan (2012)

Elle n’est d’ailleurs pas le point fort du film. Pas mauvaise en soi, l’histoire ne brille pas par son concept ingénieux, son originalité ou son rythme. Encore que contrairement à certains de mes camarades de rangée, j’ai trouvé le choix de structure plutôt accrocheur. La narration progresse sur le modèle d’un va-et-vient entre présent et passé distribuant radinement des indices sur le pourquoi du comment ce qui maintient efficacement l’intérêt. L’aspect qui peut peut être dérouté, c’est le mélange de genre. On surfe sur plusieurs vagues. Fantastique, drame et thriller se mixent plus ou moins bien selon les séquences.

Cela dit quelque soit la qualité des séquences, les actrices, elles, s’en sortent à merveille. Elles jouent bien le jeu c’est le cas de le dire. Elles sont très bien ces demoiselles. Leur jeu magnifié par tout ce dont j’ai parlé précédemment soutient le film et emporte le spectateur. Chacune des 2 héroines a son style et excelle dans son registre. L’une (Gemma Arterton), brune sulfureuse, brille d’emblée par son déhanchée. Et oui elle a un rôle physique. L’autre (Saoirse Ronan), rousse plus réservée hypnotise en un simple plan celui qui se laisse prendre au jeu.

Et pour ce qui est du film de vampire en tant que tel, car c’est le point de départ du film ? Neil Jordan réinterprète le mythe du vampire en sortant faussement des sentiers battus. On est loin du classicisme d’Entretien avec un vampire mais on reste dans une atmosphère franchement gothique un poil raffraichie. Finalement, seul les caractéristiques de nos créatures changent. Le fond et l’aspect à la fois romantique et sensuel sont conservés. Je n’en dirai pas plus à ce sujet. Je vous laisse découvrir.

Le film souffre à mon sens non pas d’un problème de rythme, car cela me semble pleinement maitrisé, mais d’une trop grande richesse de contenu. On a pas mal de personnages aux fonctions bien déterminées et qui font vraiment parti de l’histoire. Mais à peine 2 heures ne suffisent pas pour réellement développer ce que Neil Jordan à lancer : un mythe, une saga.

En résumé, ce film pourrait être le pilote ciné d’une magnifique et grande série, à la fois intimiste, romantique et épique. Du cinéma, il faudrait passer à la petite lucarne pour que l’ambition narrative de ce projet puisse vraiment s’épanouir. Malheureusement je crains qu’il en soi tout autrement car aux dernières news il n’est même pas prévu de sortie en salle pour ce film définitivement cinématographique. Alors si vous voyez passer Byzantium dans un festival du coin, ruez vous tout simplement dessus.

VALGUR