Synopsis

Dans une Amérique rongée par une criminalité débridée et des prisons surpeuplées, le gouvernement a donné son accord pour qu’une fois par an, pendant 12 heures, toutes activités criminelles, meurtres inclus, soient légalisées. La police ne peut intervenir. Les hôpitaux suspendent leurs services. Une nuit durant, les citoyens sont à même de définir leurs propres règles et de faire leur propre loi, sans avoir à craindre de sanctions. Au cours d’une telle nuit hantée par la violence et le crime, une famille va devoir faire un choix – bourreau ou victime ? – face à un inconnu venu frapper à sa porte.

La critique

American Nightmare représente tout ce qui nous fait adorer et détester le cinéma. L’idée de base est plus que séduisante. On se met à rêver d’un survival ultime où le plus fidèle de vos amis deviendrait en l’espace d’une nuit votre premier détracteur. On trépigne d’impatience, on guette toutes les infos qui nous permettraient de toucher du bout des doigts le saint Graal attendant le jour de sa sortie en salle. A quelques semaines de sa sortie arrive le moment fatidique de la bande-annonce dévoilée. Il ne fallut pas moins de deux minutes pour briser nos espoirs. Une seule question nous vient alors en tête : pourquoi ? Pourquoi un huis clos ? Pourquoi enfermer ses personnages quand des millions d’autres possibilités s’offrent avec un scénario pareil ? C’est avec une très grande appréhension donc que l’on s’installe dans son siège attendant que la toile nous dévoile la réponse.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, j’ai une autre question qui me brûle les lèvres. Pourquoi renommer le titre du film quand une traduction littérale aurait suffit ? D’autant plus qu’en vérité nous avons droit à un double titre : American Nightmare (The Purge). Qu’est-ce qu’il a d’américain ce cauchemar ? Avec une histoire pareille, il est très facile de la porter au rang mondial. Le décret imposant une nuit sans représailles aurait pu nous mener tout aussi bien dans les rues de Paris. Pourquoi nous rappeler le titre original entre parenthèse alors qu’il aurait suffit de l’estampiller « La Purge » sur nos affiches ou même carrément ne pas y toucher ? Les voix du marketing restent décidément impénétrables…

American Nightmare de James De Monaco (2013) - Critique

L’ouverture du film est des plus prometteuse. Les faits sont exposés sur une voix off qui nous explique les raisons qui ont poussé le gouvernement à mettre en place cette purge, le tout avec des images issues de caméras de sécurité nous exposant la face la plus abject de l’Homme. En moins de cinq minutes, le spectateur sait ce qui attend nos personnages lors de cette fameuse nuit. La purge n’est pas une obligation mais est un droit. Elle s’impose comme une loi totalitaire qui permet à tout à chacun d’user de son propre libre arbitre. On nous expose une famille aux mœurs et aux rôles bien définis. Le père de famille (campé par un Ethan Hawk aux traits fatigués) qui s’est bâti une fortune en vendant des systèmes de sécurité dit « inviolable ». La desperate housewife, pardon, la mère au foyer qui s’implique dans la vie de son quartier. Le fils torturé qui tente de comprendre les motivations de la purge. Et enfin, la fille rebelle qui ne supporte plus que son père lui reproche de sortir avec un mec d’une bonne dizaine d’années son aîné. Avec un tableau aussi cliché qu’énervant que celui-ci, le spectateur se retrouve face à deux options : prier aussi fort que possible pour qu’ils crèvent dans d’atroces souffrances ou tenter de s’identifier à eux. La figure patriarcale qui approuve la nécessité de la purge mais qui refuse que sa famille s’y soumette puisqu’ils n’en ont pas l’utilité est non seulement déjà vu mais accroît la rage du spectateur. Une fois de plus, les protagonistes se croient en sécurité et libre de tout jugement simplement parce que la misère ne leur est pas familier. Mais attention, vu que ce sont des gentils américains, ils vont se mettre à la place du peuple. Le fils tentera de venir en aide à un sans domicile pourchassé par une horde de jeunes avide de sensations fortes. C’est ainsi que l’histoire se met véritablement en place…mais non sans mal.

American Nightmare de James De Monaco (2013) - Critique

Si le réalisateur prend tout son temps pour bien nous plonger au cœur du mode de vie de ses héros (il prend tellement son temps que les personnages se répètent assez souvent), il n’en fait pas de même pour ses éléments perturbateurs. La bande de malfrats qui va venir hanter la nuit de nos héros est représenté par l’acteur Rhys Wakefield. Aucun nom et aucun autre visage ne viendront l’appuyer, l’acteur porte à lui tout seul cette génération désabusée mais visiblement aussi aisée financièrement que notre famille modèle. Il faut dire que l’acteur jouit d’un faciès glauque qui lui permet de jouer (un peu trop ?) facilement sur les nerfs de ses proies. On notera une ressemblance évidente à la bande de Malcolm McDowell dans Orange Mécanique. La quête du bonheur et l’idée d’un monde purifié de toute pauvreté par le sang ne peut que nous rappeler l’œuvre de Kubrick. Ainsi s’installe un climat qui se veut angoissant mais qui ne fera que s’en remettre à des jump scare prévisible à 100km à la ronde. Le gang essaie de jouer avec une tension psychologique qui foire totalement tant nous n’avons pas réussi à nous identifier à tel ou tel personnage.

American Nightmare de James De Monaco (2013) - Critique

Le dernier acte du film, extrêmement convenu lui aussi, ne suffit même pas à pardonner le reste de l’histoire vraiment banale. On veut nous présenter une idée de catharsis dans les règles de l’art seulement ce n’est pas du tout ce qu’on voulait qu’on nous serve. Nous voulions un film fait de faux semblants. Une histoire où à chaque détour de ruelle, le pire peut nous arriver. La conclusion du film est tellement bateau que c’en est devenu drôle. Je vous l’assure, il vous sera impossible de ne pas rire. Et comme si cela ne suffisait pas, le générique de fin se déroule au rythme de témoignages de personnes lambda qui racontent les déboires qu’ils ont connus lors de cette nuit. En définitive le film nous donne ce que nous attendions de lui lors de ses crédits. Une réponse quant à l’exploitation en tant que tel du scénario réside dans le fait que le budget à été vraiment risible. Je veux bien le concevoir mais dans le genre huis clos préférez plutôt Panic Room.

Quoiqu’il en soit, et malgré tous les défauts énumérés ci-dessus, American Nightmare est, bizarrement, assez sympathique. On aurait aimé plus de consistance forcément, mais il faut savoir se contenter de ce qu’on nous met sous la dent. Suis-je trop bon public ? En attendais-je un peu trop ? Est-ce que je pose trop de questions depuis le début de cette chronique ? J’aime à penser que ce film n’est qu’une amorce et qu’il nous gratifiera de ses meilleures ressources dans son second volet. Et oui, le film à tellement bien marché aux States (faut dire que niveau rentabilité vu son maigre budget, les producteurs ne pouvaient que difficilement se planter) qu’une suite et d’ors et déjà en préparation. Ne reste plus qu’à espérer que l’on nous serve bien la soupe que nous attendions avec le premier opus.

TONYO