UN MONDE MEILLEUR (2012), Belgique/Suisse (23 min.) – réalisé par Sacha Feiner

Film en compétition au Festival du film fantastique de Gérardmer 2013

Synopsis

Henry, citoyen zélé d’un Etat dictatorial impitoyable, s’est toujours livré corps et âme à son travail au Ministère des Dénonciations. Mais soudain, le régime s’effondre, voyant du jour au lendemain la transformation de ce monde froid, technocratique et paranoïaque en une étendue idyllique et caricaturale de champs verdoyants, chantants et libres.

LA CRITIQUE

On est d’emblée en terrain connu, avec comme référence immédiate le Brazil de Terry Gilliam – lui-même librement adapté du roman visionnaire de George Orwell, 1984 -, référence ici parfaitement revendiquée car elle est l’occasion pour Sacha Feiner de couler avec aisance l’esthétique DIY très 80’s qui caractérise son approche de la réalisation dans le moule baroque de son illustre aîné. Rien d’original dans cet exercice de style donc, mais Feiner impressionne par sa créativité plastique, rend hommage au maître et démontre au passage qu’il en est un authentique héritier. Si vous en doutez, jetez un coup d’oeil au making of de ses courts UNSAFE – ou comment faire un film de SF dans sa chambre – et terminez par son hommage «bricolesque» aux Gremlins de Joe Dante.

MORT D’UNE OMBRE (Dood van een schaduw) – 2012, Belgique / France (20 min.) – réalisé par Tom Van Avermaet

Vainqueur de la compétition au Festival du film fantastique de Gérardmer 2013

SYNOPSIS

Le soldat Nathan Rijckx est mort. Son ombre est prisonnière d’un étrange collectionneur qui lui a donné une seconde chance : sa vie contre 10 000 ombres capturées. C’est l’amour qui le guide, car son but est de revoir Sarah, la femme dont il est tombé amoureux. Nathan a déjà capturé 9 998 ombres…

LA CRITIQUE

Un thème faustien mais décliné de manière originale, une esthétique steampunk plutôt réussie, un contexte franco-allemand de Première Guerre Mondiale peu représenté dans le cinéma fantastique : tous les ingrédients sont réunis pour séduire et emporter l’adhésion. Les dialogues savamment distillés et la prestation remarquable du collectionneur insuflent au film une aura lunaire que les fans de Caro et Jeunet apprécieront, néanmoins le réalisateur se garde de toute ironie post-moderne et cherche davantage à épouser le romantisme vertueux d’un Jules verne ou d’un Miyazaki.

ZOO – 2012, France (26 min.) – réalisé par Nicolas Pleskof

Film en compétition au Festival du film fantastique de Gérardmer 2013

ZOO - 2012, France (26 min.) - réalisé par Nicolas Pleskof | Critique

SYNOPSIS

Des menstruations de leurs filles à la naissance de leur chien, tout est sous contrôle dans la vie d’Emmanuelle et Olivier Teziev. Mais ce matin, leur fille cadette n’est pas descendue déjeuner. Sur son lit à sa place, ils découvrent avec horreur un monstrueux cocon. Progressivement, le chaos s’installe.

LA CRITIQUE

Il y a du plaisir à regarder ce « sitcom » psychanalytique qui se situe dans la lignée du film éponyme de François Ozon. Ici, l’élément perturbateur qui vient déstructurer une famille bourgeoise dont les parents tiennent un cabinet vétérinaire, c’est l’entrée dans la puberté d’une des deux filles et son désir de régression. Le thème de la métamorphose, au coeur du film, permet de développer une réflexion sur la cellule familiale, en tant qu’organisme produisant de la frustration, et donc du désir : désir incestueux de fusion avec le géniteur ou frustration, non moins incestueuse, que la progéniture suive sa propre évolution. Le conflit entre Eros, fascination pour la créature, et Thanatos, la tentation de toute-puissance mortifère, thèmes frankensteiniens par excellence, est incarné à merveille par le couple parental.

NIGHTWATCH – 2012, France (12 min.) – réalisé par Nicolaï Belce-Kennedy

Film en compétition au Festival du film fantastique de Gérardmer 2013

NIGHTWATCH - 2012, France (12 min.) - réalisé par Nicolaï Belce-Kennedy | Critique

SYNOPSIS

Un veilleur de nuit solitaire effectue ses rondes dans un parking souterrain désert. Lorsque des bruits étranges viennent briser son ennui, il descend jusqu’au niveau inférieur et découvre qu’une personne est séquestrée dans un coffre de voiture.

LA CRITIQUE

Encore un exercice de style pour ce court peu original, mais très efficacement réalisé. Le parking souterrain à plusieurs niveaux, lieu emblématique du danger dans le film policier, est ici bien exploité dans toutes ses dimensions : Belce-Kennedy en creuse la profondeur de champ, montre l’horreur venir de loin et dilate le temps de manière cauchemardesque, offrant au spectateur un suspense en crescendo, inversement proportionnel à l’espoir qui s’amenuise à mesure qu’on se rapproche de l’irrémédiable. Belle photographie, beaux maquillages, bons comédiens.

L’HOMME À LA CERVELLE D’OR (The Man with the Golden Brain) – 2012, France – réalisé par Joan Chemla

Film en compétition au Festival du film fantastique de Gérardmer 2013

L’HOMME À LA CERVELLE D’OR (The Man with the Golden Brain) - 2012, France - réalisé par Joan Chemla | Critique

SYNOPSIS

Stanley a sept ans quand il découvre par accident que sa cervelle est en or.

LA CRITIQUE

Librement adapté d’une nouvelle d’Alphonse Daudet dans Les Lettres de mon Moulin, ce film m’a beaucoup impressionné. Après la projection, nombre de spectateurs sont restés dubitatifs, trouvant le film obscur, voire incompréhensible. Pour ma part, j’y ai vu une fusion idéale entre le meilleur de la culture américaine et le meilleur de la culture française : tournée en anglais et aux États-Unis dans des intérieurs évoquant les tableaux de Hopper ou l’imagerie hollywwoodienne des années 50, avec des comédiens américains et l’excellent Vincent Rottiers, l’oeuvre a pourtant une élégance et un esprit très français, avec une mélancolie et un romantisme tragique appuyé par la musique et la richesse symbolique des cadres. Comme elle l’avait fait dans son adaptation du Dr Nazi de Charles Bukowski, la réalisatrice s’accorde des écarts avec le texte pour mieux se l’approprier et tendre vers l’universel, quitte à trop simplifier. Car, si ce court est une symphonie du désespoir, un poème visuel à interpréter, en flirtant avec l’esthétique du clip – on n’est pas loin du travail de Yoann Lemoine pour Lana Del Rey -, Joan Chemla fait une lecture littérale de la nouvelle et délaisse la métaphore existentielle chère à Daudet : l’homme à la cervelle d’or, c’est l’écrivain, et plus largement l’artiste, le seul véritable, celui qui, pour chaque centime gagné, chaque bouchée de pain avalée, survit dans ce monde en se départant toujours un peu plus de son âme… Jusqu’à en mourir.

ALICE ET LUCIE – 2012, France (19 min.) – réalisé par Xavier Ournac

Film en compétition au Festival du film fantastique de Gérardmer 2013

SYNOPSIS

Lucie et Alice, deux jumelles identiques, sont inséparables depuis leur plus tendre enfance. 15 ans après la disparition de leur père, Lucie décide de le retrouver et l’invite à dîner.

LA CRITIQUE

Je n’ai pas été convaincu par ce court à l’histoire tarabiscotée d’une jeune fille qui cherche à renouer avec son papa qui les a abandonnées, elle et sa soeur jumelle handicapée, qui vivent toutes seules dans un grand appartement obscur et que une fois que t’es entré à l’intérieur parce qu’elle t’a invité à dîner, le piège il se referme sur toi et que va falloir manger tout, entrée, plat, fromage, dessert, sans en laisser une miette, sinon la fifille psychopathe à son papa elle va pas être contente du tout !!! Pfff… Sur un scénario qui flirte avec Sisters de De Palma, on a pourtant le thème très intéressant de la préférence filiale qui relève un peu la crédibilité psychologique de l’ensemble, mais que de détours, de longueurs et de lourdeurs pour en arriver là. Du coup, nous-aussi on se sent pris en otage à un interminable dîner aux chandelles où il faudra absolument tout avaler… Dommage pour nous et pour Sonia Joubert, belle comédienne au visage très burtonien.

22:22 – 2012, Luxembourg (19 min.) – réalisé par Julien Becker

Film en compétition au Festival du film fantastique de Gérardmer 2013

SYNOPSIS

Il est 22h22, Franck se réveille à son bureau. Après avoir repris ses esprits il met son manteau et quitte l’open space de la société. Il prend l’ascenseur, mais quand les portes de celui-ci s’ouvrent il est toujours au même étage. Il tente de descendre par les escaliers… Il est 22h22.

LA CRITIQUE

Coup de chapeau à Julien Becker pour ce film à la réalisation soignée, aux effets spéciaux impeccables et au thème original qui ravira les fans de Vincenzo Natali. En effet, l’idée de départ – un employé de bureau qui essaie de quitter son lieu de travail – vous rappellera sans doute Elevated, le seul court-métrage du réal canadien. De plus, la blancheur clinique de la photographie, le thème de l’aberration temporelle et l’absurde comme ressort dramaturgique et métaphore sociétale, tout cela montre une influence certaine de l’excellent Cube et du jouissif Nothing ; on pense aussi au Groundhog day de Harold Ramis. Bien que dans l’air du temps, Becker a une idée originale et la développe avec humour, illustrant avec beaucoup de fraîcheur les apories posées par la physique quantique à notre perception mécaniste du réel héritée de la physique classique et du positivisme.