Film projeté au Festival du film fantastique de Gérardmer 2013 lors de la Nuit Fantastique.

L’histoire

…car le réalisateur (ou du moins les producteurs) tenait à en avoir une, en voici le pitch.
Keiko, la fille d’un chef réputé de sushis, quitte sa maison pour échapper à des entrainements d’arts martiaux devenus trop stricts.Trouvant du travail dans une auberge rurale, elle est victime d’intimidation par le personnel et ridiculisée par les clients, dont le président de Komatsu Pharmaceuticals, venu dans ce charmant petit coin du Japon pour y passer des vacances avec ses associés.Ce qu’ils ne savent pas, c’est qu’un ancien employé de la firme quelque peu mécontent du sort qu’on lui a fait subir va chercher à se venger en réveillant les bas et sanguinaires instincts meurtriers… de SUSHIS !!!Thon et calmar vont dès lors se liguer contre cette bande d’humains aux moeurs légères, et renverser quelque peu la situation habituelle en goûtant à leur tendre chair accompagnée de sauce soja et d’une bonne couche de wasabi bien sanglant.

LA CRITIQUE

J’avais déjà très brièvement évoqué ce Dead Sushi dans mon article précédent sur New Kids Nitro. Projeté en première partie de la Nuit Fantastique du festival du film fantastique de Gérardmer, Dead Sushi est un OVNI complet. Dans l’esprit des productions japonaises “grand public” initié par le désormais célèbre studio Sushi Typhoon, ce film ne m’a pas surpris et répond au cahier des charges du film d’exploitation japonais ciblant l’exportation… si si, pour le public japonais on fait bien pire. Lors de la projection, peu de gens semblent savoir à quoi s’attendre. Le début se met en place assez lentement et l’histoire en elle-même n’est pas des plus accrocheuses. Mais les plus patients commencent à voir leur attente récompensée lorsque l’armée des sushis voraces se lève et attaque. Le public se réveille et soutient d’éclats de rire flamboyant chaque intervention de nos amis les poissons.

Mélange de genre atypique, ce Dead Sushi peut dérouter d’un premier abord les non initiés aux films de ce type qui ne sont pourtant pas nouveaux chez nos lointains voisins du soleil levant. Pour définir ce genre de production, vous prenez les pires comédies potaches occidentales, mélangez ça aux merveilleuses séries Z allemandes tout juste sorties en DVD et vous saupoudrez l’ensemble d’une pointe de films érotiques français des années 70 et vous commencez à vous rapprocher de ce que peut donner Dead Sushi, à savoir une bonne grosse blague bien graveleuse aux geysers de sang et autres liquides pas toujours clairement identifiables.

Dead Sushi de Noburu Iguchi (2012) - Critique
Dead Sushi de Noburu Iguchi (2012) - Critique
Dead Sushi de Noburu Iguchi (2012) - Critique

Comme évoqué plus haut et afin de satisfaire un public occidental frileux, Noboru Iguchi structure son histoire de façon classique avec son personnage féminin assez mimi (oui il est japonais et on ne se refait pas) qui a des problèmes qu’il cherche à fuir et qui, au final, rencontre d’autres problèmes plus importants qui l’obligent à surmonter ses peurs etc etc vous voyez à peu près la suite.

Une comédie classique finalement me direz vous. Hé hé, non car ce film est encore plus surréaliste que ce qu’a pu créer le mouvement de même nom à son époque. Une fois les sushis et molusques lachés, le style japonais à l’esprit de l’anime Collège fou fou fou (la génération club Dorothée connaît) prend le pas sur tout le reste et la structure en 3 temps se fait vite oublier, littéralement bouffée par des scènes sorties de nulle part qui parfois laissent un peu perplexe (les sushis ça ne vole pas…)

L’humour barré, explosif et totalement débridé (ok elle est facile) est ce qui fait le charme et l’accroche de Dead Sushi… mais cela peut également s’avérer être sa limite. Dans l’optique d’une “internationalisation” de la production d’exploitation japonaise, Noboru Iguchi ne s’arrête peut-être pas assez tôt et propose des scènes parfois trop curieuses, typique d’un humour que l’on pourrait trouver un peu abscon à l’instar d’une scène de “body sushi” qui créé une certaine attente qui fonctionne mais qui arrive tout de même d’une façon un peu surprenante au sein de l’histoire.

Visuellement, le film est aussi ingénieux et décomplexé que son scénario… du moins lors des scènes d’action et d’horreur. On ne lui tiendra pas rigueur des séquences pseudo dramatiques filmées à hauteur d’homme que l’on aurait aimé passé avec une télécommande. Ce qui fait donc la force de la réalisation sont ses chorégraphies travaillées, ses plans dynamiques et la joie de tous ses acteurs qui semblent sincèrement s’éclater lors des grands moments burlesques. Même les sushis se fendent la poire.

Vous l’avez compris Dead Sushi est une petite perle d’une extravagance exotique à accompagner d’un verre… non d’un bon litre de saké. Si vous vous laissez entraîner par cette tornade asiatique vous ne pourrez qu’apprécier ce déluge d’effets latex aux lointaines références aux films de samouraï tel que Lone Wolf. Pour les autres, vous pouvez toujours essayer mais j’espère que vous n’aimez pas la cuisine japonaise froide.

VALGUR