Film récompensé au Festival du film fantastique de Gérardmer 2011.

Synopsis

Dans une contrée de la Corée du Sud, un tueur en série décime la gente féminine du coin de moins de 30 ans. Un soir l’une d’elle, tombée en panne en pleine cambrousse, se fait choper par notre malotru pas vraiment rassurant lorsqu’il lui propose son aide. La demoiselle n’est bien évidemment pas épargnée par son bourreau qui suit son processus besogneux comme à son habitude. Mais cette fois ce qu’il ne sait pas, c’est que la jeune femme s’avère être fiancée à Soo-hyun, agent des services secrets sud-coréen, qui n’attend pas l’aval de son patron de service pour se lancer à sa poursuite.

LA CRITIQUE

Avant de parler un peu de cette production génialissime, si vous devez retenir une chose de cet article c’est bien d’aller la découvrir sans tarder là maintenant. Lâchez la série que vous êtes en train de regarder sur Canal+ et téléchargez en VOD ou allez dans votre vidéo-club le plus proche pour vous procurer ce film. Cette perle de 2h30 est une merveille quasi parfaite en tout point.

Pourtant, l’histoire commence de manière extrêmement classique mais efficace. Un méchant à l’air patibulaire, une jeune femme qui tombe en panne dans un endroit paumé en pleine nuit et qui a en plus un portable qui fonctionne mal (ou alors elle n’appuie pas sur le bon bouton). On se dit alors qu’on part sur quelque chose de déjà vu malgré notre curiosité malsaine de voir à quelle sauce va être mangé la blonde… (elle est brune en réalité car elle est asiatique). L’ambiance est donc posée. Tous les jalons du thriller occidental sont placés.

J'ai rencontré le Diable de Kim Jee-woon (2010) - Critique
J'ai rencontré le Diable de Kim Jee-woon (2010) - Critique
J'ai rencontré le Diable de Kim Jee-woon (2010) - Critique

Mais au delà de l’ambiance et des règles parfaitement maitrisées du genre, Kim Jee-woon va très rapidement nous surprendre car (attention je vais spoiler un peu) au bout de 30 minutes, il boucle tout bonnement son film, du moins si l’on se réfère aux films du même genre. Et on comprend très vite que la caméra va suivre une direction inédite en s’engouffrant dans un abîme de violence et de perversité telles qu’on en a rarement vu par chez nous.

Ce qui donne une longueur d’avance à Kim Jee-woon ici, c’est qu’il a compris que pour toucher au genre en se démarquant il faut y apporter sa pierre à soi, sa vision. Le réalisateur transcende totalement un genre éprouvé, épuisé même, en se rapprochant et en poussant son héros à aller au bout de sa vengeance. Et c’est ce besoin viscéral de punir qu’éprouve notre agent qui va guider toute l’histoire. Car c’est cette thématique qui structure l’histoire et nous fait perdre nos repères, nous surprend.

Une fois les poncifs torchés dans la première demie-heure comme un respect au genre, le réalisateur lâche les deux personnages telles des bêtes sauvages et suit de près une course-poursuite qui n’en est pas vraiment une. Il s’agit plutôt d’une traque méticuleuse, perverse et contrôlée du héros vis-à-vis de sa victime, cette fois le tueur. Les rôles sont inversés et le suspense ne vient plus du besoin de savoir qui est le méchant et si le gentil flic va réussir à sauver sa belle. Non, la question que l’on se pose et à laquelle on a honteusement envie d’avoir une réponse, c’est jusqu’où est près à aller cet homme dans son désir de revanche.

Le héros devient aussi pervers et malsain que son bourreau. Les deux hommes sont mis sur un même plan car la morale n’a pas cours dans cette histoire. Seuls les instincts bestiaux sont filmés. Pas de concessions pour aucun des deux personnages une fois le train en marche.

Cette traque au rythme en dents de scie, choix qui permet au spectateur de reprendre son souffle après plusieurs séries d’uppercuts, alterne avec brio les séquences à la photographie sombre, poisseuse et étouffante, notamment dans l’antre de notre serialkiller, et les rares séquences de respiration plus lumineuses presque marrantes tellement on est content de voir la lumière du jour et de pouvoir enfin prendre un gros bol d’air frais.

Kim Jee-woon maîtrise totalement ses effets et profite pleinement du talent de ses acteurs, au caractère et au jeu opposés. La direction d’acteur est parfaite et clairement définie. Les 2 personnages se complètent. Aucun ne prend le pas sur l’autre. La tension est constante. Chacun nous démontre à sa façon un aspect différent de la bestialité et de la noirceur dont un homme peut faire preuve dans une situation extrême.

A la fin de ce film, vous aurez mal au bide. Vous en ressortirez peut-être avec des bleus. Peut-être que vous trouverez certaines scènes à la limite du soutenable selon votre endurance (il ne faut pas oublier que le film a été interdit aux moins de 16 ans en salles). Mais vous découvrirez avec joie qu’un film peut encore repousser les règles d’un genre et lui ouvrir de nouveaux horizons encore mal explorés.

VALGUR