Synopsis

L’histoire du Labyrinthe de Pan (en VO El Laberinto del fauno) se déroule dans l’Espagne franquiste de 1944, à la fin de la guerre. Ofélia est une petite fille dans l’obligation de suivre sa mère Carmen qui part s’installer chez son nouveau mari Vidal, un enfoiré de premier ordre, officier de l’armée espagnole qui se bat contre la résistance planquée dans les fourrés. La jeune fille et son beau-père ne sont pas très copains et elle se fait difficilement à sa nouvelle vie. Près de la maison, elle découvre un labyrinthe aussi glauque que mystérieux. Pan en est le gardien, une étrange créature magique et démoniaque qui va lui révéler qu’elle n’est autre que la princesse disparue d’un royaume enchanté. Pour en savoir plus et connaître la vérité, Ofélia devra accomplir trois dangereuses épreuves, que rien ne l’a préparé à affronter…

LA CRITIQUE

Del Toro alterne avec brio les mégas blockbusters hollywoodiens (Blade, Hellboy, Mimic) avec les productions plus personnelles sans tomber pour autant dans le cinéma d’art et d’essai chiant. Loin de là. Le Labyrinthe de Pan fait parti de cette seconde catégorie.

On assiste là à deux histoires parallèles liées par la géographie du lieu et le destin du personnage principal : la petite Ofélia. Pour chacune de ces histoires un univers sombre et terrifiant où l’on jongle entre la dure réalité de la vie et un univers onirique peuplé de créatures fantastiques. Guillermo est presque un habitué de ce procédé : croiser les univers, partir d’un lieu et d’une histoire tout à fait réelle souvent liée à un fait historique marquant et apporter une touche de fantastique qui amènera le film vers d’autres sphères. (Rasputin et l’allemagne nazie pendant la seconde guerre mondiale pour Hellboy, la guerre civile espagnole pour l’Echine du Diable et le Labyrinthe de Pan…). Ici, il oppose plus particulièrement le fascisme aux contes de fées.

Entre exécutions arbitraires et tortures insoutenables, Ofélia semble désespérée mais va réussir à s’échapper de ce contexte douloureux grâce à son imagination, ses rêves et sa passion pour la littérature et les contes de fées. Elle aura pour guide un faune (appelé pour les versions française et anglaise Pan). Un faune est une créature légendaire de la mythologie romaine, proche d’un satyre grec, il a l’apparence d’un homme bouc et Pan est en réalité une divinité de la Nature, protecteur des bergers et des troupeaux.

Le Labyrinthe de Pan (2006) - Critique
Le Labyrinthe de Pan (2006) - Critique
Le Labyrinthe de Pan (2006) - Critique

Techniquement, le rendu de l’image est exceptionnel. Il n’y a jamais d’abus d’effets spéciaux, le tout est parfaitement dosé. La photographie et les différents éclairages créent une atmosphère magnifiquement sombre et vraiment angoissante. L’angoisse est également amenée par les différents personnages , les monstres en particulier, qu’ils soient humains ou imaginaires.

Ce qui me fait venir à cette réflexion du réalisateur sur la monstruosité. Ce qui ressort comme souvent chez Del Toro c’est que le monstre n’est pas toujours celui qu’on croit. Malgré l’apparence effrayante des monstres sortant de l’imaginaire d’Ofélia, le vrai monstre de cette histoire est évidemment le capitaine Vidal incarné magnifiquement par Sergi López. Il est glacial, intense et brutal.

Plus on avance dans l’intrigue et plus les actes des humains sont violents, sales et délictueux. Leur aspect physique évolue également vers cette tendance. Par opposition, le monde du rêve devient de plus en plus attirant pour la jeune fille jusqu’au climax final ou cela atteindra son apogée. Ce monde merveilleux qu’elle cherche à rejoindre est-il réel, ou est-ce uniquement le produit de son imagination ? Dans les deux cas les conséquences seront dramatiques. Sa liberté et son échappatoire à cette effrayante réalité sont très cher payés.

L’accent dans ce film est clairement mis sur le côté réel, et la dureté de la guerre. Le monde du rêve devient presque anecdotique et on peut regretter que cela n’ait pas été plus développé tant le bestiaire imaginé par Del Toro est réussi et terrifiant, l’Ogre notamment. Mais je chipote. Le Labyrinthe de Pan est un film très réussi, angoissant et plein de poésie. Un conte pour adultes qui ne vous laissera pas indifférent.

FONZI