Synopsis

Partie faire un séjour à la montagne avec un couple d’amis dans un chalet perdu au milieu des Alpes, une femme se retrouve seule après leur départ le soir même pour le village voisin. Toujours sans nouvelle au matin, elle décide de partir à leur recherche jusqu’à ce qu’elle tombe sur un mur invisible qui la sépare du reste du monde. Un mur au-delà duquel toute vie semble s’être pétrifiée durant la nuit.

LA CRITIQUE

Tout le film repose sur les épaules d’une seule et unique actrice : Martina Gedeck que l’on a découvert en 2006 dans l’excellent La Vie Des Autres de Florian Henckel von Donnersmarck. Pour pouvoir incarner ce personnage, et non pas simplement jouer ce rôle mais vivre ce rôle, littéralement être cette femme, le tournage a été long et fastidieux afin qu’elle rentre du mieux possible dans la peau de son personnage. Le résultat est probant avec une interprétation sobre, sans artifice et toujours juste.

Cette performance (et globalement le thème du film) peut rappeler celle de Tom Hanks dans le film publicitaire sur FedEx réalisé par Zemeckis : Seul Au Monde. Le thème du Robinson donc, une personne “civilisée”, n’ayant aucune affinité voire très peu avec le monde rural ou avec une vie quelque peu rustique se retrouve seule ou presque du jour au lendemain et devra organiser sa vie avec les moyens du bord en attendant un éventuel secours. On peut se rappeler également Into The Wild de Sean Penn où le jeune Alexander Supertramp vient en Alaska pour fuir un monde qui ne lui correspond plus et pour retrouver l’essence même de la vie. Il finira comme un prisonnier sans aucun échappatoire et sans possibilité pour lui de revenir en arrière après avoir pris conscience que “le bonheur n’est réel que lorsqu’il est partagé”.

Par la force des choses, les dialogues sont inexistants. Pour briser ce silence parfois assourdissant, plusieurs éléments : la partition de Bach qui va nous accompagner tout au long du film, une partition que j’ai trouvée pour ma part emplie de mélancolie et de quelques pointes de désespoir. A l’image du film, c’est simplement beau et sobre. Ce qui va également nous accompagner c’est la voix off de notre unique protagoniste qui nous raconte son histoire. L’écriture va représenter pour elle une sorte de thérapie et lui permettra de garder un contact avec le réel et de ne pas sombrer dans la démence, conséquence quasi-obligatoire d’une solitude extrême prolongée. C’est son devoir de mémoire, elle veut laisser une trace de son passage. Cependant cette voix off est omniprésente et se retrouve parfois indépendante de ce qu’on peut voir à l’écran. Cela a pour effet de court-circuiter certaines séquences et gâcher quelques effets de surprise. Est-ce un problème de transposition du livre à l’écran ? Possible. Une voix narrative non stop et pas ou très peu de dialogues, on est encore dans l’art littéraire et l’image ne sert finalement plus qu’à l’illustration de ces propos. Un son a également son importance, c’est le bourdonnement, comme une sorte de pulsation émise par le mur. Ce mur ne sera jamais visible physiquement mais sa présence sera marquée par ce son quelque peu angoissant qui n’a pas sa place dans cette nature sauvage.

Le Mur Invisible de Julian Roman Pölsler (2012) - Critique
Le Mur Invisible de Julian Roman Pölsler (2012) - Critique
Le Mur Invisible de Julian Roman Pölsler (2012) - Critique

La présence de ce mur est totalement surréaliste mais devient presque anecdotique, et l’idée n’est pas de savoir comment ni pourquoi le mur. Ce n’est finalement qu’un prétexte de base à une réflexion somme toute philosophique sur le bonheur et ce qui barre la route de notre épanouissement.

La photographie est magnifique. Dans un cadre pareil (les Alpes) comment ne le serait-elle pas ? Pölsler est né là-bas, et filme avec amour et tendresse cette nature qu’il chérit tant et qui est le berceau de ses origines.

Le rapport de Martha aux animaux est extrêmement touchant, notamment avec le chien Luchs, qui est le propre chien du réalisateur dressé spécialement pour l’occasion, et qui donne tout son sens à l’adage présentant le chien comme le meilleur ami de l’homme. C’est un compagnon de route, une présence inestimable. Luchs ne sera pas le seul animal à ses côtés. Elle va recueillir petit à petit et former sa propre Arche de Noé : chatons, vache, veau. Les séquences mettant en scène cette relation particulière sont très réussies. Cette femme finit par se fondre dans le décor, instaurant une relation d’égal à égal avec les animaux et nous renvoyant par cette même occasion à notre propre animalité. Elle se retrouve captive avec eux, et nous avec.

L’unique être humain qu’elle rencontrera fera figure de Mal incarné, l’Homme, celui apportera drame, destruction et mort. La séquence est courte et la sentence sans appel. C’est une vision assez manichéenne du Bien contre le Mal et l’effet dévastateur de l’homme sur son environnement. On peut voir dans ce film entre autres interprétations une réflexion globale sur l’écologie.

C’est un film avant tout sensitif sujet à de multiples interprétations. Il déstabilise et nous interroge sur un certain nombre de choses : notre condition d’être humain, notre instinct de survie, notre rapport à la faune, la flore, la nature en général, l’isolement en montagne, le retour aux sources, à l’essentiel, à une sorte de primitivité. Malgré un sujet captivant et une approche fascinante, ce film souffre de nombreuses longueurs qui n’apportent rien à la narration et qui nous ennuient plus qu’autre chose. Quelques passages en moins auraient permis de gagner en efficacité. Certaines faiblesses donc, mais il reste un film différent dans le paysage cinématographique, intéressant et très beau visuellement. Si vous avez l’occasion, je vous le conseille.

FONZI