Synopsis

En Bretagne, la nuit d’Halloween. Lucie Clavel et deux copains décident sur un coup de tête de cambrioler la maison de Deborah Jessel, une professeur de danse classique, aujourd’hui centenaire énigmatique plongée dans le coma. Durant cette nuit tragique et fantastique, Lucie perse le mystère de cette maison et le secret de Deborah Jessel.

LA CRITIQUE

Pourquoi sortir des cartons un film vieux de 2 ans ? On pourrait le dire pas assez vieux pour le faire entrer au panthéon des films légendaires et cultes et pas assez récent pour en faire un scoop. Je le fais tout simplement sur les recommandations d’une de nos plus fidèles lectrices, que je salue au passage, et parce qu’il s’agit d’un des rares films français de genre à être sorti en salle.

Je ne connaissais pas ce film et l’enthousiasme de notre camarade avait fortement titillé ma curiosité. Malheureusement, après visionnage, je regrette de n’avoir pu partager son ressenti. Ce film passe clairement à côté de tout ce qu’il tente. Voici pourquoi.

Le gros problème de cette production vient tout d’abord de l’histoire et de la manière dont elle est racontée. Les réalisateurs, également auteurs du film, nous induisent en erreur mais pas volontairement. Tout d’abord, le générique nous présente un cimetière laissant présagé une histoire de zombie. Ensuite, 10 min plus tard, on embraye sur une histoire de disparition d’enfant. Bon bon ok. C’est curieux mais l’ambiance est là. Ensuite, voilà que des enfants on passe à des séniors. Là, je commence à me tortiller sur mon vieux canap très peu confortable.
Bref, vous l’avez compris, nos camarades n’ont pas clairement positionné leur film. Car là où certains sont capables de mixer les genres sur tout de même 3 heures (je vous renvoie à l’article de Fonzi sur Cloud Atlas), Bustillo et Maury ne parviennent pas à effleurer un concept intéressant sur à peine 1h30. En réalité, j’exagère et je vous expliquerai pourquoi un peu plus loin.

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Ces écueils sont, hélas, sauvagement appuyés par des personnages totalement insignifiants. Et il s’agit là d’un problème trop récurrent dans les rares productions de genre à la française. Les personnages ne sont pas écrits. On a des événéments mais on n’a pas de personnages. Catherine Jacob, qui s’apprêtait à être mémorable, est maladroitement évincée de l’histoire alors qu’à elle seule le film aurait peut être pu prendre son envol. En dehors d’elle, on a du dialogue fadasse qui ne décolle jamais et ne permet pas de caractériser les différents personnages.

Et la mise en scène ne rattrape en rien ce manque d’écriture. Plate, sans aucune recherche, elle ne met en avant ni les personnages, ni les situations. L’actrice principale, la gentille interprétée par la charmante Chloé Coulloud, n’est pas filmé comme elle le devrait. La photographie ne met jamais en valeur son visage et son regard qui aurait pu percer l’écran. Je suis presque attristé de le dire mais inspirez vous des mises en scènes et des photos américaines toutes époques confondues pour magnifier vos acteurs si vous ne souhaitez pas révolutionner un genre.

Ne soyons pas trop dur tout de même car si j’ai pu tenir jusqu’à la fin c’est qu’il y a malgré tout de belles choses dans ce film.
Ce qu’ont très bien compris nos deux réalisateurs, c’est qu’un film fantastique passe par du son qui prend aux tripes. Et là les mecs ont bien choisi leur équipe son. Tout y est. Du lyrisme, du design sonore qui fait sursauter, de la musique trépidante. Le tout est d’une qualité rare. Seul hic. Le mixage des voix n’est pas à la hauteur de l’ensemble et l’on rejoint ici encore ce manque de considération vis à vis des personnages créés.

En réalité, ce film parvient à nous emporter lors de son dernier tiers. Il opte enfin pour un univers féérico-gothique pas mal du tout. Et là, on a presque le sentiment que toute l’équipe a changé. Guillermo del Toro serait il passé par là ? Franchement, et là je m’adresse à Bustillo et Maury : vous avez trouvé votre film à ce moment là. La photo n’est plus la même. La mise en scène prend une vraie direction. Là vous y êtes. Une fanstastique beauté malsaine nous est dévoilée. On sent un réel amour d’une belle histoire mise en image avec talent.

Sincèrement, j’ai adoré le dernier tiers, malgré un foisonnement de références parfois grossières. Mais il aurait fallu en faire un moyen métrage dans ce cas. Un film ne se résume pas à son dernier segment. Une ambiance ne se pose pas durant une heure lorsqu’un film ne dure qu’une heure et demi. Je regrette beaucoup que nos 2 auteurs n’aient pas fait un appel à un vrai ou même plusieurs vrais scénaristes car en France on en a et de brillants. Suivant un peu quelques blogs de scénaristes, je sais que ceux ci n’ont que rarement la chance de mettre en avant leurs talents. A chacun son métier. Si Maury et Bustillo le comprennent, je suis persuadé que leur capacité à mettre en image de beaux textes fera voyager leur prochaine production dans le monde entier.

VALGUR