Synopsis

Fred Madison, un saxophoniste très tendance de Los Angeles, soupçonne sa femme Renée (ne rigolez pas) de le tromper. Très vite, après le début de ses soupçons, il reçoit des vidéos, filmées par un inconnu, montrant l’appartement où il vit avec sa belle. Après la visite peu rassurante d’une équipe de policiers, une nouvelle cassette vidéo montre Fred à côté du corps de sa femme assassinée. Il est alors condamné à mort pour ce meurtre mais un homme mystérieux l’arrache à ce destin par un moyen inconnu. Fred Madison se retrouve alors dans la peau d’un autre homme mais, comme dans un rêve, les éléments de son passé vont peu à peu réapparaître, sous une forme différente.

LA CRITIQUE

C’est en 1999, une année avant la première fin du monde, que je découvre une curieuse bande annonce sur CANAL +. Je n’y comprends rien mais l’ambiance est intrigante, sombre comme un polar mais empreinte de fantastique. Le générique de la chaîne indique un film calibré ciné club. Ce détail, qui aurait pu faire fuir plus d’un fanatique de Rambo, n’a fait que renforcer ma curiosité car cette rubrique CANAL était l’une de mes favorites.

Le film commence sur l’avancée d’une voiture en pleine nuit. La scène est filmée en plan subjectif. Le titre Lost Highway apparaît. Le générique résume à lui seul le film dans son ensemble. David Lynch nous convie, comme il le fait si bien, à poser le pied sur un terrain vierge, que même lui semble découvrir au fil des scènes. Ce film nous mène par le bout du nez, perd son spectateur tout en jouant avec lui. Non je n’ai rien fumé, ce film semble presque autonome.

Lost Highway de David Lynch (1997) - Critique
Lost Highway de David Lynch (1997) - Critique
Lost Highway de David Lynch (1997) - Critique

David Lynch prend le parti de laisser son personnage gérer toute l’histoire qui va suivre la première demie heure. Tout commence pourtant bien. Le monsieur se sent pousser des cornes et surveille sa nana. Mais sa jalousie semble se transformer en paranoïa. On ne s’en rend compte que tardivement car les scènes semble totalement “objectives” autrement dit liées à des événements extérieurs. Cependant, la psychologie de notre personnage principal vire brutalement, à la fin de ce qui semblait être un premier acte, à de la schizophrénie pure, mal qui s’empare litteralement de la mise en scène complète du film. Notre héros devenu quelqu’un d’autre lance alors une nouvelle histoire à priori différente de celle entamée.

Seules 2 ou 3 scènes hallucinées et charnières permettent de “structurer” cette histoire puzzle. Tout le reste est filmé de manière “réaliste” tel un bon thriller psychologique sombre et torturée mais sans éléments fondateurs qui lient facilement le tout. Car David Lynch se rattache bien au film de genre avec Lost Highway mais décide d’en briser ou d’en démonter la structure pour perdre le spectateur et s’amuser avec lui.

Et pour nous attirer sur ce chemin d’aveugle, le réalisateur ne pouvait pas mieux choisir que Patricia Arquette… non non pas la boniche médium de la série du même nom. Enfin, si c’est elle mais en plus jeune. Et croyez moi ou non messieurs mais là elle tient l’un de ses plus grands rôles, certes secondaire mais sans lequel ce film n’aurait pas eu un tel effet sur moi (oui c’est vrai qu’on la voit quasi à poil un moment). Sensuelle, sombre et mystérieuse son personnage mène son petit monde, tout en finesse et peu de texte. David Lynch la dirige à merveille et capte avec intelligence son attitude à la fois discrète et provocante.

Le tout s’orchestre sur une bande son aussi mémorable que diversifiée. Comme toujours le comparse du réalisateur Angelo Badalementi est aux commandes des musiques d’ambiance jazzy, chaudes, feutrées et parfois dérangeantes. Et se côtoient sans aucun mal Marilyn Manson et David Bowie (le générique sur le morceau I’m deranged est superbe). Cette diversité de genre sonore contribue d’autant plus à nous perdre et à nous happer dans cette histoire aux multiples strates.

A mon sens le meilleur film du maître Lynch après Mulholland Drive en terme de maîtrise scénaristique, ce film vous déroutera à coup sûr. C’est normal, son titre prend la peine de prévenir son public. Ne cherchez pas à tout comprendre et oubliez Eraserhead. David Lynch ne filme pas la matière. Il s’essaye au jeu narratif et s’amuse comme un p’tit fou à nous mener par le bout du nez. Si vous vous prêtez au jeu, vous allez adorer sinon découvrez au moins la maman de la série Medium sous un autre angle, vous me remercierez.

VALGUR