Synopsis

Dans un monde ravagé par des siècles de guerre entre l’homme et les vampires, un prêtre guerrier désobéit à sa hiérarchie afin de traquer une bande de vampires meurtriers qui ont enlevé sa nièce.

La critique

J’ai découvert Scott Charles Stewart avec Legion (2010), premier long qu’il a écrit, réalisé et dont il a été producteur exécutif. Si l’ensemble du film m’a paru être quelque peu lourdingue, pour ne pas dire une fascinante et vaine tentative de marier Rambo, Night of the Living Dead et La Bible pour les nuls, j’en ai retenu quelques éclairs de génie : l’adorable mémé devenue un monstre sanguinaire qui grimpe – littéralement ! – aux rideaux et fait l’araignée au plafond… ou encore le pittoresque vendeur de glaces dont les membres se déforment avant de se lancer dans une improbable course de crabe ! En plus, Paul Bettany assurait plutôt bien, mais les dialogues pompeux faisaient vraiment tache dans un script pop corn qui réduisait le sort de l’humanité à une baston virile entre deux archanges dans la cuisine d’un drive-in… Je suis peut-être trop français – entendez  » trop arrogant » -, mais il y a des mélanges de genre qui me restent sur l’estomac, surtout s’ils n’ont pas été assaisonnés… Personnellement, j’ai toujours eu un faible pour la sauce chili rodriguo-tarantinesque : ironie, cinquième dégré, références cinéphiles de troisième zone et amour du massacre bien fait.

Priest de Scott Charles Stewart (2011) - Critique
Priest de Scott Charles Stewart (2011) - Critique

Du coup, ce Priest, avec le même réal et le même premier rôle, m’a semblé être l’occasion rêvée de transformer un coup d’essai en coup de maître… Hé bien, je ne m’y suis pas trompé ! C’est loin d’être le même film, car Priest est une adaptation d’un « manhwa » (manga coréen) éponyme conçu par Hyung Min-woo. Néanmoins, l’on retrouve ce mélange de genres qui caractérisait déjà Legion : le western spaghetti, voir le film de siège type Alamo (John Wayne, 1960) le film post-apocalyptique à la Mad Max, le film de monstres, le film de vampires et le film de science-fiction à visée politique. Mais, dans Priest, la mayonnaise prend davantage… En fait, elle prend si bien que l’on oublie très vite les aspérités de ce collage rétro-futuriste (sommes-nous sur Terre? Est-ce le futur, le passé, une réalité historique alternative ?) pour se laisser embarquer dans un univers utopique et uchronique parfaitement cohérent. En ne s’appuyant pas trop sur ses références et en évitant de marcher dans la bouse de la grandiloquence ou de la théologie bourrine, Priest avance comme sur des rails, du début à la fin. Une suite n’aurait d’ailleurs pas grand intérêt, et c’est sans doute la plus grande réussite d’un film que de se suffire à lui-même.

Priest de Scott Charles Stewart (2011) - Critique
Priest de Scott Charles Stewart (2011) - Critique

En ce qui concerne les acteurs, Paul Bettany trouve enfin tout l’espace pour développer un jeu sobre, consistant et très physique, même si du coup il semble parfois un peu seul – Maggie Q et Cam Gigandet, qui l’accompagnent dans sa quête, n’ayant pas son charisme – et que les dialogues restent un peu indigents. Heureusement, un chapelet de seconds rôles de qualité (Karl Urban, Christopher Plummer et l’excellent Brad Dourif) redonne un peu d’épaisseur au casting, mais ils restent largement sous-exploités et souffrent, tout comme le premier rôle, d’un manque, voire d’une totale absence de caractérisation… que le nom des personnages semble d’ailleurs suggérer (Priest, Black Hat, Hicks, Priestess, Salesman, etc.). On pourrait en dire tout autant du grand absent de ce film : Dieu… S’il existe, il a depuis longtemps déserté cette planète, et la foi que servent les prêtres guerriers paraît aussi peu consistante que cette Eglise despotique qui dirige Church City d’une poigne de fer. Les motivations politiques et philosophiques de ce clergé très orwellien restent absconses, pire, on sent que personne sur le plateau ne s’est posé la question… Cette faiblesse est cependant compensée par quelques gimmicks qui donnent du corps aux personnages (le parallèle récurrent entre les prêtres et des vétérans de guerre) et une satire acerbe de l’Eglise catholique et de son culte de la hiérarchie qui impose la médiation du clergé dans le rapport à Dieu.

Priest de Scott Charles Stewart (2011) - Critique - Critique

Quelques bonnes surprises : l’excellent « production design », avec des décors urbains cyberpunks qui évoquent Blade Runner ou Matrix et des bleds paumés post-apocalyptiques dignes de la ruée vers l’or. Et au-delà, le monde souterrain des vampires, catacombes qui rappellent la franchise Alien et dont la forme circulaire et la structure en ruches préfigurent le mystérieux vaisseau découvert dans le récent Prometheus. Les suceurs de sang, quant à eux, ressemblent davantage à des monstres échappés d’un film de Paul W. S. Anderson qu’à des dandys en dentelle, mais Stewart a la bonne idée d’imaginer des « familiers » (marginaux humains volontairement vampirisés et réduits en esclavage) et autres croisements que je ne saurais vous dévoiler !

Priest de Scott Charles Stewart (2011) - Critique

Au final, si ces prêtres guerriers n’atteindront pas la postérité des Jedi de George Lucas, le film de Scott Charles Stewart démontre encore une fois la formidable vitalité d’Hollywood, capable de donner naissance à une heroic fantasy spécifiquement américaine, d’essence rétro-futuriste, et dont les deux composantes mythiques principales sont la Conquête de l’Ouest et le fantasme paranoïaque d’invasion – communiste, extra-terrestre, islamiste – hérité de la Guerre Froide. Le tout cimenté par un évangélisme pionnier justifiant à la fois le rapport mystique à Dieu et l’auto-justice… Fucking terrorists… I mean… Ffffucking vampires !!!

VIXIV