Synopsis

Au sein d’une famille bien confortable, un drame survient. Le père d’India, jeune adolescente à la fois excentrique et renfermée, meurt dans un accident de voiture. Elle se retrouve seule avec sa mère et la gouvernante. L’oncle de la jeune fille dont elle ignorait l’existence, refait surface lors de l’enterrement. Des liens étranges se développent peu à peu entre ces différentes personnes. L’adolescente ressent très vite des sentiments de méfiance et d’attirance mêlés envers cet oncle énigmatique.

LA CRITIQUE

J’ai découvert ce film quelques semaines après sa sortie en salle sur la base de deux choses : l’affiche française fort sympathique qui montre une famille portraiturée au vitriol avec son personnage masculin maculé d’une bonne giclure sanglante, et le nom du réalisateur du génialissime Old Boy, que je découvre avec joie lorsque je me rapproche de l’affiche. Sans même lire le synopsis de cette nouvelle production, je décide de la découvrir aussi vierge que son héroïne.

Ce type d’histoire du membre maléfique d’une famille en proie à un événement pas marrant du tout a été maintes fois traité. On pourrait s’attendre à un film efficace et violent mais sans réelle surprise, à un bon film pop corn accompagné d’une coupe de champagne car il s’agit tout de même de Park Chan-Wook. Hé bien il n’en ait rien ou presque. Pour son premier film hollywoodien, le réalisateur coréen fait preuve d’un réel tour de force en optant pour la retenue et en jouant d’un point de vue narratif sur l’horizon d’attente lié au genre. Le thriller est ici bien plus psychologique que ce dont il nous a habitué dans ses productions précédentes.

De fait, il évite la violence graphique dont il a l’habitude et parvient à mettre en scène et surtout en image, avec virtuosité, les émotions et sentiments de ses trois personnages principaux. On reconnait aisément sa patte car il a fait appel à Chung Chung-hoon, technicien talentueux qui a déjà sévi en tant que directeur photo sur plusieurs productions du réalisateur, dont Old Boy. Des couleurs pastelles et lisses, une composition d’une précision incisive, nous montrent un univers glacial et distancié à l’image de ses personnages pince sans rire, pour rester poli.

Stoker de Park Chan-Wook (2013) - Critique
Stoker de Park Chan-Wook (2013) - Critique
Stoker de Park Chan-Wook (2013) - Critique

Cette froideur et cette précision dans la composition de chacun des plans est appuyé par le jeu presque outrancier et lisse de nos héros qui n’en sont pas vraiment. L’oncle aux allures de Ken, le casse croute de Barbie, au style avant gardiste des années 60 (Mtthew Goode), la mère cougard dans l’âme et en attente d’affection (Nicole Kidman), l’adolescente brune et renfermée mais hyper sensible et intelligente (Mia Wasikowska), chaque personnage à des traits très marqués et font montre de peu de réalisme mais sans jamais tomber dans l’excentricité totale. De ce point de vue, chacun des acteurs joue à merveille son rôle à la fois tranché et retenu. On est loin de hurlements stridents accompagnés de bande musicale au volume assourdissant.

Et là où la froideur aurait pu créer de la distance et empêcher tout effet d’identification, Park Chan-Wook contourne le risque en partageant l’hyper sensibilité de son héroïne. Grâce à un travail du son, notamment du bruitage, il parvient à nous faire frissonner et par ce biais à nous faire entrer dans l’univers qu’il nous fait découvrir en même temps que ces personnages. De nombreux plans et notamment ceux du générique de début sont d’une sensualité incroyable et nous dévoile d’emblée la thématique du film.

Je n’irai pas très loin dans la critique de l’histoire afin de ne spoiler personne car elle regorge de nombreuses petites surprises. Le scénario, écrit par Wentworth “Prison break” Miller, s’avère en effet à la fois efficace, ingénieux et sans surabondance d’effet classique du genre “ah mais c’était elle la garce qui a tué le mari parce qu’elle voulait se taper le tonton”. La narration est induite par les personnages. Miller a voulu écrire des rôles et non des événements et il y parvient avec brio. Mais à vouloir être trop proche de l’âme de ses bébés il finit par nous perdre. La complexité de ses personnages atypiques n’est pas toujours évidente à cerner et beaucoup de questions restent en suspend après la projection. D’autres part, certains manques liés à l’histoire des personnages et l’explication finale et partielle créent la même frustration qu’une cuillère de Nutella qu’on vous enlève trop tôt de la bouche.

Cela dit, cette zone de flou sur certains points narratifs peut tout à fait être une pirouette marketing permettant le lancement d’un autre film. L’avenir nous le dira. Malgré une histoire assez sobre et simple et les frères Scott, Tony et Ridley de leur prénom à la production, Park Chan-Wook ne se grille absolument pas les ailes sous le soleil d’Hollywood et montre une fois de plus sa maîtrise de la mise en scène en cohérence parfaite et totale avec son sujet. L’un des rares à réussir en dehors de ses marques et à pousser ses limites dans un milieu nouveau et souvent hostile. On lui souhaite un avenir radieux chez auprès de ses nouveaux copains.

VALGUR