Prix du jury au Festival de Cannes en 2009

Synopsis

Un jeune prêtre, Sang-Hyun (interprété avec brio par l’excellent Song Kang-Ho) suit une expérience médicale et se porte volontaire pour tester un vaccin susceptible d’éradiquer une maladie qui sévit en Afrique ( c’est beau d’avoir du coeur… mais ça sent quand même un peu la fausse bonne idée). L’expérience est un fiasco, et le prêtre claque. Une transfusion sanguine d’origine inconnue le ressuscite, mais cette expérience le transforme progressivement en suceur de sang. Rentré en Corée, son retour à la vie attire tous les culs bénis du quartier. Parmi eux, il recroise la femme d’un ami d’enfance, aux charmes de laquelle il ne pourra résister…

LA CRITIQUE

Le titre complet de ce film est Thirst, Ceci est mon sang… j’ai quelques lacunes en termes d’éducation religieuse et comme j’adore fouiner, j’ai pu voir que “ceci est mon sang” est une phrase tirée de l’Evangile selon Saint Matthieu, chapitre 26, versets 26-28 : “Pendant qu’ils mangeaient, Jésus prit du pain et, après avoir rendu grâces, il le rompit, et le donna aux disciples, en disant : Prenez, mangez, ceci est mon corps. Il prit ensuite une coupe et, après avoir rendu grâces, il la leur donna, en disant : Buvez-en tous car ceci est mon sang, le sang de l’alliance, qui est répandu pour plusieurs, pour la rémission des péchés.” Dans l’Evangile de Jean au chapitre 6, verset 55-56, on peut lire ceci :  » …Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle… ». Je ne veux pas faire une analyse de comptoir du mythe du vampire mais on peut faire un parallèle assez évident entre les mots de Jésus et le personnage de Bram Stoker. Je crois qu’on nous cache des choses… Jésus devait être un vampire, c’est sûr.. (pfff blasphème.. je ne suis qu’un mécréant.) Bref, stop les digressions, revenons à nos brebis galeuses. Park a pris au mot nos amis les apôtres et a fait de son personnage principal un prêtre en pleine crise identitaire et littéralement en proie à ses démons.

Park Chan-wook a annoncé s’être librement inspiré du roman de Zola, Thérèse Raquin. A priori pas vraiment bandant dit comme ça mais Park a su s’approprier de fort belle manière cette histoire pour l’arranger à la sauce érotico-gore et donner par la même occasion son interprétation du mythe du suceur de sang. La trame de Zola : une femme qui se cherche, et qui mène une vie de merde on peut le dire, avec une famille de connards et des amis chiants au possible. Dans ce bourbier, un couple d’amants qui essayent de vivre leur amour impossible et se laissent aller à une certaine perversité et une violence sans pareil.

Thirst, ceci est mon sang de Park Chan-Wook (2009) - Critique
Thirst, ceci est mon sang de Park Chan-Wook (2009) - Critique
Thirst, ceci est mon sang de Park Chan-Wook (2009) - Critique

Park nous fait réfléchir et nous fait assister dans son film Thirst au spectacle assez sordide de la foi et de l’engagement religieux dans toutes ses contradictions. Les pulsions humaines, le désir charnel face à la foi. Thème actuel s’il en est. Un pur acte de générosité tourne à la catastrophe et donne l’occasion à notre prêtre grâce (ou à cause) d’une transfusion sanguine à l’origine douteuse, qui agira comme un sérum de vérité, révélera la nature profonde de notre cul béni : une bête de sexe assoiffée de sang. (Voilà, là j’ai capté votre attention…)

La rencontre avec cette femme (Kim Ok-Vin) va agir sur lui comme un catalyseur, un accélérateur de particules hormonales. Cet aspect-là du film pourrait paraître réactionnaire aux yeux de certains… La femme c’est le mal, un pousse-au-vice…en gros elle fout la merde !! Mais voir les choses sous cet angle serait vraiment réducteur et la vision de Park est beaucoup plus subtile et poétique selon moi. Cette relation a quelque chose de fascinant, c’est l’amour total. Un amour qui les dévore et les consume au sens propre comme au figuré. C’est un amour inconditionnel et sans concession qui relègue l’amour du prêtre pour Dieu à un béguin d’adolescent pendant ses vacances en famille au camping du Bois Joli.

Park nous fait passer par un certain nombre d’émotions différentes. Tout cela souligné par le superbe travail sonore de Jo Yeong-wook avec qui Park a colloré sur 90% de ses films. Pour chaque émotion, une nouvelle partition, un nouveau thème. Inspiré de la musique classique, cette bande originale passionnée à la frontière du lyrique colle parfaitement à cette ambiance mystique et ambivalente.

La photographie est léchée et la mise en scène inventive, arrivant même à nous décrocher quelques sourires inopinés ici et là. Thirst manque parfois un peu de rythme et souffre de quelques lenteurs mais globalement on assiste à une oeuvre intéressante et saisissante. Park Chan-Wook réussit son pari de renouveler un sujet usé jusqu’à la corde voire périmé, en apportant son style et sa touche personnelle. Les constituants de la mythologie vampirique sont là : le romantisme, la bestialité, la violence, l’immortalité et le soleil fatal. La scène finale est anthologique et clôt le film de belle manière sans nous laisser sur notre faim. Sans atteindre le niveau d’un Old Boy qui reste selon moi son chef d’oeuvre, je vous conseille tout de même ce film qui ne vous laissera sûrement pas de marbre.

FONZI