Synopsis

Une flopée de créatures toutes en fourrure venue d’un autre monde s’avance dans une petite ville suivie par des chasseurs de primes intergalactiques. Ces terribles boules de poils ne rencontrent aucun obstacle sinon des villageois militants.

La critique

Critters arrive à consolider la comédie, l’horreur et le film de science-fiction sans jamais tomber dans le ridicule. Le film se montre dès son ouverture comme un plaidoyer anti E.T. Il faut dire que le film de Spielberg était encore en tête de gondole des chefs d’œuvres à voir absolument à l’époque. Non content de se payer l’actrice Dee Wallace (qui jouait la mère dans E.T.), Stephen Herek casse tous les codes des gentils martiens qui régissaient le paysage cinématographique. Il se crée un univers extrêmement bien étoffé obéissant à ses propres règles. Les chasseurs de primes sont probablement les meilleurs héros SF que le cinéma bis ait connus. Ces guerriers de l’espace ont un pouvoir de morphing leur permettant de prendre l’apparence de n’importe qui. Cette idée offre une infinité de rebondissements qui amènera un grand nombre de quiproquos véritablement savoureux. À noter la présence au casting de Terrence Mann qui campe un chasseur de prime emblématique et bad ass comme pas deux. Le chanteur arpente un look de rockeur typé année 80 avec une très belle chevelure à en faire pâlir Nicolas Cage. Les chasseurs de primes n’ont pas un look extravagant. Ils restent sobres dans leurs accoutrements mais ont de gros calibres. Ce sont de vrais bourrins prêt à tout pour dessouder du critter. Quel plaisir inéluctable que de voir ces ahuris sans cerveau faire tout exploser pour espérer trucider une seule de ces créatures. Malgré l’univers développé de la galaxie dont ils débarquent fraichement, on se rend compte qu’ils sont très en dessous de l’intellect humain. Le choc des cultures se fait ainsi sur trois niveaux de lecture : les critters, les chasseurs de primes et les humains.

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Les critters ont un aspect véritablement atypique comparé à l’image qu’on aurait de créatures extraterrestres. Ils sont petits, poilus avec de grosses mâchoires pleines de dents pointues. D’une manière globale, on dirait des hérissons fièrement dressés sur deux pattes. Non content de cracher à la gueule des gentils envahisseurs comme E.T., Herek offre une véritable personnalité à ses bestioles. Elles ont faim et ne manquent pas de faire tourner en bourrique leur victime avant de se ruer fièrement sur leur repas. Elles s’envoient des vannes geek avant l’heure (« Bitch please ? ») et aiment la douceur de la paille dans une grange (spécialement quand un couple s’envoie en l’air dessus). Bien plus qu’une satire du cinéma de science-fiction, Critters s’inspire et se moque d’un événement survenu en 1955. En effet, dans la nuit du 21 au 22 août 1955, une famille de fermiers du Kentucky a affirmé avoir subi une attaque extraterrestre. Plus connu comme la rencontre Kelly-Hopkinsville, personne ne sais encore aujourd’hui s’il s’agit d’un phénomène d’hystérie collective ou effectivement d’une attaque alien. Quoi qu’il en soit, Stephen Herek détourne un fait médiatique marquant (le plus marquant de l’histoire de l’ufologie) pour en pondre une comédie noire savoureusement délectable.

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Le film est vraiment sombre. On rit sérieusement jaune à certaines situations. Il n’a pas valeur à chercher le rire. C’est avant tout un film d’épouvante empreint d’une époque 80’s fleurissante dans le genre. C’est l’archétype même du film pour adolescents extrêmement prisé à l’époque. D’ailleurs, Steve Baron lui rendra hommage en 1990 dans son film Les Tortues Ninjas lorsqu’on verra Raphaël sortir d’un cinéma juste après une séance de ce dernier. Critters est un film pop corn qui s’adresse à une génération non conformiste désireuse de voir autre chose que des blockbuster. Critters reprend le principe du home invasion dans sa nature la plus primitive introduisant un ennemi vraiment charismatique. Il y a une nette envie d’affirmer les goûts cinématographiques qui font la culture de Herek dans son film. D’ailleurs, Critters est l’essence même de tous les ingrédients qu’on retrouvera ci et là dans les films suivants de son réalisateur : comédie, science-fiction, rock. Critters casse les codes d’un cinéma conventionnel prouvant que la série B sait et peut le concurrencer pour peu qu’une forte personnalité officie derrière la caméra. Il rappelle aussi l’époque des drive-in où l’Invasion des Profanateurs et autres Blob étaient les maîtres du monde.

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Critters dispose d’une fin ouverte qui lui vaudra trois suites. La réputation de films comiques qu’il se traîne ne lui est pas due. Il résulte d’un résultat minutieux combinant le meilleur d’un cinéma plurigenre pour en conserver son meilleur. Les suites prendront un tournant nettement moins sérieux servant une quadrilogie digne d’un plaisir coupable ouvertement assumé. Mais ça, ce sera pour une prochaine critique les enfants.

TONYO