Synopsis

Sur le chemin d’un mariage, une bande d’amis s’arrêtent dans un bed & breakfast d’une petite ville. Le shérif local va suspecter le groupe après la mort particulièrement étrange du gérant. C’est alors que la panique s’installe quand les habitants, possédés par un esprit démoniaque, assiègent la résidence. Leur instant de détente se transforme alors en combat surnaturel sanglant à mort.

La critique

Du sang, de l’humour et de la musique country : voilà un bien bel héritage laissé par le maître Herschell Gordon Lewis que Leutwyler décide de remettre au goût du jour avec Dead & Breakfast. L’histoire est franchement bateau mais ce n’est que pour mieux servir une originalité dans sa réalisation qui est hors pair. Il y mêle tout ce qui fait la culture populaire dans toutes ses formes. Dead & Breakfast est un immense comics animé qu’on se délecte de savourer bouchée par bouchée. L’ouverture du film souligne fortement bien à quelle sauce on va être mangé : une BO d’enfer et des tableaux tous plus grand-guignolesques les uns que les autres. Tous les stéréotypes ne manquent pas à l’appel que ce soit du puceau bon copain au queutard invétéré en passant par la blonde décérébrée ou encore le gros toxico de service. Le casting est franchement savoureux, on a réellement l’impression d’être avec nos propres potes ce qui fait qu’on se sent impliqué dans leur connerie. Et quelle surprise de retrouver David Carradine donner la réplique à sa propre fille (Ever) en dépit du fait qu’ils ne se croiseront jamais dans le film. Quoi qu’il en soit, on sent que les acteurs se sont éclatés à jouer ensemble et le résultat s’en ressent.

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Il y a une caricature évidente des films de genre qui se met en place. Dead & Breakfast envoie bouler tout le folklore qui habite les films du même calibre se permettant de rendre des lettres de noblesse à des personnages voués à l’échec en temps normal. Ainsi les bouseux texans tiendront leur revanche sur les citadins qui se croient supérieurs par leur confort de vie mais ce n’est pas tout : les puceaux ne sont plus des anti-héros détestables et inconsistants. Le film tient un rythme trépidant accentué par de nombreux interludes musicaux chantés par notre serviteur country : personnage intradiégétique de l’histoire qui agit comme le gardien de la crypte de cette histoire rocambolesque. En plus d’être vraiment savoureuses, ses compositions offrent de très beaux moments qui collent parfaitement à l’univers décalé instauré par le film. On n’a pas autant pris son pied sur une BO de la sorte depuis le 2000 Maniacs de Gordon Lewis et c’est une preuve formelle que le cliché de la musique métal n’est pas l’unique solution pour rythmer l’horreur. Le film regorge de scènes d’anthologie comme le fameux détournement du Thriller de Michael Jackson où nos zombies / possédés du jour s’en donnent à cœur joie d’exécuter une danse plus qu’endiablée. Non seulement du comique de situation, il y a une sorte d’expiation des corps qui se joue dans les dialogues d’un comique absurde à s’en démonter les zygomatiques. Jamais plus vous ne verrez une tronçonneuse de la même manière !

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Question hémoglobine, il faut dire qu’on en a pour son argent. S’il prend son temps à démarrer, Dead & Breakfast réserve un assaut final qui pourrait rentrer en concurrence directe avec le final de Braindead de Peter Jackson que ça n’étonnerait guère (à une plus petite échelle cela va sans dire) où la tronçonneuse vient remplacer la tondeuse à gazon. Et vas-y que ça y va à coup de décapitations et autres strangulations, le tout dans une ambiance redneck qui pue le houblon et le tabac à chiquer. Matthew Leutwyler livre un film abouti, suffisamment minimaliste pour briller en société et se réjouir intérieurement d’être une rare personne à connaître le film mais également suffisamment excellent pour ne pas être rangé dans une catégorie de nanar à oublier très vite. Au-delà du simple plaisir coupable, Dead & Breakfast donne une signification totale et un sens justifié aux soirées entre potes autour d’un pack de six et quelques chips. C’est aussi le genre de film où l’on peut coller sa nana sans problème devant puisqu’on sait pertinemment que le second degré jusqu’au boutiste du discours tenu la régalera et aura peu de chance de la rebuter lors de scènes particulièrement gore.

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Dead & Breakfast est un film savoureux, drôle, énergique et foutrement addictif qu’on ne peut que vous conseiller d’acquérir le plus vite possible. S’il a gravi des échelons d’affection intense dans le cœur de ses fans, il n’est pas encore trop tard pour vite rentrer dans le cercle. Une comédie gore délectable qui trouvera une place de choix dans votre collection, en tout cas, nous, on en redemande !

TONYO