Détour Mortel (Wrong turn), c’est l’histoire d’une famille rescapée de péquenots difformes, sadiques et cannibales qui vont s’en prendre à de pauvres jeunes qui, en choisissant une mauvaise route, ont eu le malheur de s’aventurer sur leur territoire de chasse.
Parmi les dégénérés pedzouilles, on trouve une sympathique fratrie comme on en fait plus de nos jours. En tête, le désormais célèbre Three Finger (Trois doigts), son frèro, One Eye (Un œil) et l’autre frère, Saw Tooth (Dents de scie). Que des noms de vainqueurs ! Ces trois personnages constituent en quelque sorte, le fil conducteur de la saga. Plus on avance et plus on en découvre sur leurs origines mais nous aurons l’occasion d’y revenir.
La saga distribuée par la 20th Century Fox se décline, pour l’instant, en cinq volets construits selon un modèle quasi identique à savoir un groupe de jeune pris à partie par des hommes des bois qui ne pensent qu’à bouffer de la chair fraîche. Il ne leur en fallait pas plus pour nous pondre une série que l’on n’imaginait d’ailleurs pas qu’elle serait aussi longue. Le premier volet ne donnait pas l’impression d’une volonté d’en faire toute une saga. Mais c’est bel et bien l’option qui fut choisie… (à tort ou à raison ?) Je vous laisse le soin d’apprécier et me dire…
Saga Détour Mortel

Les réalisateurs

Trois réalisateurs ont apporté leur contribution à cette saga. On le verra plus loin, ils n’ont malheureusement pas tous apporté que du bon.
On doit le tout premier volet de la saga à Rob SCHMIDT. Il s’agit d’un réalisateur, scénariste américain diplômé de la Purchase University de New-York et de l’American Film Institut. Après une série de courts-métrages et mini-films tels « Milestone » et « Saturn ». Le succès de ce dernier court l’encourage à en faire un long-métrage. En 2000, le réalisateur nous livre « Crime and Punishment » suivi de près par « American Heroes ». Après nous avoir livré le fameux premier Détour Mortel en 2003, il enchaine sur un épisode de la saison 2 des Masters of Horror intitulé « Right to die ». Son dernier long réalisé cette année est « The Alphabet killer » et le réalisateur nous prépare d’autres surprises puisqu’il travaille actuellement sur de nouveaux projets notamment sur un film intitulé « Bad Meat » et sur une adaptation du roman de Stephen KING, « Insomnia ».
On doit le second volet de la saga à Joe LYNCH, co-réalisateur, producteur délégué et scénariste de la comédie horrifique Chillerama (2011), réalisateur du film Everly (2012) avec l’actrice Salma HAYEK, acteur et producteur délégué de Holliston (2012), producteur délégué de Something Real and Good (2013).
Les trois derniers opus sont signés Declan O’BRIEN. Il s’agit d’un réalisateur, scénariste et producteur américain à qui l’on doit, en qualité de réalisateur, des films tels Snakeman (2005), La chute des Empires (2008), Le Cyclope (2008), Le secret de l’épée (2008), Sharktopus (2010). Il reste surtout connu pour sa participation à la saga Détour Mortel.

Saga Détour Mortel

La Saga

J’ai découvert assez récemment cette saga qui n’est pas tout à fait nouvelle puisque le premier volet a été réalisé il y a 13 ans déjà ! Pour l’occasion, je me suis offert le coffret avec les cinq volets sorti au mois d’octobre dernier et je les ai maté les uns après les autres pour vous livrer mes impressions en ce début d’année 2014.

Dans la saga des Détour mortel, le premier volet n’est, curieusement, pas le meilleur de mon point de vue. En dépit d’une assez bonne entrée en matière avec notamment un générique des plus intrigants, le spectateur y découvre rapidement un scénar assez classique qui rappelle d’emblée des films seventies du genre Massacre à la Tronçonneuse de Tobe HOOPER, La Colline a des Yeux de Wes CRAVEN … , la touche contemporaine en plus. Un groupe de jeunes partis pour camper en forêt sont victimes d’un accident de la route. Essayant de trouver de l’aide, ils font la rencontre de chasseurs cannibales du coin… Mais ce premier opus bénéficie d’un avantage certain, celui de l’effet « découverte ». Le spectateur ne rechigne pas à se laisser embarquer dans l’histoire de ces trois rescapés dégénérés cannibales férus de tir à l’arc et des pauvres malheureux qui vont en faire les frais. Le film se laisse donc regarder sans souci mais laissera simplement une vague impression de déjà-vu. Amusant mais pas transcendant. En revanche, dès le départ, le ton est donné et le gore s’invite rapidement. Cette touche gore franche et sans détour constitue aussi la marque de fabrique de cette saga avec d’ailleurs une gradation au fil des volets. L’apothéose se trouvant dans les deux derniers volets qui regorgent de petites scènes originales, efficaces et bien pensées.

Saga Détour Mortel

Le deuxième volet de la saga sorti en 2007 nous plonge dans un univers un peu différent. Nous restons en forêt mais cette fois-ci, le spectateur devient le témoin d’une émission de télé-réalité « Survivor » mettant en scène un groupe de jeunes en quête de sensations ou de fric et bien sûr, nos hommes des bois cannibales qui refont surface après s’être bien fait cramés la gueule dans le premier volet. Dès le départ, le spectateur est mis dans l’ambiance et le ton résolument orienté gore est donné (pour celles et ceux qui l’ont vu, je parle de la scène où la blonde du début se fait littéralement couper en deux par Three Finger). Dans ce nouvel opus, on en apprend un peu plus sur cette famille de cannibales. On y croise notamment le papa qui, avant de se faire exploser à la dynamite, nous apprend que sa famille a été victime d’émanations de produits toxiques et chimiques qui, l’on suppose, seraient donc à l’origine des malformations physiques des membres de la tribu… Le spectateur y découvre aussi le mode de vie des cannibales, les voit évoluer au sein de leur communauté avec femmes et enfants, assiste à leur copulation sauvage… Leur aspect difforme est vraiment ce qui les caractérise tous. Les trois qui sortent du lot sont les frères, Three Finger, One Eye et Saw Tooth. Ils constituent en quelque sorte les personnages emblématiques de cette tribu de cannibales. Du côté casting des jeunes et pauvres victimes, on trouve ici des personnages un peu plus marqués que dans le premier volet. On a le sportif au grand cœur, le militaire qui se la joue Schwarzie version Commando, la guerrière lesbienne, la bombasse, le crétin, la naïve et le filou. Une belle brochette pour nos hommes des bois avides de chair fraiche. Cet opus se situe dans le prolongement du premier et on y trouve les mêmes références peut-être même encore plus présentes telles la scène où l’une des filles se retrouve prisonnière dans la demeure des cannibales. Cette scène est un clin d’œil évident à la scène finale de Massacre à la tronçonneuse. Notons au passage que le budget pour ce second volet (4 millions de dollars) fut nettement moindre que pour le premier (12,6 millions de dollars).

Les trois derniers volets de la saga sortis respectivement en 2009, 2011 et 2012 sont signés du même réalisateur. Pourtant, les trois ne sont pas du même acabit. Le troisième volet de la saga est assez surprenant et finalement s’avère assez décevant par rapport aux deux premiers. Pourtant, ce nouvel opus ne démarrait pas trop mal avec son festival de scènes bien gores signées Three Finger qui s’en donne à cœur joie avec son arc et ses flèches. En effet, ce troisième opus met en avant le personnage de Three Finger qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler, par certains aspects, le personnage de Freddy KRUEGER (Les Griffes de la Nuit) et dont on découvre qu’il a un fils. Exit les frères et autres membres de la tribu. Le film prend ainsi des allures de slasher movie avec un Three Finger surexcité et bien décidé à se venger de ceux qui ont osé toucher à sa progéniture. Malheureusement, le film prend aussi vite des allures de nanard avec des personnages creux, véritables caricatures de méchants gangsters. On nous livrera moultes et moultes rebondissements improbables avec des fausses pistes rocambolesques et finalement soulantes. Il est vraiment dommage que le réalisateur n’ait pas saisi l’occasion de nous faire découvrir davantage la personnalité de Three Finger d’autant que le film lui fait la part belle. Nous le verrons plus loin mais c’est précisément ces occasions manquées de distiller un peu de consistance au scénar notamment du côté des cannibales qui pêche dans cette saga. Bref, vous l’aurez compris, je n’ai pas du tout accroché sur ce troisième volet qui a même réussi à me faire vaciller et hésiter à poursuivre la suite de cette saga surtout quand je me suis aperçu que les deux volets suivants avaient été pondu par le même réalisateur. Mais je me suis motivé en pensant au petit dossier que j’allai vous concocter. J’ai donc poursuivi…

Saga Détour Mortel

Tout d’abord, quelques mots sur le quatrième volet intitulé « Origines Sanglantes ». Le spectateur en découvre un tout petit peu plus sur les origines des trois frères HILLIKER. On y apprend notamment que, depuis l’enfance, le benjamin de la fratrie, Three Finger adore se bouffer les doigts, son frère One Eye s’est arraché lui-même un œil et l’a mangé devant son infirmière et l’aîné, Saw Tooth a pour habitude de s’aiguiser les dents contre les murs avant de mordre les infirmiers. On y apprend aussi que tous trois sont atteints d’une forme rare d’analgésie congénitale les rendant insensibles à la douleur. Mais là encore, force est de constater que le spectateur ne peut être que déçu de n’en apprendre davantage surtout d’un opus sonnant comme une préquelle, un retour sur les origines. Mais cet aspect sera très vite balayé pour ne pas dire torché avec une petite histoire de massacre de villageois par une bande de péquenots au début du 19ème siècle. Juste pour dire qu’on a mis une petite couche historique. Curieusement, l’intérêt de ce quatrième volet ne se situe donc pas dans la découverte des origines de nos hommes des bois ou alors de manière largement insuffisante pour que l’on y accorde un réel intérêt. Contrairement aux trois premiers volets qui se déroulaient en période estivale ou printanière, l’action se déroule ici en pleine période hivernale dans une sorte d’asile renfermant des personnes souffrant de difformité. Pour le reste, l’histoire est assez classique et fidèle aux prédécesseurs à savoir, trente ans plus tard, un groupe de jeunes partis en vacances d’hiver pour faire de la motoneige sont pris dans une tempête de neige. Ils sont contraints de trouver refuge dans l’hôpital abritant toujours les trois frères cannibales qui, malgré les années, ont gardé toute leur fougue et surtout leur appétit. La recette est désormais bien connue et approuvée. Le réalisateur continue avec un gore franc et direct. Les scènes sont parfois très crues. Il y distille quelques scènes de sexe pas désagréables dans le décor. Au casting, beaux gosses et jolies demoiselles pas très prudes. Ce quatrième opus, décevant en ce qu’il n’apporte pas ce qu’il semble pourtant annoncer dans son intitulé, relève néanmoins sensiblement le niveau de la saga qui avait considérablement baissé avec le troisième volet. Il parvient à se rattraper aux yeux du spectateur grâce à une bonne ambiance, de bons effets et un climat des plus froids qui tranche radicalement avec le climat estival ou printanier des prédécesseurs. Un opus qui se laisse ma foi regarder sans peine.

Saga Détour Mortel

Le cinquième et dernier volet (pour l’instant) de la saga, en bon successeur, regorge aussi de belles trouvailles. L’action se déroule cette fois-ci dans une petite ville en plein Festival Mountain Man durant la période d’Halloween (Festival dont on nous apprend que les origines remontent à un massacre de tous les habitants de la ville par des péquenots cannibales en 1817… Cela ne vous rappelle rien ?). Des jeunes s’y retrouvent pour une soirée de débauche et, pour l’occasion, enfilent leurs plus beaux masques et déguisements. Les trois frères cannibales qui, du coup, ne font plus tache dans le décor, vont nous livrer un véritable festival de scènes gores à souhait en « mettant le feu » à la petite bourgade. Un vrai carnage ! Comme d’hab, le scénar apparait ici nettement secondaire par rapport aux belles trouvailles et aux effets gores. L’on notera la présence d’un personnage nouveau dont le lien de parenté avec les trois frères cannibales semble évident mais sans que l’on sache vraiment de quel lien il s’agit. Il s’agit du personnage de Maynard brillamment interprété par l’excellent Doug BRADLEY (pour ceux qui ne le connaitraient pas, c’est celui qui incarna jadis, le personnage emblématique Pinhead dans la saga Hellraiser inspirée d’une nouvelle de Clive BARKER). En tous cas, cet homme semble les avoir pris sous son aile et en avoir fait ses marionnettes. Dans ce volet ultime et à l’instar des deux précédents, plus de happy end. Les gentils se font tous dégommer à la fin et ce sont les méchants cannibales qui s’en sortent. Au fil des opus, ces derniers finissent presque par paraitre sympathiques aux yeux du spectateur même s’il vaut mieux éviter de croiser leur chemin. Ce qui est frappant chez eux c’est la légèreté et l’insouciance avec lesquelles ils commettent des actes atroces. Ce sont de vrais sadiques ! Au passage, relevons que le budget pour la réalisation des opus de la Saga ne cesse de diminuer (pour ce dernier volet, il fut d’environ 1,5 millions de dollars). Fort heureusement pour nous, la qualité d’un film n’est pas toujours liée au budget qu’on lui alloue.

Au final et au programme, le spectateur trouvera dans cette saga qui n’en est pas vraiment une puisque les opus ne se suivent pas réellement (le spectateur pourrait très bien les découvrir dans le désordre), quelques belles scènes gores franches et bien pensées, une once de sexe et de nudité (le casting féminin semble avoir été pensé en ce sens), un brin d’humour et des personnages (je parle de la fratrie de pedzouilles) qu’on aurait aimé découvrir davantage. L’on regrettera de n’en apprendre que si peu sur les origines de ces cannibales dégénérés. Ce qui pêche vraiment dans cette série c’est l’absence de lien, de vrai fil conducteur permettant de relier les opus les uns aux autres. Hormis les trois frères cannibales qui sont des personnages récurrents mais dans des scénar bien distincts, il n’y a quasiment rien qui permette de lier les cinq volets. L’histoire de ces cannibales aurait sans doute mérité davantage de consistance pour susciter l’intérêt du spectateur et leur conférer une dimension autre que celle de simples bourreaux sadiques. Les jeunes quant à eux, sont seulement là pour se faire dégommer les uns après les autres, prétextes à quelques belles scènes gores. Des ingrédients, finalement, assez classiques pour un genre souvent revisité donc peu original mais qui demeure, appréciable.

DARKO