Avec

 Ewan McGregor, Rebecca Ferguson, Kyliegh Curran

Année :

 2019

Pays :

 Etats-Unis

Durée :

 152 min

Genre :

 Thriller horrifique

Production :

 Intrepid Pictures, Vertigo Entertainment

La sentence
 
C'est pas du Kubrick

L’avis de Valg

Adaptation du roman que Stephen a écrit pour faire suite à son succès culte Shining, Doctor Sleep le film se veut également un hommage au film de Kubrick. Pour le contexte, qui explique l’orientation choisie, le projet d’adaptation démarre peu après la sortie du roman en 2014 avec Mark Romanek comme réalisateur pressenti. Mais la Warner se tortille, hésitant avec un projet parallèle de préquelle qui ne verra pas le jour. C’est au vu de la redite de ça et surtout de son succès public que le go est donné pour tourner cette nouvelle adaptation réalisée finalement par Mike Flanagan qui a déjà adapté un autre roman du maître, Jessie, petit film diffusé sur Netflix à la mise en scène très bien sentie.

Warner Bros a donc placé ses pions et planifié la sortie pour que ce nouveau film soit au top. Qu’en est il ? Un succès apparemment au RDV sans être le jackpot de l’année. D’un point de vue marketing le travail est plutôt bien pensé. Après la sortie d’un ça 2 moyennement réussi mais qui a fait le boulot, Doctor Sleep profite de l’engouement du moment. 

Sans bénéficier d’un énorme budget, Mike Flanagan a tout de même la chance de diriger un Ewan McGregor un poil mollasson dans le rôle de Danny, fils de feu Jack Torrance sympathique personnage à la hache facile.

Pourquoi mollasson ? D’abord parce qu’il est alcoolique le Danny. Et oui comme son père, du moins celui du roman. Mais aussi probablement parce que son pouvoir, le shining, lui permet de voir des fantômes tourmentés et tourmentant ce qui a de quoi flinguer le gaillard le plus robuste qui soit, ce qui n’est en plus pas son cas. Heureusement un beau jour il a l’idée de bouger et rencontre un ancien alcoolique qui va lui donner un coup de pouce pour redevenir un gars bien. Une fois la barbe et les cheveux coupés, une bonne ellipse nous montre un gars qui a réussi à s’en sortir, désormais prêt à en découdre pour sauver une petite au pouvoir similaire au sien qui va être la proie d’une sorte de tribu vampirique new age en quête d’immortalité.

A la lecture du pitch, on voit déjà le décalage avec le Shining de Kubrick. L’histoire, assez simple est plutôt bien menée par un Flanagan qui maîtrise son outil. La narration est très progressive et on se plait à découvrir en introduction une brève présentation de Dan et sa mère peu après les événements traumatisant de l’hôtel Overlook. Bien que la structure narrative soit très balisée, les informations importantes sont malignement disséminées tout au long des 45 premières minutes du film, instillant une ambiance inquiétante et développant ainsi une histoire intrigante que l’on a envie de creuser. Il faut reconnaître que la charmante Rebecca Ferguson dans le rôle de la méchante créature hippie de service, aide pas mal à cela.

Mais une fois toutes les clés en main, la tension retombe pour un film qui va enchaîner les poncifs. Bien qu’efficace, la réalisation souffre immanquablement de la comparaison avec le chef-d’oeuvre de Kubrick, d’ailleurs renié par Stephen King. Et pour cause, plusieurs flash back refilmés avec un “faux” Jack Nicholson du Shining des années 80 nous rappelle ce malheureux décalage. Flanagan, en tant que fan et probablement par pression hiérarchique, a voulu rendre hommage à une adaptation presque libre devenue culte tout en restant fidèle à un roman qui fait suite à Shining le roman (précision importante). On sent dès lors une dissonance qui empêche cette histoire de prendre son envol et de rebondir intelligemment sur les concepts de son modèle.

Et cette dissonance trouve son apogée sur une fin qui arrive comme un gros poil dégueulasse sur la soupe qu’on ne peut éviter que si l’on se barre. Le retour final dans l’hôtel Overlook, évoqué en clin d’oeil et peu en rapport avec ce qu’on nous raconte pendant 2h, sentait le forcing de marché à plein pif. Bien qu’il soit difficile de prétendre adapter la suite de Shining le roman sans envisager le film de Kubrick, il aurait pourtant été intéressant de rester absolument proche des 2 romans et d’éviter au passage le faux Jack Nicholson dans les couloirs. Par ces choix qui n’en sont finalement pas vraiment, le film reste en surface de nombreux éléments narratifs qui auraient dû être reliés et creusés en un concept fort et cohérent. On a au final un film bancale qui se regarde et s’oublie aussitôt à l’instar d’un Ouija et autre franchise pop corn de la même eau.

L’avis de Darko

Pour ma part, je découvre ce Doctor Sleep sans avoir lu le roman dont il trouve son inspiration et sans avoir revu le cultissime The Shining de Kubrick (je garde évidemment quelques souvenirs marquants de certaines scènes du film mais ça reste globalement assez ancien). Du coup, après visionnage de cette adaptation se voulant une suite au Shining le roman (comme le souligne Valg’), je suis assez surpris du résultat.

Mis à part Danny qui constitue le fil rouge qui relie Doctor Sleep au Shining, le scénario tel qu’il a été écrit n’appelle pas forcément une comparaison tant les films sont diamétralement différents. Doctor Sleep donne le ton dès le départ et on plonge dans une narration assez classique et simple qui fait quasiment oublier qu’on parle d’une suite de Shining. Ainsi, le fait de ne pas avoir vu ni lu The Shining n’empêche absolument pas la compréhension de l’histoire qui se suit facilement et qui demeure relativement bien ficelée.

Le parti pris par Flanagan paraît dès lors vouloir se distinguer d’un film à la Kubrick. On en est même très loin et pour autant, cette adaptation n’est pas mauvaise car plutôt bien maîtrisée… du moins jusqu’au final (je veux parler bien évidemment du retour de Danny adulte à l’hôtel mythique) qui vient embrouiller les esprits. Le pont direct et brutal qui est balancé vers le film de Kubrick n’est vraiment pas judicieux et surtout n’apporte strictement aucune plus-value au scénario. Notre Danny aurait très bien pu se retrouver n’importe où pour régler ses comptes. Il est vrai que le réalisateur n’a peut-être pas eu beaucoup de marge de manoeuvre sur cet aspect mais ça plombe carrément le film qui avait pourtant bien démarré en ne souffrant justement pas trop de la comparaison avec le film de Kubrick. Or, dans le final, le spectateur se retrouve brusquement dans l’univers du Shining version Kubrick avec une sale impression d’anachronisme fort mal venu.  

A vouloir jouer sur les deux tableaux à la fois et en forçant Doctor Sleep à entrer dans le film de Kubrick, Flanagan dénature complètement son film et laisse le spectateur avec une désagréable impression en bout de course. Pas très bien pensé tout ça à supposer que le réalisateur en soit le seul responsable ce qui n’est pas certain. La dimension commerciale de ce parti pris final nous apparaît comme une évidence et c’est bien dommage. Ce qui est certain, en revanche, c’est que ce Doctor Sleep ne marquera pas l’Histoire du cinéma de genre tel qu’a pu le faire intelligemment,  le film de Kubrick. Pour les fans du Shining de Kubrick qui espéraient peut-être retrouver un univers et une ambiance similaires, ça sera à coup sûr, une sacrée déception. Pour les autres et notamment ceux qui n’auraient pas encore eu l’occasion de visionner le film de Kubrick, vous n’aurez aucun mal à entrer dans l’histoire et peut-être même apprécier le film pour ce qu’il est. Banal au final

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