Le personnage de Freddy KRUEGER apparaît pour la première fois à l’écran dans un long métrage réalisé en 1984 par Wes CRAVEN et intitulé Les griffes de la nuit. Le grand public y découvre alors le personnage incarné par l’acteur Robert ENGLUND. Le créateur de Freddy n’avait certainement pas imaginé, cette année-là, qu’il venait de donner naissance à un « monstre » qui deviendra par la suite une véritable icône du cinéma d’horreur et d’épouvante à travers une longue saga (trop longue à mon avis).

Freddy Krueger : La naissance d’une icône du cinéma d’horreur

La légende raconte que le personnage de Freddy serait le fruit d’un cauchemar fait par son créateur, Wes CRAVEN.

Afin de conférer à ce sinistre personnage toute sa dimension emblématique et horrifique, il fallait avant toute chose, lui donner un visage et une nature humaine à travers une histoire de vie où chacun d’entre nous pourrait s’identifier ou identifier quelqu’un, une connaissance, un voisin… Réfléchissez bien, n’y a-t-il pas des personnes dans votre entourage que vous trouvez quelque peu étranges, dont le comportement ou les moeurs vous intriguent ou vous inquiètent… ?

Eh bien figurez-vous qu’avant de devenir l’affreux croquemitaine au visage cramé qui tue ses victimes dans leurs propres cauchemars, Freddy KRUEGER était un homme comme vous et moi mais avec, il est vrai, une histoire de vie des plus sordide que je m’en vais vous conter.

La mère de Freddy se prénomme Amanda KRUEGER, une none employée dans un asile psychiatrique qui, à la suite d’une négligence, se retrouve prise à partie par des détraqués mentaux de l’asile qui la violeront de manière répétée. Lorsqu’elle est découverte, miraculeusement saine et sauve, elle se trouve enceinte.

Ce drame à l’origine de la naissance de Freddy suscite quelques réflexions. Tout d’abord, Freddy (de son vrai prénom, Frédéric Charles… oui, je sais, ça le fait moins avec un prénom comme celui-là) n’avait pas vocation à voir le jour puisque sa mère n’était a priori pas disposée à enfanter si elle n’avait pas été victime de viols. Ensuite, petit Freddy ne connait pas l’identité de son papa (forcément l’un des nombreux tarés qui ont violé sa mère) et porte le nom de sa maman (son père n’étant pas en mesure d’effectuer une reconnaissance de paternité…).

Freddy sera par la suite, placé en famille d’accueil et régulièrement battu par un père alcoolique. Il devient le souffre-douleur des autres enfants qui le dénigrent. Alors qu’il prend plaisir aux coups et aux punitions qui lui sont infligés par son père, il développe, dans le même temps, un goût prononcé pour la douleur et la cruauté. Autrement, dit, notre petit Freddy est une sorte de maso qui évolue pour devenir un vrai sadique.

Puis, on nous apprend qu’une fois adulte, Freddy va se transformer en un tueur d’enfants. Il les emmène dans sa cave, les trucide au moyen d’un gant dont 4 doigts sont remplacés par 4 lames de couteau (fabrication artisanale cela va sans dire) puis les brûle dans sa chaudière pour faire disparaître les corps. Lorsque ses activités secrètes viennent à se savoir et qu’il échappe à la Justice, les familles composant le voisinage, couvertes par la police, décident de se venger en mettant le feu à sa demeure. C’est ainsi que Freddy, humain, périt par le feu. Du moins, c’est ce que tout le monde pensait…jusqu’à ce que des meurtres étranges soient à nouveau perpétrés dans le quartier.

Ce vécu douloureux entourant le personnage de Freddy KRUEGER lui confère une profondeur certaine et une dimension assurément humaine. Dans cette histoire, Freddy apparaît tantôt comme une victime tantôt comme un bourreau ce qui est un peu le propre de tout un chacun.

Son créateur : Wes CRAVEN

Quelques lignes sur le réalisateur ayant donné vie à Freddy KRUEGER. Wesley Earl CRAVEN, plus connu sous le nom de Wes CRAVEN est, encore aujourd’hui, considéré comme l’un des « maîtres de l’horreur », aux côtés de John CARPENTER (Halloween). Il est à la fois réalisateur, scénariste, producteur, acteur et monteur. Figurent dans sa filmographie, des films à succès (je dirais même cultes) tels que La dernière maison sur la gauche sorti en 1972 et qui atteint des sommets dans la violence, la cruauté et le sadisme ou encore La colline a des yeux sorti en 1977. Ces deux films feront d’ailleurs l’objet de remake plutôt réussis. Pour ce qui est de La colline a des yeux, on peut même dire que la version d’Alexandre AJA (Haute tension) transcende carrément l’original avec une réelle puissance. Son plus gros succès en date reste Scream qui obtiendra le Grand Prix au Festival du film fantastique de Gérardmer en 1996.

Les Griffes de la nuit est, en réalité, le cinquième métrage du réalisateur après un documentaire intitulé The Evolution of Snuff et trois longs métrages, L’été de la peur sorti en 1978 marquant le retour de Linda BLAIR (L’Exorciste), La Ferme de la terreur en 1981 (avec l’une des premières apparitions de Sharon STONE à l’écran) et La Créature du marais en 1982.

Son interprète : Robert ENGLUND

Le personnage de Freddy s’est imposé grâce à un look visuellement percutant (chapeau abîmé, pull rayé rouge et vert, gant avec des lames de couteaux à la main droite, visage brûlé), à quelques répliques qui font mouche et bien évidemment à l’interprétation qu’en a fait l’acteur Robert ENGLUND, longtemps abonné à ce rôle (il interprétera le personnage de Freddy dans chacun des opus de la saga sur lesquels nous aurons l’occasion de revenir). Avant d’incarner Freddy, l’acteur était surtout connu pour son rôle de Willie, le gentil lézard dans la série télé V tournée au début des années 80. Freddy reste cependant son rôle le plus célèbre mais cette incarnation du tueur en série va aussi avoir pour effet de le cantonner dans les films de genre. Eh oui, pas facile ensuite de se débarrasser d’une telle image… plus qu’une image, un emblème, une icône.

Vers une démystification du personnage à travers sa saga… ?

La saga de Freddy KRUEGER compte, pour moi, 7 vrais opus de qualité très variable il faut bien l’admettre. Deux autres films sortiront par la suite, Freddy vs Jason produit par Sean S. CUNNINGHAM (réalisateur de Vendredi 13) et, le dernier en date, une réinvention du Freddy, Les griffes de la nuit réalisé par Samuel BAYER. Mais nous aurons l’occasion d’y revenir.

Le meilleur opus reste sans conteste Les Griffes de la nuit. Dans ce premier volet, le public y découvre un personnage atypique, un tueur sévissant dans les rêves ou devrais-je plutôt dire dans les cauchemars de ses victimes et dont les actes ont des répercussions dans la réalité. Pour être plus précis, les victimes sont assassinées dans leur rêve qui vire au cauchemar avec l’apparition de Freddy et elles meurent également dans la réalité. Les scènes de meurtres sont sublimées au niveau du visuel où l’on assiste souvent à un déluge d’hémoglobine associé à une mise en scène bien pensée et rudement efficace. Le meurtre de Tina dans sa chambre, durant son sommeil, est visuellement impressionnant. Le corps de la jeune fille endormie est transpercé par les griffes de Freddy et secoué dans toute la chambre dont les murs blancs seront rapidement repeints en rouge sang.

Dans Les Griffes de la nuit, Wes CRAVEN s’amuse avec nos peurs infantiles les plus refoulées. L’idée d’associer Freddy à une comptine revisitée et récitée par des enfants est une excellente trouvaille. Vous vous souvenez forcément du « 1,2, Freddy te coupera en deux, 3,4, remonte chez toi 4 à 4, 5,6, n’oublie pas ton crucifix, 7,8, surtout ne dors pas la nuit, 9,10, il est caché sous ton lit ». Freddy apparaît ainsi comme une sorte de grand méchant loup ou de père fouettard que des parents invoqueraient pour faire peur à leurs enfants qui ne se montreraient pas sages.

Une autre trouvaille très bien exploitée par le réalisateur est l’effacement des frontières entre le rêve et la réalité lorsque Freddy entre en scène. Le basculement d’un univers à l’autre est généralement accompagné d’une mélodie sinistre et angoissante bien composée. Freddy possède le pouvoir de s’immiscer dans les rêves, d’en prendre le contrôle, d’en devenir le maître. Dans le rêve, Freddy apparaît tout puissant, rien ne semble être en mesure de l’atteindre. L’une de ses répliques à Nancy, l’héroïne, en est révélatrice lorsqu’il lui répond : « C’est moi Dieu, regarde » dit-il en se coupant les doigts. La victime est comme prise au piège de son propre rêve devenu cauchemar. Elle devient une sorte de marionnette avec laquelle Freddy va s’amuser durant un certain temps en la terrorisant avant de lui asséner le coup de grâce. Le mode opératoire du tueur en série s’effectue toujours selon ce même schéma. Seule la manière de tuer varie d’une scène à l’autre, le réalisateur redoublant d’imagination sur ce terrain. Ce modus operandi confère au personnage de Freddy une vraie dimension sadique et perverse. Un véritable cas d’école pour des psy.

Si Freddy semble invincible et immortel dans le rêve, il ne l’est plus lorsque l’on parvient à l’extirper du rêve et à le plonger dans la réalité. Dans le monde réel, il est rendu vulnérable et il est alors possible de lui infliger des blessures, voire de l’éliminer…mais jamais de manière définitive. Eh oui, comme vous devez le savoir, tel le Phénix renaissant de ses cendres, Freddy ressuscite toujours d’une manière ou d’une autre. Ce pouvoir de résurrection va permettre la continuité de la saga.

De la saga de Freddy KRUEGER, Wes CRAVEN ne réalisera finalement que le premier et le dernier volet (septième opus). Volontairement, je n’inclus pas les deux derniers films mettant en scène le personnage de Freddy car, à mon sens, ils ne s’intègrent pas vraiment à l’esprit des sept premiers volets.

Freddy vs Jason, visuellement intéressant mais qui ne brille pas par son scénario, reste avant tout un prétexte pour faire s’affronter deux monstres sacrés du cinéma d’horreur. On pourrait davantage le rapprocher d’un film contemporain du même genre, Alien vs Prédator réalisé par Paul W. S. ANDERSON ou plus ancien, King Kong vs Godzilla réalisé en 1962 par Ishiro HONDA.

En ce qui concerne le Freddy revisité par Samuel BAYER (le seul film traitant du personnage sans l’interprétation de Robert ENGLUND), rien de bien transcendant au niveau scénario en dépit d’une réalisation plutôt bonne.

Mais revenons un peu sur la suite de cette fameuse saga… Le deuxième opus après Les Griffes de la nuit est intitulé La revanche de Freddy. Réalisé en 1985 par Jack SHOLDER, ce film s’avère être une vraie daube, très décevant lorsqu’on repense au premier volet. Aucune originalité, scénario pitoyable. Le réalisateur se rattrapera tout de même quelques années plus tard en nous offrant, comme pour s’excuser, l’efficace Hidden, qui décroche le Grand Prix au Festival international du film fantastique d’Avoriaz en 1988 (l’ancêtre de l’actuel Festival Gérardmer).

Le troisième volet de la saga sorti en 1987 s’intitule Les griffes du cauchemar dont seul le scénario sera écrit par Wes CRAVEN. Contrairement à son prédécesseur, ce nouvel opus est franchement bon, l’un des meilleurs. Surtout, on en apprend un peu plus sur les origines de Freddy ce qui apporte une réelle plus-value au film. A noter le casting qui comprend notamment l’une des premières apparitions de Patricia ARQUETTE que l’on retrouvera plus tard dans la série TV à succès Médium et Laurence FISHBURNE (Matrix).

Un an plus tard sort le quatrième volet des aventures de notre tueur intitulé Le cauchemar de Freddy, réalisé par Renny HARLIN (Prison, Die Hard 2). Sans être un navet, cet opus se laisse regarder mais ne parvient pas à se hisser au niveau de son prédécesseur. Le cauchemar de Freddy dans ce film s’appelle Alice, une fille qui possède le même don que lui d’investir le champ du rêve et celle-ci est bien déterminée à se le faire…

Le cinquième volet de la saga intitulé L’enfant du rêve a été réalisé comme un pied par Stephen HOPKINS. Ce nouvel opus n’apporte rien à la saga si ce n’est de continuer un peu plus à démystifier le personnage de Freddy qui vire à la parodie grandguignolesque. Aucun intérêt. Le réalisateur se rattrapera peu de temps après en nous livrant la suite de l’excellent Prédator.

Le sixième volet de la saga du tueur s’intitule La fin de Freddy, l’ultime cauchemar réalisé par Rachel TALALAY qui compte à son actif plusieurs séries TV à succès. Le film porte bien son nom au sens propre du terme en ce qu’il signe bel et bien la fin de notre tueur en l’achevant de manière plus que pitoyable. On touche le fond dans la démystification du personnage. Un vrai cauchemar pour les fans de Freddy. Pour rajouter une couche au navet, la fin du film sera projetée en salle en 3D (à l’époque, les vieilles lunettes 3D en carton pas pratiques du tout quand on porte déjà des verres) juste pour la forme. Ca ne rattrapera bien évidemment pas la médiocrité du film dans son ensemble.

Il nous faudra patienter jusqu’en 1994 pour voir enfin arriver un nouvel opus digne de ce nom et intitulé Freddy sort de la nuit. Et pour cause, ce septième et dernier volet de la saga est écrit et réalisé par Wes CRAVEN lui-même qui signe là l’un des meilleurs opus depuis le tout premier. Freddy, que l’on croyait perdu à jamais à travers les méandres de sa longue et inégale saga va, grâce à cet ultime volet, bénéficier d’un réel second souffle. Le film est brillamment réalisé et le scénario original. Freddy y sort du rêve pour venir terroriser la production et l’équipe mêmes qui l’ont créé dans la réalité (les personnages jouent leur propre rôle). Ce dernier opus redonne définitivement à Freddy ses lettres de noblesse. Ouf !

Pour conclure sur ce dossier traitant du personnage de Freddy KRUEGER, nous dirons qu’il demeure encore à ce jour, l’une des figures les plus emblématiques du cinéma d’horreur et ce, malgré les multiples tentatives pour l’enterrer. Mais l’on n’enterre pas aussi facilement celui qui est devenu, au fil du temps, une véritable icône. L’assassin de Elm Street est définitivement entré dans l’Histoire du cinéma et n’en sortira plus. Les fans peuvent dormir tranquilles… enfin, du moins tant que Freddy KRUEGER ne sort pas ses griffes.:-)

Pour finir avec de belles images plein la tête, je vous laisse visionner une vidéo hommage à Freddy trouvée lors de mes errements youtubiens.

DARKO