LE CINÉMA D’EXPLOITATION ET SES STUDIOS

« EXPLOITATION », VOUS AVEZ DIT « EXPLOITATION » ?

Le « cinéma d’exploitation » désigne des œuvres à faible budget, produites par des petits studios indépendants, parfois inspirées d’une plus grosse franchise produite par une major, parfois dérivées d’un fait-divers qui a marqué la conscience du public mais qu’une major rejettera en raison du temps et des investissements nécessaires pour produire un film de qualité suffisante. L’économie de ce type de studios consiste souvent à capitaliser sur la notoriété d’un gros succès au box-office, ou même de profiter du buzz autour d’un film encore en production pour en sortir une version à petit budget sans aucune dépense publicitaire. Conçu pour servir une exploitation commerciale rapide, qui prend aujourd’hui le plus souvent la forme d’un « direct-to-DVD », voir d’un « direct-to-Internet », ce cinéma « bis », appelé fréquemment « série B », est en réalité aussi vieux que le cinéma des grands studios, bien qu’il subit aux États-Unis une forte censure due à l’application du Code Hays qui apposa sa marque sur tous les films hollywoodiens de 1934 à 1966. En revanche, il connut un véritable âge d’or dans les années 1960 et surtout 1970, chez l’Oncle Sam et en Italie en particulier.

Cinéma d'exploitation au XXIe siècle - The Asylum Studio

Pour nombre d’amoureux du cinéma de genre, ces productions au rabais constituent – premier paradoxe – l’âme du septième art, rattachant le cinématographe à ses origines foraines en jouant sur nos peurs et nos désirs les plus profonds, permettant aussi – second paradoxe – aux réalisateurs de livrer des messages parfois très subversifs dans un cadre scénaristique hyper-codifié et un planning de tournage artistiquement castrateur. Violence, drogue, sexe, pègre, perversité, tabous…. les thèmes abordés sont souvent racoleurs, occultés par la culture « mainstream » et traités avec une outrance confinant au grand-guignol. Ils donnent naissance à des sous-genres sulfureux : le gore, la sexploitation, la drugsploitation, le giallo, le slasher, la blacksploitation, la mexploitation, la nazisploitation – ou «gestaporn» -, la bikersploitation, la nunsploitation, le vigilante (film de vengeance et d’auto-justice), la bruceploitation (films à la Bruce Lee), le rape & revenge, le W.I.P. (Women In Prison), le film de cannibales, le quickie (film anglais à tout petit budget projeté en avant-première d’un film américain) ou encore le mondo, un style documentaire d’exploitation répondant aux pulsions voyeuristes des spectateurs et tirant son nom du Mondo Cane de Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi – qui inspira en outre au génial Mike Patton son album éponyme de 2010 ! Nombre de réalisateurs cultes sont issus de ce cinéma underground : William Beaudine, Ed Wood, Joe D’Amato, Roger Corman, Bruno Mattei, Samuel Fuller, Jean Rollin, Lucio Fulci, Dario Argento, Herschell Gordon Lewis, Mario Bava, John Carpenter, Lloyd Kaufman, Tobe Hooper, Abel Ferrarra, Takashi Miike, Robert Rodriguez, Quentin Tarantino, Eli Roth, Rob Zombie…. !!!

Cinéma d'exploitation au XXIe siècle - The Asylum Studio

CINÉMA D’EXPLOITATION ET GRINDHOUSE

Le terme « grindhouse » désignait depuis les années 40 des anciens théâtres burlesques reconvertis en salles de cinéma diffusant exclusivement des films d’exploitation. Il apparaît pour la première fois dans le film Lady of Burlesque (1943), où l’un des personnages se réfère ainsi au cabaret de la 42ème rue à Manhattan, lieu où étaient pratiqués le strip-tease et les « bump-and-grind dances » (to grind : moudre, mais aussi frotter, le bump-and-grind désigne une danse mimant l’acte sexuel). Par glissement métonymique, « grindhouse » en vint à désigner le format de films qui y étaient projetés en double ou triple feature. La plupart de ces films étaient produits pour les drive-in comme second ou troisième programme, mais peu de grandes zones urbaines en étant équipé, ces films étaient projetés dans les cabarets des centre-villes. Ainsi, du début des années 1960 au début des années 80, la jeunesse rebelle américaine se nourrissait au sein maléfique des grindhouses tandis que, de l’autre côté de l’océan, la guerre du Viêt Nam fauchait la jeunesse patriote engagée dans le conflit. Le terme était largement délaissé depuis la fin des années 1980, durant lesquelles le marché de la vidéo avait rendu les cinémas grindhouse obsolètes, et les années 1990 voyaient la disparition de ces derniers temples païens dédiés au bizarre. Heureusement, regroupés sous l’appellation de «grindhouse double-feature», les films jumeaux de Tarantino et Rodriguez, Death Proof et Planet Terror, ainsi que la diffusion virale des fausses bandes-annonces réalisées par des potes (Roth, Zombie et Wright) ou des fans, ont incontestablement relancé dès 2007 l’intérêt du grand public pour le cinéma d’exploitation et pour ses origines impures.

Cinéma d'exploitation au XXIe siècle - The Asylum Studio
Cinéma d'exploitation au XXIe siècle - The Asylum Studio

THE ASYLUM STUDIO

The Asylum est le dernier-né de ces studios indépendants qui sévissent pour le meilleur – et surtout le pire ! -, du coup il s’inscrit dans un contexte très différent de l’âge d’or des seventies, contexte essentiellement modifié par l’apparition du World Wide Web et la transformation du marché de la vidéo. Fondé en 1997 par David Rimawi (ex-Village Roadshow), Sherri Strain et le réalisateur David Michael Latt, The Asylum s’est fait connaître du grand public en 2007, quand le New York Times révéla les multiples similitudes entre les titres du distributeur et ceux des grands studios, ces similitudes allant parfois jusqu’à un titre quasi homonymique (exemple : Transformers / Transmorphers) et une date de sortie preque identique. Le but étant bien sûr de tromper sur la marchandise et de bénéficier d’une couverture médiatique gratuite… But inavoué, puisque le studio, s’il reconnaît s’inspirer des films hollywoodiens à succès, défend vigoureusement son originalité artistique ! Ce sont les victimes de cette méthode – essentiellement les abonnés des vidéo clubs – qui apprécieront… Ces films, qualifiés par les fans de « mockbusters », ont pour l’instant tous échappé au procès pour plagiat. Néanmoins, le 31 janvier 2013, la Warner a gagné en justice contre The Asylum, obligeant le studio a supprimé le mot « Hobbit » de son mockbuster Age of the Hobbits et à le renommer Clash of the Empires.

Cinéma d'exploitation au XXIe siècle - The Asylum Studio

Toute ressemblance avec des Hobbits serait purement fortuite…

Comme le déclare pour Nanarland.com, David Rimawi, producteur délégué, responsable marketing et esponsable de la vente des films et de leur distribution à l’étranger : « Nous avons fait en sorte de nous adapter aux demandes des acheteurs et du public, en passant de l’horreur à l’aventure ou à la science-fiction et en nous spécialisant dans les mockbusters, qui sont un peu les équivalents TV/vidéo des grosses productions destinées au cinéma. Et nous sommes actuellement dans notre phase « films de monstres marins géants ». Quant à l’avenir… Nous sommes très attentifs aux changements de consommation des films : les vidéo-clubs disparaissent, la VOD se démocratise ainsi que la consommation de contenus sur le web, et nous comptons resserrer nos liens avec la télévision, en produisant des films pour des chaînes, que ce soit SyFy Channel et d’autres. Nous continuerons d’alterner les genres, et nous réfléchirons peut-être à distribuer un film au cinéma si le timing est le bon et le projet est le bon. »

Cinéma d'exploitation au XXIe siècle - The Asylum Studio

Mayday, je répète, nous sommes attaqués par un banc de requins-volants…

On le voit bien, le développement des films est purement stratégique, et comme son Mega Shark vs. Giant Octopus a été un phénomène viral avec plus de 2,5 millions de visionnages sur MTV Online qui avait l’exclusivité de la bande-annonce, The Asylum nous en ressert jusqu’à l’indigestion de crustacés : Mega Shark vs. Crocosaurus (2010), Mega Python vs. Gatoroid (2011)… Les films de monstres ont un public avide de fights préhistorico-débiles, il est vrai, en particulier au Japon ! Mais ce qui est nouveau pour un studio indépendant – pas sûr que le cinéma d’exploitation y gagne en originalité -, c’est la façon dont The Asylum utilise l’internet pour prendre la température du public et en détecter les attentes. Hé, oui ! Il faut s’adapter ou disparaître ! Car ce public – toi le premier, cher internaute – passe toujours plus de temps à communiquer sur les réseaux sociaux, à jouer aux jeux vidéo ou à visionner des vidéos courtes sur Youtube…. Et tout ce temps investi dans les loisirs interactifs, c’est du temps en moins pour regarder un bon vieux nanar !

LE PLAGIAT GROSSIER SANS ÊTRE INQUIÉTÉ, SELON LA MÉTHODE ASYLUM : DÉCOUVREZ 5 FAÇONS DE COPIER LES AUTRES EN TOUTE IMPUNITÉ !

Je plagie à mon tour ce drôlatique décryptage croisé sur l’excellent site Cracked.com, la démonstration n’est donc pas de moi, je me contente de traduire.

Technique n°1 : le placement d’objets

Cinéma d'exploitation au XXIe siècle - The Asylum Studio
Cinéma d'exploitation au XXIe siècle - The Asylum Studio

Balancez exactement les mêmes objets-clés sur le visuel : un bateau-pirate, grossièrement de la même taille et même orientation, des têtes sans corps mais à l’identité sexuelle reconnaissable, quelques monstres, un crâne et des ossements croisés.

Technique n°2 : la palette

Cinéma d'exploitation au XXIe siècle - The Asylum Studio
Cinéma d'exploitation au XXIe siècle - The Asylum Studio

Maintenant, allons un peu plus loin en copiant directement la totalité de la palette de couleurs. Dans ce cas, le beige du thriller ésotérique à la Dan Brown.

Technique n°3 : le titre

Cinéma d'exploitation au XXIe siècle - The Asylum Studio
Cinéma d'exploitation au XXIe siècle - The Asylum Studio

Sans doute le point le plus important pour amener l’innocente proie à l’acte d’achat inconsidéré reste le titre. C’est un exercice périlleux qui consiste à s’approcher au plus près du titre du film original, mais pas assez près pour risquer le procès, ou plus exactement la perte du procès !

Technique n°4 : le casting

Cinéma d'exploitation au XXIe siècle - The Asylum Studio
Cinéma d'exploitation au XXIe siècle - The Asylum Studio

Photographiez les comédiens de manière à ce qu’ils ne soient pas reconnaissables : maquillage pot-de-peinture, coiffure improbable, ou bien prenez-les en photo de très très loin. Putain ! Ça pourrait bien être Will Smith debout sur ce camion… Ça pourrait être n’importe qui !

Technique n°5 : Oh… Et puis, merde !

Cinéma d'exploitation au XXIe siècle - The Asylum Studio
Cinéma d'exploitation au XXIe siècle - The Asylum Studio

Vous avez fait votre bonhomme de chemin sans aucun procès, ni jambes cassées… Il est de temps de faire le deuil de votre subtilité artistique et de piller au grand jour tout ce qui peut encore l’être ! Le temps que quelqu’un s’en rende compte, vous serez en sécurité à Bali en train de tourner Reception, avec Leonardo DiCapricio.

Pour ceux d’entre-vous dont les insomnies chroniques nécessiteraient un traitement de choc, ou ceux dont le profil dépressif mettrait en doute les ambitions comiques d’acteurs le plus souvent au chômage, osez le jeu des 7 erreurs sur une filmographie couvrant dix années de blockbusters impunément plagiés ! Selon les profils, baîllements intempestifs, mais aussi fous rires épileptiques, sont garantis ! Voici les films originaux et leur version « exploitation », alors commandez vos titres fétiches et n’hésitez pas à jouer en famille, ça vous changera du Trivial Pursuit dominical…

FILMOGRAPHIE : LES MOCKBUSTERS !

  • Jeepers Creepers > Cannibal Detour: Hell’s Highway (2003)
  • Freddy Vs. Jason > Vampires Vs. Zombies (2004)
  • King Kong > King of the Lost World (2005)
  • Van Helsing > Way of the Vampire (2005)
  • Alien > Alien Abduction (2005)
  • The Exorcism of Emily Rose > Exorcism: The Possession Of Gail Bowers (2005)
  • War of the Worlds > H. G. Wells’ War of the Worlds (2005)
  • Da Vinci Code > The Da Vinci Treasure (2006)
  • Pirates of the Carribbean > Pirates of Treasure Island (2006)
  • Eragon > Dragon (2006)
  • Halloween > Halloween Night (2006)
  • Fahrenheit 9/11 > The 9/11 Commission Report (2006)
  • Hills Have Eyes > Hillside Cannibals (2006)
  • La Malédiction > 666 : The Child (2006)
  • When a Stranger calls > When a killer calls (2006)
  • Snakes on a Plane > Snakes on a Train (2006)
  • The Omen > 666 : The Beast (2006)
  • Bram Stoker’s Dracula > Bram Stoker’s Dracula’s Curse (2006)
  • Hitcher > The Hitchhiker (2007)
  • Universal Soldier > Universal Soldiers (2007)
  • Armageddon > The Apocalypse (2007)
  • Invasion > Invasion of the Pod People (2007)
  • La Monstrueuse Parade > Freakshow (2007)
  • Aliens vs. Predator: Requiem > AVH: Alien vs. Hunter (2007)
  • Transformer > Transmorphers (2007)
  • I Am Legend > I Am Omega (2007)
  • Indiana Jones and the Kingdom of the Crystal Skull > Allan Quatermain and the Temple of Skulls (2008)
  • High School Musical > Sunday School Musical (2008)
  • Death Race > Death Racers (2008)
  • 10,000 BC > 100 Million BC (2008)
  • Cloverfield > Monster (2008)
  • Fast and Furious: Tokyo Drift > Street Racer (2008)
  • Journey to the Center of the Earth > Voyage au centre de la Terre (Journey to the Center of the Earth) (2008)
  • The Day the Earth Stood Still > The Day the Earth Stopped (2008)
  • Transformers: Revenge of the Fallen > Transmorphers: Fall of Man (2009)
  • Terminator Salvation > The Terminators (2009)
  • Land of thje Lost > The Land That Time Forgot (2009)
  • The Haunting in Connecticut > Haunting of Winchester House (2009)
  • The 40 Year Old Virgin > 18 years old virgin (2009)
  • Paranormal Activity > Paranormal Entity (2009)
  • Sherlock Holmes > Sherlock Holmes (Sir Arthur Conan Doyle’s Sherlock Holmes) (2010)
  • Piranha 3D > Mega Piranha10 (2010)
  • Titanic > Titanic II (2010)
  • Fired Up (Sea, Sex and Fun) > Cheerleader Camp (2010)
  • Prince of Persia: The Sands of Time > The 7 Adventures of Sinbad (2010)
  • 2012 > 2012 Doomsday (2010)
  • 2012 > 2012 Ice Age (2010)
  • 2012 > 2012 Supernova (2010)
  • Jonah Hex > 6 Guns (2010)
  • American Pie > Milf (2010)
  • Fast Five > 200 M.P.H. (2011)
  • The Princess and the Frog > Princess And The Pony (2011)
  • The Last Exorcism > Anneliese: The Exorcist Tapes (2011)
  • World Invasion: Battle Los Angeles > Last Days of Los Angeles (2011)
  • The Three Musketeers > 3 Musketeers (2011)
  • Thor > Almighty Thor (2011)
  • Battleship > American Warships (2012)
  • Prometheus > Alien Origin (2012)
  • Abraham Lincoln:Vampire Hunter > Abraham Lincoln vs. Zombies (2012)
  • Iron Sky > Nazis at the center of the Earth (2012)
  • Snow White and the huntsman > Grimm’s Snow White (2012)
  • The Hobbit > Clash of the Empires (auparavant, Age of the Hobbits) (2012)
  • Hansel & Gretel : Witch Hunters) > Hansel & Gretel (2013)
  • Jack Giant Slayer > Jack The Giant Killer (2013)
  • After Earth > Apocalypse Earth (2013)
  • Pacific Rim > Atlantic Rim (2013)

FILMOGRAPHIE : LES VRAIS FILMS (SI, SI, IL Y EN A !)

Hé, attendez ! Les mecs de chez The Asylum, ce sont aussi des artistes. Alors, puristes de la propriété intellectuelle, passez votre chemin et attaquez-vous directement aux films à concepts originaux, voire révolutionnaires. Parce qu’il ne faut pas avoir froid aux yeux pour écrire un film comme L’attaque du requin à deux têtes (2012) ou le petit dernier du studio, Sharknado (2013), écrit par Thunder Levin – un nom prédestiné – et diffusé le 11 juillet dernier sur SyFy, dont le pitch d’enfer (une tornade pleine de requins mangeurs d’hommes s’abat sur Los Angeles) a traumatisé toute la twittosphère ! Ou bien était-ce le retour tant attendu de Ian Ziering dans un film… comment dire ?… dans un film, quoi.

  • King of the Ants (2003)
  • 30,000 Leagues Under the Sea (2007)
  • Mega Shark vs. Giant Octopus (2009)
  • Les Chroniques de Mars (2009)
  • Dragon Quest : Le réveil du dragon (2009)
  • Mega Shark vs. Crocosaurus (2010)
  • Airline Disaster (2010)
  • Mega Python vs. Gatoroid (2011)
  • L’Attaque du requin à deux têtes (2012)
  • Sharknado (2013)

VIXIV