Suite et fin de ce petit compte rendu de nos séances à l’Étrange Festival 2019 et donc non exhaustif. Pour cette dernière partie, nous donnerons notre avis sur les films The Wretched, The Lighthouse, Blood Machines, Métal Hurlant et Come to daddy.

The wretched

The Wretched est un film américain réalisé par les frères Pierce avec Kasey Bell, Kevin Bigley, Gabriela Quezada Bloomgarden, Blane Crockarell. Le synopsis : Ben, un jeune homme de 17 ans dont les parents sont en instance de divorce, part rejoindre son père pour l’été. Il découvre rapidement que la maison d’à côté cache un terrible secret : les disparitions d’enfants semblent se multiplier, et le responsable ne serait autre qu’une créature qui aurait infecté la maîtresse de maison.

Ce film n’est pas foncièrement mauvais ni franchement bon…il laisse plutôt un arrière goût d’indifférence totale. On ne passe pas un mauvais moment à le regarder mais il ne laissera clairement pas un souvenir impérissable. The Wretched est juste très classique et prévisible et a tout l’air d’un téléfilm pour ados puisant son inspiration aussi bien dans It que dans Le Labyrinthe de Pan sans jamais les atteindre. Il tente de jouer avec les codes du genre mais sans les réinventer ni se les approprier pleinement. Ceci dit, même avec un sérieux goût de réchauffé, le film n’est pas dénué de qualités. Son scénario bien que convenu fonctionne bien et visuellement ce film est réussi. Un des points forts est sans aucun doute sa créature dont chacune des apparitions produit son effet notamment lors de ses phases de “réincarnation”. Saluons également la prestation des actrices qui sortent clairement leur épingle du jeu et plus particulièrement Zarah Mahler dans le rôle de la principale antagoniste.

The Lighthouse

The Lighthouse est un film américain réalisé par Robert Eggers avec Willem Dafoe et Robert Pattinson. Le synopsis : Le film se passe dans une ile lointaine et mystérieuse de Nouvelle Angleterre à la fin du XIXe siècle, et met en scène une  » histoire hypnotique et hallucinatoire  » de deux gardiens de phare.

Robert Eggers nous démontre une nouvelle fois après The Witch toute sa maestria. Ce film est surprenant à plus d’un titre. Tout d’abord par son format d’image atypique. Le film a été tourné en 4:3 et de surcroît en noir et blanc. Sans être une coquetterie, on peut l’interpréter comme une façon de renforcer le sentiment de claustrophobie qui habite les personnages de Willem Dafoe et Robert Pattinson, exilés sur un rocher. Tous deux livrent une prestation assez exceptionnelle avec certaines tirades inspirées et mémorables. On les voit fatalement et inexorablement sombrer dans une folie puisant sa source dans le folklore et la mythologie maritime. L’esthétique particulièrement soignée rappelle celle des films muets du début du cinéma et le travail sur la lumière évoque pour de nombreux plans la peinture clair-obscur du XVIIe siècle comme c’était déjà le cas sur son précédent film. The Lighthouse est un film fort avec un dénouement laissé à la libre interprétation du spectateur.

Blood Machines

Extrait de Blood Machines

Blood Machines est un moyen métrage réalisé par Seth Ickerman avec Élisa Lasowski, Anders Heinrichsen et Christian Erickson. Le synopsis : Deux chasseurs de l’espace ont pour mission de traquer une machine, qu’ils finissent par abattre. Mais bizarrement, la machine semble vivante. Après une attaque, ils se lancent à sa poursuite.

Quelques mots sur Blood Machines, le film du duo Seth Ickerman, qui est le prolongement naturel de leur clip Turbo Killer réalisé pour Carpenter Brut, à nouveau à la musique de ce nouveau film. C’est une véritable prouesse de la part des français d’avoir pu aller au bout de ce projet compte tenu des moyens techniques et surtout financiers à leur disposition. Chapeau à eux ! L’histoire de ce moyen métrage est assez intéressante mais le principal intérêt de ce film réside dans son esthétique ultra soignée. Et peut-être “trop” soignée… tout repose sur l’aspect visuel. C’est très beau, certes, mais la principale qualité d’un bon film est un bon scénario. Le visuel, bien que très important à mes yeux n’a jamais fait un bon film s’il n’est pas associé à une histoire qui tient la route. Ici le visuel prend trop le pas sur tout le reste je trouve. Il semble que ce scénario ne soit finalement qu’un prétexte pour un trip visuel de 50 min. Ce qui fonctionnait parfaitement dans le cadre d’un clip paraît plus compliqué à transposer en long-métrage. C’est un problème assez récurrent lorsque l’on voit des formats courts être adaptés en formats longs. Ceci dit c’est un film très ambitieux, réjouissant, atypique et c’est un vrai plaisir de voir ce type de projets se réaliser et notamment en France, ce qui est assez rare pour être souligné et qui mérite amplement d’être soutenu.

Le clip Turbo Killer réalisé pour Carpenter Brut

Métal Hurlant

Métal Hurlant (Heavy Metal) est un film d’animation américain réalisé par Gerald Potterton en 1981. Le synopsis : Un astronaute rapporte chez lui une sphère verte appelée le Loc-nar, qui nous conte une poignée de ses aventures.

Voilà une autre lacune qu’il était temps de combler. J’entends parler de ce film depuis toujours et l’affiche m’avait toujours donné envie de le voir sans vraiment savoir à quoi m’attendre. Métal Hurlant, un titre qui déchire, est un film d’animation à sketchs assez unique en son genre. Je ne connais le magazine culte que de nom mais il me semble que ce film respecte l’esprit d’origine. Plusieurs histoires courtes se côtoyaient au sein du journal avec chacune leur univers propre et sur un ton relativement subversif. Du sang, du sex et du hard rock… que demander de plus ? Le style graphique a un peu vieilli et il est assez flagrant que le budget devait être assez faible mais cela contribue à son charme ainsi qu’une bande son détonante à base de Black Sabbath, Trust ou encore Blue Oyster Cult. Le cinéma d’animation pour adultes manque clairement au paysage audiovisuel français voire international mais la lumière viendra sans doute de studios d’animation comme Bobbypills, les français à l’origine de Peepoodoo, Crisis Jung ou Last Man pour certains de leurs membres.

Le film a été présenté par Seth Ickerman suite à la projection de Blood Machines : Ce choix de film me donne l’occasion de parler de la revue française des années 70, 80 ‘Métal Hurlant‘ et plus généralement d’une époque de créativité folle où des artistes comme Druillet, Caza, Moebius pour ne citer qu’eux, vont donner à la science-fiction une représentation graphique inédite, adulte et d’une liberté artistique sans limite. Sans avoir la prétention de me comparer à ces illustres créateurs, j’ai essayé avec Blood Machines de créer un film sans me soucier des normes et de rester artistiquement le plus libre possible. Cette volonté à un coût humain car les institutions ne sont jamais très chaudes pour aider financièrement ce genre de démarches… De la même façon, Métal Hurlant et tous les artistes qui gravitaient autour, ont subi beaucoup de critiques et de difficultés en leurs temps pour faire vivre leurs idées, mais ils sont aujourd’hui dans le sang de bon nombres d’œuvres de science-fiction majeures. Le film Heavy Metal donne un aperçu de cet esprit libre… Parfois violent, sans aucun tabou sexuel, narrativement déroutant, mais toujours graphique et par moment artistiquement puissant.

(Source : Étrange Festival 2019)

Come to daddy

Come to daddy est un film américain réalisé par Ant Timpson avec Elijah Wood et Stephen McHattie. Le synopsis : Norval Greenwood, un trentenaire citadin, rend visite à son père Gordon qu’il n’a jamais réellement connu. Ce dernier lui a envoyé une lettre lui disant qu’il avait quelque chose de très important à lui dire. Pourtant, Gordon semble bien embêté par la présence de son fils…

Le film Come to daddy explore différents genres dans le temps qui lui est imparti. On démarre sur du drame qui expose le contexte et présente les personnages joués par Elijah Wood dans le rôle du fils et le charismatique Stephen McHattie dans le rôle du père. On comprend très rapidement la relation compliquée qui les lie et l’animosité qui les habite l’un et l’autre. Du drame, on passe au fantastique un peu absurde pour terminer sur du thriller violent et sanglant. Malgré tout, ce film reste une comédie où chaque situation est teintée d’humour noire. Bon… ce n’est pas franchement la grosse poilade, mais on passe un assez bon moment devant ce long métrage qui fait la part belle aux acteurs et principalement à Elijah qui développe pour ce rôle une palette d’émotions assez impressionnante. Ce mec irradie et c’est peu de le dire. Ces incursions de plus en plus fréquentes dans le cinéma de genre sont un bonheur pour le téléspectateur que je suis et contribuent à populariser un peu plus ce cinéma que nous affectionnons tant.

FONZI