Pour cette édition 2019, on a décidé de profiter au maximum de ce festival. Comme toujours, la qualité des films est assez inégale mais on nous donne à voir du bizarre, des films qui sortent des sentiers battus, qui prennent des risques et qu’on ne verra probablement nulle part ailleurs et pour ça le jeu en vaut toujours la chandelle. Côté animation, cela reste très faible et insuffisant… Les équipes sont présentes en général et pourquoi ne pas en profiter pour organiser des séances de questions-réponses qui seraient passionnantes. Ce n’est qu’un exemple. Bref voici un petit topo sur les 3 premiers jours de ce festival pendant lesquels nous avons vu les films suivants : The Fable, Bliss, Shadow, Monos, Vivarium, Irréversible et The Room. C’est parti !

The Fable

The Fable est une comédie d’action japonaise réalisée par Kan Eguchi. C’est l’adaptation du manga éponyme de Katsuhisa Minami. Un assassin sanguinaire quasi-surhumain surnommé Fable est devenu une véritable légende. Il va accepter de se mettre un an au vert, mais entre des yakuzas qui ont des comptes à régler et d’autres tueurs décidés à éliminer Fable pour prendre sa place, les vacances vont être de courte durée…

J’ai globalement trouvé ce film un peu timide dans l’intention. On part sur une introduction ultra-percutante à tout point de vue : cadrage, musique techno, et motion design pendant les scènes d’action. On voit un gars qui est une véritable machine de guerre en pleine action dans une séquence explosive et on perd ça malheureusement très rapidement. On se retrouve dans une partie toute molle qui représente mine de rien les trois quarts du film. Il y a pour moi un gros problème de rythme et d’équilibre. L’histoire est extrêmement classique mais les personnages restent malgré tout assez attachants. Le film n’est pas exempt d’humour mais c’est un humour à la japonaise et qui fait prendre conscience du choc des cultures… Le jeu des acteurs de comédies japonaises est assez atypique. Complètement exagéré et burlesque, il me fait penser au jeu d’acteurs du muet. Concernant la narration, les flashbacks apportent un vrai plus et l’histoire d’enfance du principal protagoniste semble beaucoup plus intéressante que le film lui-même mais reste simplement survolée. Ceci dit, cela donne envie d’en savoir plus sur le manga et le personnage de Fable. Pour ceux qui aiment la culture japonaise, leur humour et leurs scènes d’action bien chorégraphiées, vous passerez sans doute un bon moment.

Bliss

Bliss est un film d’horreur américain réalisé par Joe Begos avec Madison Burge dans le rôle principal. Frappée par un blocage créatif, la belle Dezzy est en proie à un doute existentiel doublé d’un alcoolisme grandissant. Tout dérape lors d’une virée dans les bas-fonds nocturnes de Los Angeles avec son amie Courtney…

Voilà exactement le genre d’OVNI qu’on ne peut voir qu’à l’Etrange Festival. Le générique met dans l’ambiance tout de suite avec des gros riffs de guitare hard rock, des couleurs et un montage totalement psychédélique. C’est un film jusqu’au-boutiste, qui demande à se décanter mais pour lequel je ne me sens pas le courage de le revoir une seconde fois tant ce film est intense et monte crescendo jusqu’à l’apothéose la plus extrême. Le grain d’image est en cohérence avec le propos, c’est sale et rugueux tout comme la bande son qui l’accompagne parfois à la limite du hardcore. Je veux saluer la performance de Madison Burge, une véritable performance artistique…on est bien au-delà d’une simple performance de comédienne. Pendant un moment, je me suis demandé où allait le film. On assiste à une succession de séquences de trips hallucinés sous drogues dures intercalées avec la création d’un tableau qui se trouve être une vision de l’Enfer. Tableau qu’elle a démarré suite à la rencontre avec un mec nommé Dante. J’y vois comme un lien… On est entraîné avec elle dans sa chute vertigineuse et on ne sait plus où on en est, ce qui est vrai, ce qui est faux. Elle vit pour son art et est prête à tout pour le mener à son terme. J’ai même cru voir une sorte de revisite du mythe du vampire…à moins que je n’ai moi-même halluciné…

Shadow

Shadow est une fresque historique chinoise réalisée par Zhang Yimou. Défiant l’autorité du seigneur, un gouverneur empoisonné fomente un complot pour envahir une province ennemie avec l’aide d’une doublure.

Magnifique film par le réalisateur de Hero et Le Secret des poignards volants. Une esthétique extrêmement léchée et élégante en quasi monochromie et de la musique traditionnelle pour accompagner ces images. L’histoire est très classique avec quelques longueurs jusqu’à une fin en apothéose avec une succession de plans magistralement mis en scène, notamment les scènes de combats magnifiquement chorégraphiés. C’est un film de genre, certes, mais peut-être trop classique et trop éloigné du fantastique pour vraiment avoir sa place à l’Etrange à mon avis. Ceci dit c’est un film très classe qui ravira les amateurs de Chine impériale et légendaire.

Monos

Monos est un drame produit par de multiples pays : Colombie, Uruguay, Allemagne, Argentine, Danemark, Etats-Unis, Pays-Bas, Suisse et Suède réalisé par Alejandro Landes. Dans une montagne perdue d’Amérique latine, huit adolescents s’entraînent pour le compte de “l’Organisation”. Recevant leurs ordres du Messager, ils ont pour mission de garder et de surveiller la Doctora, une otage américaine, ainsi qu’une vache laitière.

Alejandro Landes est issu du documentaire et ça se sent. La mise en scène est brut, brutale, honnête et sincère. On n’est pas dans du clip avec effets visuels à gogo ou dans du Wes Anderson mais la photographie n’est pas laissée pour compte. C’est très beau et bien filmé. Le sujet du film, bien qu’assez nébuleux, est super percutant. On ne connaît rien au contexte et ça n’a aucune espèce d’importance. On se concentre ici sur l’humain et son âme, la vie en communauté et tout ce que ça comporte d’avantages et surtout d’inconvénients. La narration est assez fluide et étape par étape, on s’enfonce dans la psyché des personnages. A chaque étape, un drame ou un événement et on avance comme ça crescendo. Le lieu de tournage principal est de toute beauté. C’est un lieu en dehors de toute notion d’espace et de temps. C’est au sommet d’une montagne surplombant une mer de nuages où est planté un bunker géant. Qui sont-ils ? Que font-ils ? Les choses s’éclaircissent au fur et à mesure de la narration. Ce film a quelque chose de fascinant et c’est un coup de coeur pour ma part en attendant le film suivant Vivarium qui vaut également le détour.

Vivarium

Vivarium est un film fantastique irlandais réalisé par Lorcan Finnegan avec Imogen Poots et Jesse Eisenberg. À la recherche d’un logement, Gemma et Tom, jeune couple ordinaire, sont entraînés par un agent immobilier un brin toqué dans un lotissement désincarné et vide. Et quand l’agent disparaît sans crier gare, impossible pour les deux amoureux de quitter les lieux.

Voilà un film concept total fait avec trois fois rien. Le film ne raconte pas grand chose au final et comme l’a présenté assez justement le mec du festival dont j’ai oublié le nom, on est là dans une sorte d’épisode de la 4e dimension. Du coup j’ai tendance à penser que le film est peut-être un peu long et qu’un moyen métrage aurait largement fait l’affaire. Personnellement je suis très client de ce genre de film. Une unique idée forte réalisée avec très peu de moyens. Les décors cartons-pâte et le côté lisse contribuent pleinement à l’histoire et à rendre ce monde factice crédible. On rentre très rapidement dans le vif du sujet et les sentiments se mélangent. Tantôt on se marre, tantôt on est attendrit, surpris, dégoûté, mal à l’aise ou stressé. Côté casting, Imogen Poots est excellente et Jesse Eisenberg, même si je ne suis pas trop fan du gars est bon dans son rôle et son côté bankable devrait permettre de ramener du monde sur son seul nom. J’en veux pour preuve une salle pleine à craquer. On retrouvera ces deux acteurs dans un autre film en compétition : The Art of Self-defense.

Irréversible – Inversion intégrale

Irréversible est un film drame français réalisé par Gaspar Noé avec Monica Bellucci, Vincent cassel et Albert Dupontel. Alex et Marcus forment un couple sans histoire. Mais quand Alex est violée dans un passage souterrain, Marcus part dans une quête vengeresse, accompagné de son ami Pierre qui tente désespérément de le raisonner…

Ce film n’est plus vraiment à présenter. Noé a décidé de refaire le montage à l’endroit pour plus de compréhension même si l’idée de narration inversée dans la version d’origine ne nuisait pas vraiment à la compréhension du film à mon avis. D’ailleurs rien ne justifiait vraiment cette idée d’inversion contrairement à un Memento où l’idée est pleinement cohérente avec le film. Je préfère cette nouvelle version, on rentre mieux dans la psychologie des personnages. Chaque film de Noé est comme un coup de poing dans l’estomac comme l’a décrit Monica Bellucci pendant la présentation. Le film est toujours aussi dur 16 ans plus tard malgré la multiplication de la violence au cinéma ces dernières années dans le cinéma grand public qui pourrait générer une sorte d’accoutumance. Un grand-père à côté de moi n’a pas trouvé le film choquant du tout comparé à Serbian Film…certes. Mais il reste très impactant. La pâte de Noé y est pour beaucoup. Couleurs saturées, lumières stroboscopiques, mouvements de caméra, musique. Dans tous les cas ce film fait et continue de faire parler et ne laisse personne indifférent, ce qui ne peut que faire avancer le schmilblik.

Gaspar noé a dit :
Pourquoi ce film ? Parce que l’original était raconté à l’envers et que, submergés par la structure anti-chronologique du montage, beaucoup de spectateurs n’avaient pas compris certains aspects du récit. Présenté dans le sens des aiguilles d’une montre, tout est clair et aussi plus sombre. Aucun dialogue n’a été coupé, ni aucun événement de l’histoire. C’est pour cela que cette version s’appelle « inversion intégrale » ou « straight cut ». Jusqu’ici, « Irréversible » était un casse-tête voulu. Désormais c’est un diptyque, comme un vieux disque dont la face B serait le remix moins conceptuel du morceau de la face A, mais cette fois avec des voix plus audibles rendant le sens des mots plus fataliste. Vous verrez. Le temps révèle tout.

The Room

The Room à ne pas confondre avec son homonyme réalisé par Tommy Wiseau est un film fantastique français réalisé par Christian Volckman avec Kevin Janssens et Olga Kurylenko. Kate et Matt, un couple de trentenaires, emménagent dans une grande maison à la campagne. Lors des travaux, ils découvrent une pièce particulière, qui semble exaucer leurs vœux. Mais ce qui semble un cadeau et une chance pourrait bien entraîner le couple dans une spirale cauchemardesque.

Ce film présente beaucoup de similitudes avec Vivarium. Film concept également avec une idée forte, un couple, prisonniers d’une maison, immaculée conception… je n’en dis pas plus. Christian Volckman nous avait impressionné avec son film d’animation révolutionnaire Renaissance, que nous avions chroniqué à l’époque. L’attente étant toujours très haute après un petit bijou, j’ai été assez déçu par The Room. Ce film manque d’âme. Il n’y a pas vraiment de parti-pris de cadrage, de photographie, de musique ou même de casting… tout est lisse et manque de saveur. La construction narrative est très basique et linéaire. Malgré tout l’idée de base est excellente et The Room reste un bon divertissement bien que très prévisible. La dernière partie du film semble être une sorte de pot pourri de toutes les idées inexploitées allant jusqu’à y mettre une histoire d’inceste…!? mais tout en restant timide sur l’intention, comme si l’idée n’était pas pleinement assumée.