synopsis

New-York, 1953. Ecrivain, William Lee est un junkie, réduit à gagner sa vie en exterminant des cafards. Victime d’hallucinations à cause de la drogue, il ne parvient pas à écrire : une étrange créature, le mugwump, lui dicte son comportement, le poussant à déjouer un mystérieux complot, à rédiger des rapports ou à se méfier de sa femme. Il la tue accidentellement, et fuit en Afrique du Nord.

la critique

Le Festin Nu est d’abord un roman écrit par William Burroughs en 1959. Avant d’être adapté par Cronenberg, il a toujours eu cette réputation d’inadaptabilité. De Lynch à Jodorowski, de nombreux réalisateurs de talent s’y sont cassé les dents. Mais à l’instar de Terry Gilliam avec Las Vegas Parano, Cronenberg a réussi cette prouesse. Sachant cela, on peut aisément imaginer une trame plutôt complexe. Mon propos ici n’est pas de vous fournir une analyse de cette oeuvre qui me mettrait, je dois bien l’avouer, plutôt en difficulté. Selon les caractères de chacun, on peut aborder ce film de différentes manières. La première serait de vouloir comprendre tous les tenants et les aboutissants de ce film. Cela nécessiterait plusieurs visionnages et éventuellement une lecture approfondie du roman d’origine. Ou bien l’on peut visionner ce film en laissant libre cours à notre imagination et notre propre interprétation sans essayer de tout rationaliser ce qui serait selon moi une erreur.

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Le Festin Nu, et le livre d’origine ne sont pas autobiographiques mais présentent de nombreuses ressemblances avec la vie de l’auteur. William Lee, le personnage de Peter Weller, est nommé du pseudonyme pris par Burroughs pour publier son premier roman en 1953, Junky. Drogué comme l’écrivain, il tue “accidentellement” sa femme en jouant à “Guillaume Tell” comme Burroughs le fît. L’autre similitude importante est celle entre l’Interzone où va errer William Lee et l’International Zone de Tanger où Burroughs a écrit Le Festin Nu en 1959. Et enfin, Kiki, incarné par Joseph Scoren, est nommé selon un jeune homme avec lequel le romancier a eu une liaison pendant son séjour à Tanger.

Ayant été écrit largement sous l’influence de drogues hallucinogènes, d’héroïne et de cocaïne, la première version du Festin Nu se présente sous la forme de notes à l’image des rapports que Lee est chargé de rédiger et qui constituent en fin de compte son roman. Burroughs a ensuite utilisé la technique du cut-up qui consiste à découper un texte original en fragments aléatoires puis de les réarranger pour produire un texte nouveau.

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L’interprétation de Cronenberg reste très libre mais il parvient avec brio à y imposer sa patte et son univers qui se marie parfaitement bien à celui de Burroughs. Ce film est comme un “bad trip” où vont s’entremêler hallucinations et réalité, polar noir, fantastique, fantasmes sexuels représentés de manière explicite ou beaucoup plus symbolique et angoisses de l’écrivain. Le film s’ouvre sur la phrase “Nothing is true, everything is permitted” et résume à elle seule ce film. Au fond le vrai sujet de ce film, c’est sans doute la façon dont a été écrit le roman Le Festin Nu, son processus créatif. De la consommation morbide de drogues de Lee en passant par le meurtre involontaire de sa femme qui est un événement clé dans sa vie et celle de Burroughs et qui le fera prendre conscience de plusieurs choses essentielles jusqu’à son exil mental en Interzone.

On retrouve les thèmes chers à Cronenberg : son obsession pour les rapports entre l’organique et le mécanique, sa fascination pour les insectes, la frontière trouble entre réel et imaginaire, le concept de double et toujours cette psychanalyse et cette plongée dans l’âme humaine et dans ce cas précis une véritable réflexion sur la nature de la création artistique.

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Le casting est très bien pensé : Peter Weller (Robocop) dans le rôle titre est sobre et joue juste, Judy Davis (Barton Fink) malgré un rôle difficile est plutôt convaincante, Ian Holm (Brazil) toujours au top, Julian Sands (Warlock) assez charismatique surtout dans sa métamorphose finale, Roy Scheider (Jaws) avec peu de présence à l’image mais dans un rôle clé.

Les effets spéciaux du film sont particulièrement réussis, notamment le bestiaire imaginaire et délirant qui entoure Bill Lee, qui est l’oeuvre de Chris Wallas, un spécialiste du genre qui avait déjà travaillé sur Scanners et La Mouche de Cronenberg, ainsi que sur Gremlins, Les Aventuriers de l’Arche perdue et Le Retour du Jedi.

Le Festin Nu peut s’avérer assez difficile d’accès comme un Mulholland Drive ou un Lost Highway de Lynch mais tous ces films restent des oeuvres fascinantes, d’une force incroyable qui multiplient les niveaux de lecture. Ce sont des oeuvres uniques à voir et à revoir pour mieux les comprendre et qui se détachent du cinéma formaté que l’on connaît. Pour les apprécier, il faut savoir laisser de côté toute rationalité et se laisser emporter dans leur imaginaire.

FONZI