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La baston d’aujourd’hui oppose un monument du cinéma SF du début des années 90 à son remake réalisé plus de 20 ans plus tard : TOTAL RECALL. Si vous n’avez vu aucun de ces deux films, autant vous prévenir, vous risquez d’être spoilé.

Total Recall premier du nom était une libre adaptation d’une nouvelle de Philip K. Dick : Souvenirs à vendre. Le réalisateur Paul Verhoeven s’est largement fait plaisir dans son film en y intégrant des mutants, des aliens et autres gadgets de-la-mort-qui-tue. Beaucoup d’éléments qui n’apparaissent quasiment plus dans la nouvelle version.

Sur la trame globale, seul le début est commun entre les deux longs métrages et la nouvelle de Dick : Quaid mène une vie de pépère, un boulot d’ouvrier, une femme, des potes pour boire des coups au bistro, bref une vie bien rangée. Cependant, le gars rêve toutes les nuits qu’il est agent secret en compagnie d’une bombe latine. Pour s’échapper de son morne quotidien, il va aller voir la société Rekall qui implante des souvenirs plus vrais que nature dans le cerveau des clients malgré les contre-indications de son pote Harry, qui se révélera être un pourri. Spontanément, il demandera qu’on lui fourre la cervelle de souvenirs correspondants à ses rêves. L’implantation tourne mal…

Fight Total Recall

A partir de là, les deux films partent dans deux directions très différentes. Le film original envoie Quaid sur la planète Mars pour une mission consistant à faire tomber Cohaagen qui dirige la planète d’une main de fer et rationne l’oxygène produit à partir du turbunium contenu dans les mines martiennes. L’exploitation est millénaire et a été mise en place par des aliens à l’époque. Les martiens sont rendus dépendants de cette tyrannie. Dans le remake, l’histoire est beaucoup plus proche de la nouvelle de Dick : après une guerre chimique, la majorité de la planète est inhabitable. Un moyen de transport appelé “La Chute” relie les deux seules zones habitables dont la “Colonie” sur laquelle Cohaagen exerce une forte pression économique et politique. Quaid aura pour mission d’éradiquer cette dictature.

Fight Total Recall

Concernant le réalisateur du remake, on peut se poser des questions sur le choix de Len Wiseman. Ce gars a réalisé Underworld 1 & 2 et Die Hard 4, sans conteste le plus mauvais de la série. Ca pose le niveau. Spécialiste des films à gros budgets sans âme, sans émotion avec un déferlement d’effets spéciaux ultra high-tech et de grosses scènes d’action gratuites à l’image de son adaptation de Total Recall. Verhoeven a quant à lui quelques bonnes références. Créateur du personnage de Robocop (lui aussi bientôt sujet à un remake), ce succès lui a permis de réaliser Total Recall, suivi de Basic Instinct et Starship Troopers (le premier) entre autres.

Fight Total Recall

Côté casting, dans l’original un Schwarzy au top de sa forme et de sa popularité tout en testostérone et en virilité contrebalancés par une interprétation un poil décalée et non dénuée d’humour. Pour les femmes, le choix est également judicieux. La blonde perverse incarnée avec brio par Sharon Stone contre la brune “vicieuse et réservée” interprétée par Rachel Ticotin. Une vraie opposition de style avec deux caractères bien trempés. Un autre personnage emblématique est celui de Richter, l’agent à la solde de Cohaagen qui passe son temps à traquer Quaid. Il est interprété par Michael Ironside. Une vraie gueule, un mec charismatique. On se souvient de lui dans la série V notamment. Ce qui fait la force de ce premier Total recall, c’est également sa galerie de mutants, son musée des horreurs avec Benny, le chauffeur de taxi, la pute naine, le cyclope, la femme à trois seins et biensûr leur chef Kuato avec son petit frère greffé dans le bide. “Ouvre ton âme” répété inlassablement par un bébé en carton, c’est mythique. Pour ce qui est de l’âme justement, cette nouvelle adaptation en manque cruellement. Pour en terminer avec le casting du remake, hormis Colin Farell qui tient à peu près la route bien que trop dans la lignée de personnages comme ceux de Jason Bourne (Matt Damon) ou le dernier James Bond (Daniel Craig). Les deux rôles féminins manquent vraiment de consistance. Kate Beckinsale et Jessica Biel sont aussi belles que pauvres de personnalité. Avec le charisme d’une huître, on ne peut pas attendre de miracle. Biel a d’ailleurs été nominée au Razzie Award de la pire actrice. Dans cette nouvelle version, Richter n’existe plus et son personnage se retrouve fusionné à celui de Beckinsale : une perte vraiment dommageable. Enfin, du fait de la nouvelle orientation scénaristique, il n’y a plus de mutants hormis la femme aux trois seins qui n’a pourtant plus lieu d’être et sert uniquement de clin d’oeil à la version de Verhoeven. C’est sorti du contexte du bar à putes du premier film, elle arrive comme un cheveu sur le soupe. Aucun intérêt.

Fight Total Recall

Certaines séquences de l’original, de vraies trouvailles scénaristiques et visuelles ont été largement baclées dans le remake. Quelques exemples : la scène où Quaid, coiffé d’un turban s’extrait lui-même son implant de pistage à travers les sinus, le visage déformé par l’opération, a été simplement remplacée par un instant où Farell s’ouvre la main en pleine course poursuite, aussitôt fait, aussitôt oublié. D’ailleurs ils passent leur temps à courir dans ce remake. Dans l’original cette séquence était suivie de la découverte des gadgets comme son générateur d’hologrammes (totalement absent du remake) et pour finir sur l’ordinateur qui répète en boucle “et tu te casses sur Mars..”. Ca ne parlera qu’aux connaisseurs mais la scène est marquante. Ou encore la séquence lorsque Quaid passe le portique déguisé en femme. Le costume mécanique bug sur une question du contrôleur et répète la même réponse en boucle. Le costume s’ouvre alors pour laisser apparaître la tête en carton de Schwarzy (oui le budget carton du film devait être colossal). Une fois libéré de son costume, Quaid lance la tête aux soldats qui le pourchassent. Cette dernière, entre les mains du mec, lance une dernière réplique “Tu es prêt pour la surprise ??!” avant de tout faire péter. Magique. Dans le remake, Colin a un collier holographique qui bug de la même façon au passage du portique et basta…ou plutôt baston. Trop de bastons dans ce films. Overdose et frustration.

Fight Total Recall

Bref, tout cela pour dire que ce remake est totalement inutile. Mon avis serait peut-être différent si la version de Verhoeven n’avait pas existé mais on ne le saura jamais. S’attaquer à un film culte est un exercice périlleux. Ce remake est lisse, froid et manque vraiment d’âme et de personnalité. Ce qui faisait la force de la version de 1990 et qui manque cruellement à celle de 2012, c’est notamment pour moi sa galerie de personnages charismatiques et attachants et le ton général décalé sans oublier les quelques scènes sanglantes en bonus. Vous l’aurez compris, l’original de Paul Verhoeven reste et restera pour moi le grand vainqueur par KO de ce comparatif.