Synopsis

La famille Hercules s’installe dans sa nouvelle demeure californienne et découvre dans la cave une porte qui donne accès à la sixième dimension. Cette zone interdite renferme un univers loufoque peuplé de personnages complètement bizarres : un roi nain, une reine castratrice et jalouse, des courtisanes en bikini et Satan en personne.

La critique

Vous pensiez que le Alice au Pays des Merveilles de Disney était complètement barré ? Pauvres ignorants que vous êtes. Votre esprit est encore sain et vierge de cette étrangeté qu’est Forbidden Zone. La zone interdite c’est un peu Alice dopée aux amphétamines et autres substances illicites pendant un peu plus d’une heure. L’univers de la sixième dimension renferme d’étranges personnages comme des majordomes à tête de grenouille, des gorilles empotés, des lustres humains, des têtes volantes, des serial violeurs en cage, des diablotins et même Satan interprété par Danny Elfman (mais on y reviendra plus tard). L’ambiance globale du film pourrait être issue des années 20, en concurrence directe avec les grands films expressionnistes allemands tels Le Cabinet du Docteur Caligari, qu’il ne ferait pas tâche dans le paysage cinématographique. Forbidden Zone accuse peut être plus de 30 ans d’ancienneté mais dépeint d’un modernisme encore bluffant aujourd’hui. En effet, le film s’approprie tous les codes du cinéma tant muet que parlant, il tourne absolument tout en dérision sans jamais manquer de respect au septième art. Les décors en carton extrêmement simplistes appuient efficacement le côté « cartoonesque » du film. La folie des personnages joue sur les deux niveaux de lecture que propose le monde de Forbidden Zone. En définitive, le spectateur est affublé de folie grand-guignolesque tant dans le monde « réel » que dans celui de la sixième dimension. Les personnages complètement hors norme et hors du temps qui nous accompagnent tout le long nous déroutent fortement puisqu’ils partagent des valeurs que personne de censé ne pourrait avoir. Il y a fort à parier que le cinéma de John Waters a inspiré Elfman pour son métrage.

Forbidden Zone de Richard Elfman (1982) - Critique

Parlons-en d’ailleurs des inspirations. Le film est une déclaration d’amour burlesque et décomplexée au cinéma qui a inspiré son auteur depuis sa plus tendre enfance. On notera une similitude plus qu’évidente avec The Rocky Horror Picture Show par ses chansons omniprésentes et son appel au sexe extraverti entre toute race et toute espèce. Parmi les références directes, on peut citer La Nuit du Chasseur où l’un des personnages arbore un magnifique tatouage sur sa main droite estampillé « LOVE ». King Kong et son gorille qui finira la tête aplatie par un ex-catcheur juif. Pink Flamingos pour le côté personnage irréaliste et surtout son homme poulet, rejeton direct du facteur et de la femme bébé dans l’œuvre de Waters. Les interludes animés ramènent directement aux cartoons des années 30 et un épisode de Betty Boop en particulier. Je vous parlais de Danny Elfman en Satan plus haut. Il faut savoir que c’est le morceau jazz de Cab Caloway, Minnie the Moocher, issu d’un épisode surréaliste de Betty Boop qui a le plus inspiré le compositeur favori de Tim Burton. Lorsque l’un des personnages est amené à Satan dans le film, il se lance dans une ré-interprétation de ce fameux titre, rebaptisé Squeezit the Moocher pour l’occasion, en compagnie de son groupe Mystic Knights. Et il faut avouer qu’il chante vraiment bien le bougre. D’ailleurs, on s’attarde sur ce morceau mais, toute la bande-originale est dantesque entre rumba et jazz / rock, on comprend bien pourquoi Burton a choisit de collaborer avec lui sur la quasi-totalité de ses métrages (d’ailleurs le thème principal ici vous rappellera sans doute celui de Mars Attack !). Bien évidemment, je ne vous dévoile qu’une partie de l’iceberg, sinon vous n’auriez plus de curiosité à voir le film. Tel un Tarantino, on aperçoit de nouvelles références au fur et à mesure qu’on le revoit.

Forbidden Zone de Richard Elfman (1982) - Critique

Au casting, il faut souligner la prestation mémorable de Hervé Villechaize qui soigne son accent aussi bien que Depardieu résisterait à un bon apéro. Le petit homme campe un roi autoritaire qui rêve de posséder une armée de spationautes zombies et qui aime les femmes. Débordant de sex-appeal, il a du mal à canaliser ses pulsions au grand dam de sa reine, la grande et pulpeuse Susan Tyrell. Tiens, tiens, tiens…Tyrell qui rejoindra le casting de Cry Baby de John Waters en 90…quand je vous dis que l’ombre de Waters plane sur ce film. Le roi tombera donc amoureux de Frenchy, campée par Marie-Pascale Elfman (l’ex femme de Richard) qui jouit d’un accent aussi plaisant que ma grand-mère en train de parler yougoslave. Le roi Fausto expliquera son attirance pour la jeune femme en déclarant que les Françaises sont les descendantes directes de Dieu et qu’il ne peut s’empêcher d’y résister. S’en suivra l’inévitable conflit d’intérêts et jalousie au sein du couple royal sur fond de tortures sexuelles. En revanche, même s’il joue énormément avec les limites des bonnes mœurs, le film n’est en aucun cas vicieux. Certes, le délire dopé aux hallucinogènes ne plaira pas à tout le monde, c’est certain, mais je peux vous assurer que si le bizarre vous attire, vous passerez un agréable moment.

Forbidden Zone de Richard Elfman (1982) - Critique

Forbidden Zone se veut drôle, absurde et décalé. Le film met à nu un panel culturel immense dont font preuve les frangins Elfman. Et comme son demi-frère du Rocky Horror, il inspirera d’autres réalisateurs par la suite dont évidemment Burton. C’est drôle quand même de rendre hommage à un film qui rend hommage à d’autres films. Je vous le répète, soyez averti avant de lancer la lecture de votre DVD (à moins que tu ne l’ais piraté hein saloperie !!!) car la folie ambiante ne plaira vraiment pas à tous les coups et puis…comment ça ? T’es fan de Burton et t’as jamais vu Forbidden Zone ? Laisse-moi rire !

TONYO