Synopsis

Marty, 12 ans, vit avec ses parents et son grand-frère, Steve. Souvent le souffre-douleur des élèves de sa classe, il aime à se réfugier dans l’univers de la BD et surtout des films d’horreur auxquels il voue une véritable passion suivant ainsi les traces du frèro. Mais sa vie bascule lorsqu’il découvre, par hasard, que celui qui était, jusqu’alors un modèle à ses yeux, n’est autre qu’un tueur en série…

La critique

Comment réagiriez-vous si vous découvriez que votre frère aîné, celui que vous admirez depuis que vous êtes tout petit, que vous prenez comme exemple et à qui vous rêveriez de ressembler plus tard, est, en réalité, un abominable serial killer ? Eh bien, c’est précisément la question posée par ce film qui nous livre une réponse à travers les yeux et les sentiments du jeune Marty.

Vu en avant-première lors de mon passage à l’Etrange Festival, je dois dire que Found m’a littéralement scotché. Ce film a été une belle surprise tant par le sujet abordé que par sa manière de le traiter. L’idée de nous faire découvrir, pas à pas, la vie d’un tueur en série à travers les yeux de son petit-frère permet au réalisateur de s’extirper de ce qui aurait pu être un énième et classique slasher movie pour nous offrir quelque chose de bien plus fin. On ne peut que s’en réjouir. Le point de vue ici adopté (celui de Marty) créée une sorte de distanciation par rapport au tueur. On le suit mais en cachette, un peu à la manière d’un espion ou d’un voyeur avec, à chaque instant, la peur de se faire prendre « la main dans le sac » (et c’est le cas de le dire puisque le tueur conserve toujours les têtes décapitées de ses victimes dans un sac). Cela donne le sentiment dérangeant d’être là où l’on ne devrait pas être (en l’occurrence dans la chambre du tueur). En suivant les traces du jeune Marty, le spectateur pénètre dans l’intimité du tueur et se trouve aussi confronté aux sentiments partagés ressentis par le jeune garçon. On peut imaginer dans quel état se trouve Marty lorsqu’il découvre les activités macabres de son grand-frère. Dégoûté, terrifié… très certainement mais, souvenez-vous, Marty est aussi un fan inconditionnel de films d’horreur tout comme son frèro. Du coup, les sentiments qu’il éprouve vis-à-vis de son frère sont plus complexes. On le sent très partagé entre le dégoût, la peur mais aussi la curiosité voire une sorte de fascination morbide.

Found de Scott Schirmer (2013) - Critique

C’est un peu comme si l’univers fictif à travers lequel il s’est construit devenait brusquement la réalité, comme s’il se retrouvait plongé au beau milieu d’un des films d’horreur qu’il affectionne tant. Bref, vous pouvez imaginer le flip de Marty. Dans le même temps, le spectateur se trouve être le témoin de la vie privée du tueur. Il découvre sa personnalité, ses difficultés notamment relationnelles avec son père, sa bienveillance vis-à-vis de son petit frère, ses habitudes, son mode de vie…. Cette manière de nous présenter le tueur lui donne d’emblée un visage humain. Et lorsque plus tard, le spectateur découvre, à travers une mise en abîme des meurtres, la terrible manière dont le tueur procède pour accomplir ses actes, il n’en est que plus dérouté. On est bien loin des slashers froids qui tuent sans aucun état d’âme et souvent sans raison apparente style le tueur dans Haute tension d’Alexandre AJA ou encore celui du dernier métro dans Midnight Meat Train de Ryuhei KATAMURA pour ne citer que ces deux-là.

L’autre versant très bien filmé est l’évolution de la personnalité et du comportement du jeune Marty à l’aune de celle de son taré de frère. Au début, on découvre un ado à la personnalité peu affirmée, souffrant régulièrement des brimades de ses petits camarades de classe, se réfugiant dans un monde de fiction (BD, films d’horreur) pour échapper à son quotidien, n’osant pas contredire ses parents bref, l’opposé d’un rebelle. Le grand-frère quant à lui nous montre une personnalité plus affirmée, ayant des rapports conflictuels avec son père, peu communicatif mais éprouvant une certaine forme d’empathie pour son petit frère. Progressivement et presque logiquement, l’attitude du grand-frère va déteindre sur le jeune Marty mais de manière très insidieuse au gré des événements. La bascule qui s’opère dans le comportement de Marty qui découvre sa vraie nature est à la fois effrayante et quasi inéluctable. Ce dernier finit par se faire violence et se rebelle, illustrant ainsi parfaitement cette influence d’un grand-frère dont il va suivre les traces après avoir vainement tenté d’y résister.

Found de Scott Schirmer (2013) - Critique

Enfin, d’une manière plus générale, l’idée sous-jacente à ce film me semble être une banalisation à outrance de la violence et de ses conséquences notamment sur les plus jeunes. Marty est évidemment beaucoup trop jeune pour mater le genre de films dont il aime à se gaver et ce, sous le regard bienveillant des parents qui ne s’en soucient guère. Oui, je sais, les amateurs les plus précoces me diront que 10-12 ans c’est à peu près l’âge où ils ont commencé à visionner leur premier film d’horreur interdit au moins de 16 ans voire 18 ans pour les plus violents. Certes, il n’y a pas de fatalité mais nous ne disposons pas tous des mêmes ressources, maturité et recul suffisant pour digérer cette surenchère de violence. A la fin du film, on peut d’ailleurs se demander ce qu’il adviendra de Marty après tout ce passif. Suivra-t-il jusqu’au bout, les traces et l’exemple de son grand-frère ou saura-t-il s’arrêter à temps ?

Found de Scott Schirmer (2013) - Critique

Mais alors me direz-vous, aussi bon soit-il, Found n’est-il qu’un énième thriller psychologique dénué de scènes trash ? Eh bien non, détrompez-vous. Que les puristes et amateurs d’hémoglobine se rassurent, le film comporte aussi son lot de scènes bien gores qui les ravira à coup sûr. Certaines scènes, notamment lorsque le tueur est montré dans ses basses besognes, sont particulièrement dures, dérangeantes et d’une atrocité extrême, effets chocs et réalistes qui risquent fort de filer la gerbe à plus d’un. Juste un bémol quand même pour le final qui m’a paru facile et sans doute un peu trop vite torché. En bout de course, le rythme s’accélère et la fin apparait quelque peu pathétique, limite caricaturale ce qui génère chez le spectateur à la fois, étonnement et légère déception. Cependant, cette petite faiblesse est bien loin d’entacher le film qui demeure rudement efficace dans son ensemble.

Pour conclure, je dirais que Found est un film à découvrir absolument mais assurez-vous simplement d’avoir l’estomac et le cœur bien accrochés avant de le visionner 🙂

DARKO