synopsis

Trois jeunes gens tentent de conjurer la malédiction attachée à la mort d’un prêtre, qui, selon une prophétie, précède l’ouverture des portes de l’Enfer.

la critique

Frayeurs est le film qui marque un tournant considérable dans le summum de la carrière du réalisateur. Il est un condensé de tous les genres qui l’ont inspiré jusqu’alors et de ceux qu’il abordera par la suite. Véritable œuvre charnière dans sa filmographie, Frayeurs est un film gore d’une violence graphique impressionnante pour son époque. Il part d’une histoire extrêmement simple (un prêtre qui se pend dans un cimetière et qui ouvre les portes de l’Enfer) pour y amener une enquête qui nous tiendra en haleine entrecoupée de scènes chocs. Grand prix du public lors du Festival du Film Fantastique de Paris en 1980, Frayeurs est probablement le film de genre de Fulci le plus abordable pour un public mainstream. Il a marqué toute une génération qui en parle fréquemment comme référence ultime. Pour ne citer que lui, Quentin Tarantino lui rend hommage dans son Kill Bill, Vol. 2 lors de la séquence où Uma Thurman se fait enterrer vivante.

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Frayeurs est troublant et percutant dans ses maquillages. Les effets spéciaux signés Gianetto de Rossi sont extrêmement soignés et ajoutent une valeur sûre quant au réalisme cru et viscéral que tend à apporter le film de Fulci. Il a l’art de nourrir une tension palpable et moite afin de mieux le dérouter jusqu’à l’apogée de son horreur (j’ai beau avoir vu le film au moins 20 fois, je pige toujours pas son dernier plan). En dehors du fait qu’il abuse de métaphores pas tout le temps compréhensibles, Fulci fusionne deux sous-genres de l’horreur qui, à priori, ne peuvent pas fonctionner ensemble : les zombies et les fantômes. En effet, l’aspect fantasmagorique de ces esprits frappeurs n’a de fantasmagorique que leur capacité à se mouvoir dans notre monde réel. S’ils ont le pouvoir de téléportation, ils atteignent physiquement leurs victimes. Dans l’idée ce sont plus des fantômes mais malheureusement, depuis Romero, on a vite tendance à cataloguer « zombie » un corps mort revenu à la vie trainant sa carcasse en putréfaction. A noter LA fameuse scène dans la voiture qui voit le très jeune Michele Soavi (assistant réalisateur pour Ténèbres d’Argento, Démons de Lamberto Bava ou encore Les Aventures du Baron de Münchhausen de Terry Gilliam), réalisateur de Sanctuaire en 1989 et également Dellamorte Dellamore en 1994, sans défense face à sa copine en pleine torture. Cette fameuse séquence reste probablement l’une des plus gores et les plus graphiques jamais tournée : la pauvre fille se videra littéralement de l’intérieur…par la bouche ! Le tout magnifié par l’excellente bande-originale de Fabio Frizzi. Rien que pour cette séquence, il vous faut vous arrêter sur ce film.

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Malheureusement, le film ne se bonifie pas avec le temps. Il a pris un sacré coup de vieux dans les dents et perd de son charme au fur et à mesure que les années avancent. Etant tourné avec le plus grand sérieux du monde, il ne peut pas (et ne doit pas de toute façon) devenir un nanar décomplexé pour justifier le kitch de son rythme. Malgré une histoire prenante, il faut bien avouer que tout le déroulé de l’enquête nous largue tant il est insipide. C’est à croire que Fulci devait sentir que ça ne marcherait plus des années plus tard, c’est pour ça qu’il balance la sauce sur ses effets chocs. Il travaille minutieusement ses éclairages rendant le tout agréablement fantomatique (la même année, Fog de John Carpenter donnera une image et une ambiance similaire à Frayeurs). La déferlante finale de la descente aux enfers sonne comme un coup d’essai. L’ambiance est posée mais le tableau n’est clairement pas fignolé ne permettant pas à Fulci de signer dignement sa toile. On sent qu’il pensait déjà à son film suivant et la fin de Frayeurs sonne comme la toile d’essai du final gigantesque et sublime au possible de l’Au-Delà. Toujours un coup d’avance sur ses productions, Fulci était perfectionniste et chacun de ses films se révèlent en fait le coup d’essai du suivant.

Le casting est plutôt agréablement bon malgré les tensions présentes sur le tournage, il y a une certaine alchimie qui coopère entre les acteurs qui arrivent à oublier le temps d’une prise leur égo démesuré. Fulci s’offre un casting international. Il montre tout son amour pour le charme de la britannique Catriona MacColl (qu’il fera tourner également dans La Maison Près du Cimetière et l’Au-Delà). Il subit les frasques de l’américain Christopher George qui, malgré son égo patriotique à toujours vouloir être le plus possible à l’écran, forme un duo assez savoureux avec Catriona. Mais Frayeurs ne porterait jamais aussi bien son titre sans la présence de Fabrizio Jovine qui campe le prêtre. Il est froid, sombre, malsain et totalement glauque. Le mutisme qui l’habite n’a d’égale que sa capacité à faire frissonner. Il offre une prestation digne d’un film expressionniste allemand.

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Frayeurs reste un film à l’effet choc qui n’a pas perdu de la force de son intention première. Il offre une alternative intéressante entre le nanar et la superproduction. Pour son ambiance volontairement néfaste envers la religion, sa phase de construction avec le film suivant de Fulci, sa scène de vomi de tripes, ses nombreux arrachages de cerveaux, ses fantômes-zombies et sa musique inoubliable, il faut s’arrêter au moins une fois sur ce film…à condition d’avoir le cœur bien accroché.

TONYO