Malgré un contexte difficile pour la culture en général et le cinéma en particulier, les organisateurs têtus du mythique Festival International du Film Fantastique de Gérardmer, ont réussi à braver les obstacles du moment pour nous offrir une bien belle édition en ligne 2021.

Le festival cette année souffle ses 28 bougies et n’a pas pris une ride, bien au contraire. Cette édition nous présente un programme d’une densité et d’une variété qui fait frétiller de plaisir. Et grâce à cette formule exceptionnelle de diffusion nous avons pu profiter de quelques films aussi divers que créatifs. En voici un petit topo, alors à vos souris !

Au programme

– Compétition longs métrages –

– Compétition courts métrages –

– Hors compétition –

Compétition longs métrages

Anything for Jackson de Justin G. Dyck

Anything for Jackson présente un couple de papi et mamie refusant la mort de leur petit rejeton dont je tairai l’origine du décès, lequel au final n’est qu’un prétexte à un déroulement de scénettes oscillant entre l’effroi et l’humour noir.

Le concept de départ est chargé émotionnellement. Il est amené progressivement et de manière intrigante à travers une décision surréaliste de deux vieilles personnes à la routine bien huilée. Monsieur travaille encore et madame semble être femme au foyer. Et c’est donc par elle que l’histoire commence. Bah oui elle a le temps de cogiter. 

Pas d’éparpillement dès le début, Justin G. Dyck, le réalisateur canadien, curieusement habitué aux romances, nous met les pieds dans le plat d’entrée de jeu sans faire l’impasse de distiller de manière stratégique les informations que le spectateur attend avec impatience.

La première demi-heure nous laisse présager un huis clos mâtiné de fantastique plein de rebondissements. Mais Justin G. Dyck ne prend pas ce parti. Et le souci est justement qu’il ne creuse aucun parti pris. Le film se laisse regarder avec intérêt. Nul besoin ici, même pour les accros aux réseaux asociaux, de regarder cette production tout en jouant du pouce pour papoter avec les copains. Le film ne souffre pas du syndrome, malheureusement trop fréquent dans ce type de production, du ventre mou. Il manque simplement de cohérence dans ses choix narratifs. 

L’histoire se tient, la mise en scène est maîtrisée et la photo est léchée mais le bonhomme ne prend pas de risque. Le film offre un potentiel énorme, porté par un couple d’acteurs, Julian Richings et Sheila McCarthy, de qualité dont le réalisateur peine à exploiter les atouts. 

C’est donc avec une petite déception que l’on termine ce film assez court en cette période où Marvel nous découpe des saga par tranches de 3h, mais finalement trop long en l’absence de point de vue fort de narration. A voir tout de même pour ses acteurs, son ambiance de film qui fait peur et son humour diaboliquement saupoudré.


The Stylist de Jill Gevargizian

Maladroitement, je suis parti avec l’idée que ce film se passerait dans le monde de la mode mais que nenni. Stylist en anglais c’est aussi un/e coiffeur/se. Une fois cette mise au point effectuée, je me lance dans ce film non sans un certain scepticisme.

La trame globale est relativement classique. Dans une première séquence pré-écran titre, on nous présente le personnage de la coiffeuse dans son environnement de travail et la folie qui habite cette femme avec une scène sanglante qui annonce la couleur d’emblée. La tension monte crescendo et on vit la folie de ce personnage au plus près, comme en immersion avec elle. On est face à un personnage extrêmement perturbé en lutte avec ses démons dont on cerne assez rapidement les obsessions et comment le meurtre va y répondre. Cette tension vécue de l’intérieur crée un certain malaise chez le spectateur, une sorte d’empathie s’instaure et l’on souffre pour elle et avec elle. 

L’actrice Najarra Townsend, qui incarne le personnage principal, Claire la coiffeuse psychopathe, porte littéralement le film sur ses épaules. Sa prestation est parfaitement crédible et nous embarque. En regardant The Stylist, j’ai d’abord pensé à un Maniac revisité dans lequel le personnage de Joe Spinell scalpe ses victimes pour recréer sa mère abusive décédée plusieurs années auparavant. Mais de fil en aiguille, j’y vois plutôt un rapprochement avec un Norman Bates, toujours pour ce rapport à la mère décédée, à ce besoin d’incarner un autre, de fuire une certaine réalité mais aussi pour ce côté “bien sous tout rapport”, avenant et accessible. Claire est coiffeuse. C’est en quelque sorte Madame Tout-le-monde, la voisine, une collègue de travail, quelqu’un qu’on peut croiser et côtoyer tous les jours et même compter dans son cercle de connaissances…et en ce sens c’est assez effrayant.

Le film se termine en apothéose et plutôt qu’une fin attendue et prévisible, je dirais plutôt que c’est une fin espérée qui conclut parfaitement cette histoire morbide développée par la réalisatrice Jill Gevargizian. Dans le fond ou dans la forme, The Stylist ne révolutionne pas le genre mais nous tient en haleine de bout en bout.


Possessor de Brandon Cronenberg – GRAND PRIX ★

Tasya Vos travaille au sein d’une organisation secrète. Elle est capable de prendre possession du corps d’une personne grâce à une technologie basée sur des implants neurologiques et de la pousser à commettre des crimes pour le compte de clients fortunés. Mais tout déraille le jour où Tasya se retrouve prise au piège dans le corps d’un hôte ayant lui-aussi une appétence pour le meurtre et la violence…

Possessor est le second long métrage de Brandon Cronenberg, le fils du réalisateur à succès qu’on ne présente plus tant certaines de ses œuvres ont marqué le cinéma de genre (Scanners, Videodrome, La Mouche, Crash… pour ne citer que celles-ci). Le moins qu’on puisse dire c’est que notre réalisateur n’a pas pris le chemin le plus facile et il sera certainement attendu au tournant sans pour autant accentuer notre propos autour d’une comparaison des films de Cronenberg père et fils qui n’aurait pas grand intérêt. Tout de même, relevons que sur certains aspects père et fils se rapprochent (le goût prononcé pour ce qui a trait à l’Humain et la machine, aux expériences “interdites”, au trash/gore, à la sexualité…). Malgré les influences évidentes de la filmographie du père sur l’œuvre du fils, je ne pense pas que le réalisateur ait eu ici, pour ambition et objectif de surpasser son père. Cela aurait été peine perdue, on est bien d’accord. Il est vrai que le fiston aurait pu se démarquer franchement de son père en empruntant d’autres sentiers mais c’est son choix. J’ai donc pris le parti de prendre ce film pour ce qu’il est c’est-à-dire un film avec son univers, son histoire et une dimension qui lui est propre et personnelle. Même si certains auraient peut-être souhaité davantage de ponts entre les œuvres du père et celle du fils, la comparaison s’arrêtera là pour moi.

Assez logiquement, ce film a été présenté à l’Etrange Festival 2020 avant d’arriver à Gérardmer. 

Possessor, qui s’apparente à un thriller psychologique, nous balance quand même du lourd niveau scènes gores. Les meurtres sont d’une sauvagerie et d’une froideur bestiale ce qui tranche pas mal avec le style par ailleurs. Possessor n’épargne absolument personne (hommes, femmes, adolescents). Tous y passent. L’appétence du possédé pour la violence ne semble avoir aucune limite et notre chère Tasya va le découvrir à ses dépends. 

La tension psychologique s’installe assez rapidement pour ensuite se faufiler insidieusement à travers le rapport de domination et l’alternance qui s’opère progressivement entre “possesseur” et “possédé”. Ce combat atteint son apogée lorsque le possédé reprend le contrôle de sa vie et de ses actes avec dans le même temps une Tasya qui essaie par tous les moyens de revenir en supprimant son hôte et en reniant ses sentiments. Cette lutte acharnée des deux esprits habitant la même enveloppe charnelle est habilement menée par le réalisateur qui nous livre ici un thriller contenant tous les bons ingrédients du genre en allant un peu plus loin notamment dans le côté trash/gore ce qui n’est pas fait pour déplaire.

Niveau interprétation, rien à redire. Le casting est franchement bien pensé et le jeu des comédiens sonne juste. L’image est accompagnée d’une bande-son efficace qui contribue à faire monter la tension crescendo. Techniquement, le réalisateur a été à bonne école et c’est tant mieux. Visuellement, les techniques utilisées me paraissent bien maîtrisées dans le sens où elles servent à merveille le film et produisent l’effet escompté..

Au final, je dirais que le réalisateur, plutôt habitué des courts-métrages, s’en sort bien et réussit son second long. On pourra toujours trouver à redire mais je trouve qu’on a affaire ici à de la technique maîtrisée associée à une part de sensibilité qui fait mouche. En tous cas, pour moi, un essai plutôt prometteur qui laisse augurer de belles surprises à venir.

Compétition courts métrages

Aquariens d’Alice Barsby

Aquariens est une sorte de trip hallucinatoire sur une famille de 3 personnes se retrouvant pour Noël dans la maison familiale située au bord de la mer. A chaque marée montante, la maison se fait littéralement engloutir. Le fils rend visite à ses parents pour les fêtes et à première vue, il est le seul à avoir la tête sur les épaules. Il cherche d’abord à les sauver du danger qui guette mais les parents totalement amorphes et apathiques sont tels des mollusques ou des coquillages accrochés à leur rocher dont ils portent d’ailleurs physiquement les stigmates. On comprend vite que ce métrage peut nous emmener profondément dans les abysses du délire d’Alice Barsby, la réalisatrice. L’évolution narrative tient à cette montée des eaux et à la façon dont ce fils réagit aux événements comme il peut. Le son et l’image accompagnent explicitement cette évolution notamment avec l’ambiance lumineuse passant d’un blanc naturel au rouge de l’apocalypse puis au bleu de l’apaisement de ce monde du silence. Je ne suis pas certain des questions que ce métrage soulève mais je vois cela comme une vision métaphorique et poétique du danger qui se prépare avec la montée des eaux et de notre changement d’état de terrien à “aquarien”.


Canine d’Abel Danan

C’est risqué de faire un film sur les vampires. C’est un thème tellement vu et revu jusqu’à l’épuisement total qu’à moins d’avoir vraiment quelque chose à dire sur le sujet, parfois mieux vaut s’abstenir. Malheureusement, selon mon humble avis, Canine n’y échappe pas. Le synopsis promettait pourtant quelque chose d’intéressant : “Anna et sa mère Elena, deux vampires isolés du reste du monde, tentent de survivre à Paris en traquant des cybercriminels la nuit sur les réseaux sociaux. Mais, entre la maladie d’Elena, ses crises d’angoisses à répétition et les traques devenant de plus en plus dangereuses ; les tensions montent et les démons du passé refont surface. Anna, au bord de la folie, commence à sombrer.” Mais le résultat sonne creux et n’est pas à la hauteur de ses ambitions. Il y a trop de choses dans ce court métrage de 11 minutes. Le vampirisme, le conflit mère-fille, les névroses adolescentes, la maladie, les pédophiles et les cybercriminels, les agressions dans le métro… Même sur du long métrage, cela me semble compliqué de tout traiter de façon intelligente et cohérente. Il aurait peut-être fallu se concentrer sur une ou deux pistes et y aller à fond. La présence de l’actrice Melissa George n’y changera rien. Certaines séquences, notamment dans le métro, montrent que cela a été tourné pendant l’un des confinements alors un grand bravo à l’équipe d’avoir pu mener leur projet à son terme dans ces conditions.


Sous la mousse d’Ollivier Briand

Sous la mousse ne paie pas de mine a priori mais c’est un petit coup de cœur pour moi dans cette sélection de courts métrages pour le moment. Rien d’extravagant dans la mise en scène, la photographie ou la direction artistique. C’est “propre” mais visuellement assez passe-partout. Néanmoins, cela ne gâche en rien l’expérience et cela permet de rester concentré sur ce qui se déroule sous nos yeux. L’histoire démarre très simplement avec une nounou qui débarque un soir dans un appartement pour s’occuper d’un petit gars brillamment interprété par Lysandre Robic qui a, je trouve, quelques faux airs d’un Macaulay Culkin enfant par son physique et surtout la malice dans son regard. Le gosse est délaissé et livré à lui-même dans son bain moussant pendant que la demoiselle batifole dans le salon avec un petit copain dont la présence semble finalement assez anecdotique. Sous la mousse aborde un sujet qui touche certains d’entre nous dans l’équipe, à savoir les peurs enfantines, leur matérialisation et la façon dont cela peut être vécu à travers le regard d’un enfant. Ollivier Briand traite son sujet sans détour et sans chichi, il va au bout de son concept avec un dénouement totalement jouissif qui ravira les amateurs d’hémoglobine.


T’es morte Hélène de Michiel Blanchart – GRAND PRIX ★

Waouh..Quelle claque !! On ne joue plus du tout dans la même catégorie là. Pour resituer très rapidement, voilà le pitch de ce court-métrage de 25 minutes : “Maxime, jeune homme en quête de stabilité, vit en couple avec le fantôme de sa petite amie Hélène, décédée il y a peu. Souhaitant mettre fin à cette situation franchement invivable, Maxime se décide enfin à rompre avec elle. Hélène ne semble pas prête à accepter cette décision.T’es morte Hélène est un vrai bijou à tout point de vue. C’est formidablement écrit, c’est astucieux, précis, rien n’est laissé au hasard de la première à la dernière seconde. Même l’apparition de l’écran titre n’arrive pas à n’importe quel moment. Lorsque tout est pensé de cette façon… Bon Dieu que c’est bon. C’est super bien interprété par Théophile Mou et Lucile Vignoles qui jouent Maxime et Hélène. En 25 minutes, tout en gardant notre fil rouge, la narration évolue à travers trois genres différents, procurant 3 types d’émotions bien distinctes. La première partie est vraiment hilarante. Une pure comédie fantastique où cette relation amoureuse improbable entre un mec et sa fiancée fantôme donne lieu à des situations très cocasses. On enchaîne ensuite sur un pur film d’horreur bien flippant et on termine sur quelque chose de très touchant et même émouvant. C’est super bien cadré, dynamique et moderne dans la façon de filmer. La photographie et la direction artistique sont superbes sans parler des effets spéciaux et du maquillage digne des plus grosses productions. Nous suivrons de très près le travail de ce Michiel Blanchart. Bravo à toute l’équipe du film et merci !


La Nuit m’appelle d’Olivier Strauss

Ce court/moyen métrage de 30 minutes m’a fait l’effet d’un épisode de la Quatrième Dimension qui aurait été écrit par Boris Vian. C’est étrange et poétique. Cela raconte la relation entre Graziella, fraîchement embauchée comme domestique par une famille de nantis, et une créature vivant cachée dans la maison. Ce monstre est totalement mis à l’écart par sa famille qui ne veut plus en entendre parler et qui attend que la mort l’emporte. L’arrivée de Graziella va s’avérer providentielle pour l’un comme pour l’autre. Elle va lui faire partager ses virées nocturnes et surtout ses fantasmes sexuels, ce qui éveillera chez chacun des deux un désir bien enfoui et tissera entre les deux protagonistes les prémices d’une relation forte. On peut inscrire ce film dans la lignée de ce qui s’est fait sur le thème de la Belle et la Bête comme par exemple avec le récent La forme de l’eau de Guillermo Del Toro. Plus on avance dans la narration, plus on s’enfonce dans le bizarre. De l’hôtel particulier, où l’action principale se déroule, aux personnages secondaires on navigue dans l’étrange, comme au musée des bizarreries. La créature est une sorte de mélange entre le baron Harkonnen dans le Dune de Lynch et une créature du Bad Taste de Peter Jackson. On oublierait presque la monstruosité de cet être et ces derniers moments de bonheur partagés précéderont le passage pour la créature à un nouveau plan d’existence. Ce court-métrage est de bonne facture mais je regrette cependant la séquence finale qui vient un peu gâcher le dénouement de cette histoire.

Hors compétition

Les Animaux Anonymes de Baptiste Rouveure

D’après Baptiste Rouveure, “ce film est une expérience immersive et sensorielle qui questionne la place de l’animal dans notre société”.

J’ai d’abord pensé à une réinterprétation du roman La Ferme des animaux écrit par George Orwell en 1945 qui décrit une ferme dans laquelle les animaux se révoltent, prennent le pouvoir et chassent les hommes. Une fable animalière et une dystopie. Une autre référence, peut-être moins évidente, serait l’adaptation de La planète des singes de Franklin Schaffner d’après l’œuvre de Pierre Boulle : on y voit des singes humanoïdes traitant les humains comme du bétail. Des humains qui ne parlent pas, qui sont enchaînés, nus et qui finissent empaillés pour le plaisir et la curiosité des singes. On rajoute à cela une pincée d’Hostel d’Eli Roth pour le lieu sombre et glauque, les boxes, les mecs flippants avec des tabliers maculés de sang et la torture… Bref que de réjouissances pour ce moyen métrage français.

C’est assez étonnant parce que Les animaux anonymes reprend tous les codes du film de slashers, bien renforcé par le son et l’ambiance poisseuse qui y règnent. Les animaux humanoïdes sont-ils des psychopathes ? La plupart des séquences de ce film sont courantes dans notre société… et sans pour autant les cautionner, nous gardons la tête dans le sable et n’y prêtons pour ainsi dire pas vraiment attention. L’inversion des rôles a tendance à créer une empathie plus forte. Cela a le mérite de faire réfléchir sur certaines dérives de notre société concernant notre comportement envers les animaux. En imaginant ce film sans cette inversion des rôles, on pourrait tout à fait être face à une vidéo de l’association L214 qui lutte contre la maltraitance animale. Le film met cela en lumière.

Un élément, peut-être anecdotique, m’a interpellé par rapport à cela : c’est l’utilisation par l’équipe du film de tête d’animaux empaillés pour les costumes des animaux humanoïdes. J’ai trouvé cela paradoxal par rapport au message véhiculé par le film mais sans doute le but était de mettre en lumière cette énième déviance “ordinaire” des hommes envers les animaux qu’est la taxidermie évoquée dans les toutes premières secondes du film.

L’atmosphère brumeuse est terriblement angoissante et mystique, ce qui donne un côté irréel et cauchemardesque à cette fiction. C’est un film quasi muet dans le sens où les personnages ne parlent pas mais s’expriment pourtant beaucoup : grognements, cris, respirations, reniflements, pleurs… Il y a un gros travail sur le son, la musique et les effets sonores.

L’image est belle et les cadrages magnifiques. On vit et ressent tout ce qu’un animal traqué, chassé, captif et apeuré peut vivre et ressentir. Ce film prend aux tripes, même pour ceux qui ne se sentent pas concernés par le bien-être des animaux.

Pour conclure, je citerais Gandhi qui disait : “On reconnaît le degré de civilisation d’un peuple à la manière dont il traite ses animaux”.


Archive de Gavin Rothery

Dans une société futuriste où il est possible pour les vivants de communiquer avec leurs proches défunts durant un temps limité, un scientifique entreprend de créer, en secret, une réplique de sa chère et tendre, décédée brutalement dans un accident de voiture…

A la lecture de ce pitch, on ne peut s’empêcher de penser au célèbre Docteur F et à sa créature. Il paraît évident qu’Archive reprend la thématique désormais bien connue et largement exploitée du retour des morts à la vie ou plus précisément ici du mythe de Frankenstein. Toutefois, le film de Rothery s’en démarque aisément de part son univers futuriste (l’action se déroule en 2038, quelque part dans les montagnes au Japon). A quelques rares scènes près tournées en extérieur, le film est avant tout pensé en huis clos. Le décor, bien pensé et aussi bien planté et les protagonistes sont clairement identifiés. Le scientifique, Georges Almore, veuf et solitaire, est “confiné” dans un laboratoire, flanqué de deux prototypes robots inachevés qu’il a lui-même créés et qui s’apparentent à des enfants. La relation qui s’instaure entre le roboticien et ses créatures, s’apparente à un lien père-enfants qui pose, d’emblée, une dimension émotionnelle réussie à cette histoire. 

Le réalisateur manie et négocie habilement,  le glissement qui s’opère du robot vers l’Humain et inversement, de l’Humain vers le robot (le scientifique, obsédé par le désir de retrouver sa promise, en perd peu à peu ses repères émotionnels et humains alors même que ses robots, quant à eux, gagnent en Humanité).

Une autre initiative du réalisateur, peut-être plus mitigée, est le rebondissement final. Si la bascule semble fonctionner, de prime abord, créant un petit effet surprise et inattendu, on ne peut s’empêcher de le trouver un poil tiré par les cheveux. Un final plutôt abrupt qui n’est cependant pas dénué d’intérêt mais qui aurait, sans doute, pu s’opérer de manière plus fine et mieux pensée. Là, c’est quand même un peu lâché dans l’accélération du film en dernière partie comme c’est malheureusement souvent l’écueil.

Enfin, ce film d’anticipation ne faisant pas état de pandémie ni de virus, nous ne pouvons qu’espérer que le réalisateur ait vu juste dans sa vision d’un proche avenir!
Dans l’ensemble, Archive est un film de SF qui, sans créer la révolution du genre, peut être qualifié de réussi. Le spectateur ne s’ennuie pas, l’intrigue est suffisante pour faire tenir et le rythme ne souffre pas trop de lenteur ni d’accélération exagérée. Le tout est donc suffisamment bien dosé pour permettre au spectateur de passer un moment agréable.


The Dark and the Wicked de Brian Bertino

En voilà un sombre et beau film, sur ses 40 premières minutes. Pesant, étouffant et intrigant, The Dark and the wicked évite la trappe classique du film de démon avec son exorcisme de circonstance faisant baver, vomir et mettez ce que vous voulez comme action répugnante à la suite, sa victime possédée.

Brian Bertino, son réalisateur, trouve la juste note pour le développement de l’univers étrange dans lequel il plonge ses protagonistes. Il surfe avec retenue, élégance et maîtrise sur la vague du genre évitant les écueils éculés de l’empilement hystérique de jump scares contrefaits. Bien au contraire, le couple de frère et sœur qu’il nous présente, s’enfonce lentement et malgré lui dans une prison psychologique terrifiante, contraint au fil de la semaine qui s’écoule d’accompagner leur père souffrant dans la mort.

Et c’est autour de ce deuil à venir que tourne l’heure et demie de cette histoire. Tout se déroule à travers les yeux de nos personnages. On en sait ni plus ni moins qu’eux et c’est malheureusement sur leur ignorance et leur incompréhension que le spectateur termine le métrage qui nous laisse le ventre un peu vide.

Ce sentiment de manque est d’autant plus frustrant que la première moitié de cette histoire qui fait l’impasse, et c’est tout à son honneur, de tout humour, semble promettre un climax et une révélation de folie furieuse. Quid du lourd secret familial attendu, celui qui va ouvrir une brèche pour les jeux sadiques du malin. Que dalle. Ce n’est pas le choix de Brian Bertino également à l’origine du script.

Pourquoi pas, mais dans ce cas, il aurait dû resserrer son sujet pour en montrer toute la profondeur, la douleur et la psychologie. Hors, on reste trop loin des personnages pour que son parti pris soit clair.

En conclusion, l’univers dans lequel le réalisateur excelle est finalement plombé par un scénario trop paresseux pour nous emporter avec ses personnages. Le prochain sera peut être le bon.


The Mortuary Collection de Ryan Spindell

Quelle excellente surprise, avant même de lancer cette petite bobine, que de découvrir là une anthologie comme on en voit presque plus depuis quelques décennies. Amateur du format, j’espérais non sans appréhension revivre quelques bons souvenirs de ce type de productions passées.

Et là, dès les premières images, je comprends qu’on y est. Image colorée, musique grandiloquente, ambiance gentiment angoissante. Quelques minutes plus tard, je suis sur le cul. Un enfant s’approche d’une étrange bâtisse victorienne et nous dévoile un imposant vieil homme au regard sombre répondant au doux nom de Montgomery Dark. Et devinez quoi ? Il est joué par Clancy Brown, le flippant méchant de Highlander premier du nom. Et c’est ce croque-mort, féru d’histoires de ces clients sans souffle, qui va nous faire la visite durant près de 2h. Et croyez moi, là, vous ne voyez pas le temps passé.

Intelligemment amenées, 3 histoires et demi vont composées cet hommage aux prod des années 80-90. D’ailleurs, ce n’est sûrement pas hasardeux si notre croque-mort nous rappelle curieusement un certain Tall Man de la franchise Phantasm. 

Les festivités sont lancées assez rapidement une fois le contexte posé, lorsqu’une jeune blonde répond à une annonce de job dans cette baraque à cadavre. Curieuse d’en savoir plus sur les habitants du lieu, elle réclame au vieux bougre de lui raconter de sa voix caverneuse une première petite histoire qui va donner le ton général du film : des personnages haut en couleur, des dialogues efficaces, des fx vieille école, de la couleur et du gore assumé mais toujours amené au moment opportun.

Après cette mise en bouche qui ne satisfait pas la demoiselle, Dark entre dans le dur et nous narre avec un plaisir pervers les trois histoires principales. Au fil d’une visite guidée de la maison, chacune d’elle se dévoile à une étape clé du parcours jusqu’à nous amener, spectateurs et personnages, au sous sol sombre dans lequel nous sera révélé le retournement que l’on devine secrètement.

Sans entrer dans le détail de chacun des courts au risque de spoiler les intéressés, je ne peux que vous conseiller cette production qui nous fait revivre de bons moment d’époque dont le réalisateur, Ryan Spindell, visiblement biberonné aux vieilles  bobines de genre rend un hommage sincère et intelligent.

Comme dirait l’autre, tout est bon dans le cochon. Et bien là c’est pareil. Chaque scène a sa place. Chaque mot offre son lot de plaisir immédiat ou différé. Le jeu outrancier des acteurs n’est pas sans rappeler celui de Braindead, toujours teinté d’humour et d’énergie. Spindell trouve l’équilibre parfait entre la copie hommage des anthologies ciné et la prise de recul par rapport aux règles établies de ce format particulier jouant de ces codes pour mieux nous scotcher sur notre assise.

Le film ne renouvelle pas le genre, ce n’est pas son but mais le dépoussière avec minutie et coeur en y apportant son petit lustrage bien à lui. Voilà de quoi raviver une belle flamme dans le milieu de la production horrifique actuelle.


Cette édition n’était pas comme les autres et aucune édition en ligne ne pourra jamais égaler l’expérience du festival physique. Ceci étant dit, ce fût un réel plaisir de pouvoir en profiter depuis notre canapé et il serait intéressant de renouveler l’opération pour les prochaines éditions comme complément et substitut pour ceux et celles qui n’ont pas la possibilité d’aller sur place à Gérardmer. Malgré ce contexte sanitaire, les organisateurs du festival ont fait un super boulot, merci à eux. Et merci surtout à toutes les équipes de films qui ont produit des films d’une belle richesse et qui comblent les amateurs de cinéma de genre que nous sommes. A l’année prochaine !

LA SECTE

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