Fonzi : Moi qui pensais venir voir une sorte de drame social tournant à l’horreur, je suis plutôt content d’avoir finalement assisté à ce que je qualifierai de comédie horrifique et j’ai passé un excellent moment. On est vraiment surpris par la tournure que prennent les événements à un moment donné. Rien ne laisse présager du virage que prend le scénario même si on se rend compte ensuite que tout ce qui précède dans l’action et les répliques n’a servi qu’à préparer ce moment. Qu’en penses-tu ?

Valg : Oui le scénario et le concept sont vraiment sympas. Alors quand tu parles de comédie horrifique, on pourrait croire à une comédie potache grand guignolesque alors que c’est autrement mieux dosé. C’est presque fin pour un film américain de ce genre. Et effectivement c’est vraiment marrant de comprendre certaines scènes au regard de la dernière partie qu’on ne peut pas spoiler. Pour autant ces fameuses scènes qu’on ne comprend pas participent aussi de l’ambiance générale du film qui est très intrigant jusqu’à sa dernière demi heure. Y a une mise en scène et des personnages haut en couleur qui donne ce ton particulier à l’histoire et donne envie d’en savoir plus. Et ce concept de base de racisme anti afro-américain est super bien exploité. On évite vraiment les poncifs tout en jouant intelligemment des clichés sans que ce soit chiant au contraire.

Fonzi : Complètement. Le point fort de ce film pour moi c’est l’écriture. Rien n’est gratuit et tout se justifie. De cette scène d’ouverture qui nous montre un acte clairement raciste pour mieux nous induire en erreur à l’enchaînement des événements faisant grimper la tension crescendo jusqu’à cette séquence de massacre totalement jouissive. Je spoile un peu là ? Mais n’ayons pas peur des mots bordel ! Se faire empaler par une tête de cerf empaillée, vu le contexte c’est beau, c’est poétique. Bref… comme tu dis le dosage est excellent. L’humour arrive notamment par le pote du gars, un rôle secondaire et extérieur à la situation mais qui permet d’apporter un soupçon de légèreté de manière cohérente. L’humour au sein de l’action principale n’aurait pas eu lieu d’être. Ensuite il y a le virage scénaristique et la violence qui sont indirectement drôles par ce côté surréaliste et outrancier. Si on cherche à se faire peur, ce n’est pas le film qu’il faut aller voir pour moi. Même si mon voisin de siège sursautait à la moindre occasion… J’ai dû d’ailleurs lui mettre un coup de coude dans l’oeil pour l’empêcher de se blottir contre moi.

Valg : Ah le spoil. Au moins tu feras gagner un peu de temps aux spectateurs pressés.qui zapperont  cette petite séquence. Plus sérieusement, on est sur du film commercial bien ficelé. Il faut rappeler que derrière ce film se trouve la machine ultra efficace Blumhouse Productions (Paranormal Activity, American Nightmare), la boite de prod spécialiste des budgets raisonnables, acteurs souvent peu connus et surtout qui mise sur ce qu’on appelle les High-Concept à savoir une idée d’histoire pas forcément profonde mais qui va mettre sur le cul les gars qui lâchent les sous. Et dans Get Out on y est en plein. Alors beaucoup de personnes autour ont vanté le côté intelligent (entendons presque militants) du film. J’ai trouvé le film très malin non pas par un militantisme dégoulinant mais au contraire par le fait de jouer de façon super drôles des clichés racistes / anti racistes pour en faire un/des concepts de narrations efficaces. D’ailleurs, le héros explique dans une séquence de contrôle faussement engagée (je n’en dirai pas plus) avec un flic blanc qu’il a l’habitude de ce genre d’intervention et qu’il en a un peu rien à foutre finalement.

Fonzi : Les films militants c’est souvent démago et manichéen ouais. Les méchants blancs contre les gentils noirs ou inversement. Ici c’est un peu plus compliqué que ça, malgré l’avalanche de clichés racistes comme tu l’as souligné. Et sans parler réellement de subtilité on a quand même affaire à quelque chose de plus nuancé et de plus surprenant finalement. Hormis cet aspect social, ce film, sur le développement de son histoire, m’a fait penser au film Invitation pour l’Enfer de Wes craven dont nous avions parlé il y a quelques temps ou encore L’invasion des profanateurs pour le côté persécution et seul contre tous qui crée automatiquement une forte empathie pour le personnage central ici incarné par Daniel Kaluuya. J’ai trouvé d’ailleurs son interprétation très juste, notamment de par ses expressions faciales très éloquentes. Pour terminer je dirais que ce long métrage réalisé par Jordan Peele (tout de même humoriste à la base, il faut le préciser) est un excellent premier film. Pas un chef d’oeuvre pour autant, mais il est rempli de qualités et donne envie de continuer à suivre ce gars pour voir ce qu’il a dans le ventre. Littéralement.

Valg : Ah mais oui L’invasion des profanateurs, la référence est évidente et on y retrouve d’ailleurs la même ambiance lié à une attitude vraiment bizarre des personnages qui ne sont plus eux même. Et la transposition dans un contexte contemporain est réussie. J’ai du mal à croire que le gars n’ait jamais fait de film de genre avant tant les codes sont maîtrisés. Chapeau bas à Jordan Peele qui signe un film intelligent sur les plans narratif et conceptuel et qui nous fait passer un super moment de cinéma qui jetterait presque des pistes de renouvellement du genre. A suivre !

 

LA SECTE