Bande-annonce de Grave :

Bande-annonce de Clown :

Valg : Aujourd’hui un fight qui peut sembler improbable tant les univers semblent aussi éloignés que la nourriture d’une mouche et d’une abeille. Et pourtant en les visionnant coup sur coup on les rapproche assez vite. Plusieurs thématiques se recoupent totalement dont celles des pulsions, de la transformation, on y reviendra. Les premières questions qui me viennent sont comment ces thèmes sont traités et lequel de ces deux films contemporains les traduit le mieux ?

Darko : Il est vrai que je ne m’attendais pas vraiment à livrer un fight de ces deux films avant de les avoir visionnés. Ils se distinguent quand même pas mal au premier abord. Grave, qui rappelons-le, a raflé pas mal de prix dont le Grand prix et le prix de la Critique au Festival Gérardmer 2017, se veut un film réaliste avec une dimension sociale bien présente au travers d’une banale histoire de bizutage. Clown, au contraire, semble d’emblée plus éloigné du réel et affiche rapidement une nette dimension fantastique à travers une certaine mythologie du clown qui n’est pas sans rappeler certains films exploitant le mythe des sorcières ou celui de la possession démoniaque.

Grave vs Clown

Valg : Oui les traitements et les objectifs sont radicalement différents. D’un côté on a un film presque d’auteur, français, et de l’autre, un popcorn movie bien sympathique et léger malgré une liberté de ton qui n’est pas habituelle. C’est là que cela devient intéressant de les mettre en perspective et de voir comment des thématiques similaires peuvent être cuisinées.

Fonzi : Banale histoire de bizutage c’est vrai, bien que le bizutage pour moi ne soit pas quelque chose de banal. J’ai d’ailleurs pensé que cela prendrait plus d’importance dans l’histoire comme une vengeance après avoir été violentée lors de ce fameux bizutage.

Grave vs Clown

Valg : On pense d’emblée à Carrie de Brian de Palma à ce moment là.

Fonzi : Mais ce n’est effectivement qu’un prétexte pour pousser le personnage principal à aller à l’encontre de ses principes, ce qui passera sa personnalité et son moi-profond au révélateur. On est tout de suite dans une situation et un contexte qui met extrêmement mal à l’aise et qui donne d’emblée beaucoup de profondeur au récit.

Valg : J’ai aussi perçu cette histoire de bizutage comme une fausse piste, un lancement un peu raté au sein de l’histoire et de son concept coeur qui n’a rien à voir alors que Clown tourne autour d’un mythe clownesque cohérent qui démarre dès le premier plan, mythe qu’on ne lâchera à aucun moment. On gagne en efficacité et en unité narrative dans la production américaine. Il faut dire que c’est leur spécialité. Mais c’est vrai que la force du démarrage un peu lent de Grave a le gros mérite de donner le ton du film. Il n’apporte pas vraiment à l’histoire mais la lance et pose les bases de ce que le spectateur va ressentir tout au long du métrage.

Grave vs Clown

Darko : Et comme tu l’as dit Valg, ces deux films tendent malgré tout et curieusement à se rapprocher à travers certaines thématiques que l’on peut déceler dans l’un et l’autre.
Celle de la transformation bien entendu constitue le fil conducteur dans les deux films mais le traitement apparaît très différent. Dans Grave, l’intensité va crescendo et le spectateur assiste à une métamorphose dérangeante à souhait mais sans réellement pouvoir la rattacher à quelque chose de bien précis d’autant plus qu’elle n’est pas physique. Il en ressort une impression de bizarrerie presque gênante. Dans Clown, la transformation de l’homme en clown dans sa dimension démoniaque est bien amenée mais plutôt attendue. Cela rappelle un peu des classiques comme la Mouche de David CRONENBERG ou dans un autre genre mais moins classique, le film Tusk ou l’improbable métamorphose d’un homme en morse!

Fonzi : Comme tu dis, l’intensité dans Grave va crescendo et la réalisatrice nous fait explorer toute une succession de perversions et de tabous qui nous questionne sur ce qui nous attend et j’ai trouvé le dénouement vraiment inattendu et pertinent. Clown, à l’inverse de Grave,  part de la fête d’anniversaire du gamin qui se passe d’ailleurs très bien. Le mec est bien dans son couple, dans sa famille, dans son job… rien de malaisant, au contraire. C’est la malchance qui va l’amener à se transformer. Alors que dans Grave, elle porte le mal en elle, dans ses gènes. Le réalisme de Grave contraste totalement avec Clown qui est un film fantastique limite burlesque par moment. Je me suis même marrer alors qu’avec Grave t’as plutôt la boule au ventre.

Grave vs Clown

Valg : Je n’y avais pas pensé avant ta remarque mais c’est drôle de constater que cette approche de mal qui vient de l’intérieur est également typiquement français. Dans le cinéma américain l’antagoniste, l’obstacle vient généralement de l’extérieur pour emmerder le héros. Là la jeune fille serait est à la fois l’héroïne et le méchant de l’histoire. Grave met à mal l’approche scénaristique à laquelle on est habituée tout en évitant le travers de l’introspection chiant et stérile.

Fonzi : Grave est bien construit, chaque séquence se justifie et apporte de la fluidité à la narration. Dans Clown je te rejoins totalement, tout est assez attendu et prévisible. Du moment où il commence à se transformer c’est très linéaire et sans surprise.

Darko : Grave accentue aussi davantage la pression psychologique en poussant le spectateur dans ses retranchements alors que Clown offre un spectacle plutôt visuel qui est loin d’être désagréable. Mais dans un fight, il faut un gagnant et sur cette thématique, j’irai vers Grave pour le style personnel et dérangeant dont l’effet est vraiment réussi.

Grave vs Clown

Valg : Clown joue plus la carte du grand guignol. Ceci dit sans être aussi dérangeant que Grave, il ose lever le tabou de l’enfant qui se fait trucider sans complexe. J’ai même vu en début de film un rapprochement beaucoup plus sombre avec son adversaire français dans une séquence où l’on voit le pauvre clown tenter de contenir une pulsion grandissante qu’on pourrait rapprocher à ce qu’on imaginerait être celle d’un pédophile, en tentant de tenir à distance en vain une de ses premières victimes. A travers cette notion de pulsion qui finit par avoir le dessus, ce film flirte de très près avec Grave.

Darko : Oui, tout à fait d’accord avec toi Valg sur le tabou du meurtre d’enfants qui vole en éclat dans Clown où le réalisateur paraît prendre un malin plaisir à martyriser des enfants jusqu’à les massacrer. C’est tout de même assez rare les films où de telles scènes sont montrées. Ce tabou est le plus souvent respecté par la grande majorité des films de genre. En ce sens, Clown parvient à se distinguer quelque peu de ses prédécesseurs qui n’ont pas osé aller aussi loin.

Grave vs Clown

Fonzi : Je n’avais pas vu la pulsion du clown comme proche de celle d’un pédophile mais c’est tout à fait ça, c’est très bien vu et totalement cohérent dans notre comparatif. Malgré tout, comme l’a souligné Darko il faut désigner un vainqueur et pour moi, même si j’ai passé un bon moment devant Clown, ce sera Grave et de très loin ! Et je suis ravi de voir que les français sont encore capables de sortir de telles productions !

Valg : Je m’aligne sur votre avis. Clown est un bon film avec des idées sympas et un rythme plutôt bien soutenu mais Grave est clairement un bon cran au dessus avec une narration au petits oignons et une ambiance pesante du début à la fin. Sans parler du final que je ne spoilerai pas et qui enfonce le clou.

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