Synopsis

Dans les années 30, peu de temps avant la guerre civile espagnole, un groupe d’enfants atteints d’une maladie rare qui les rend totalement insensibles à la douleur sont internés et étudiés dans un hôpital perdu dans les montagnes pyrénéennes. Parallèlement à cela et cette fois-ci de nos jours, David Martel apprend qu’il est atteint d’un cancer et que seuls ses parents biologiques pourront lui apporter une greffe nécessaire à sa survie. Sa quête va l’obliger à remuer un tas de choses qui ne sentent pas très bon de son histoire personnelle et plus globalement de l’histoire de son pays…

La critique

Alors, on a des gosses un peu hors normes avec certaines capacités (en l’occurrence ceux-là ont la capacité de se faire brûler vif en rigolant…), un contexte de guerre civile, l’Espagne, un endroit lugubre en pleine forêt… Et non ce n’est pas le nouveau film de Guillermo Del Toro même si tous ces éléments portent à le croire. Le fait est qu’en Espagne depuis quelques années, il y a une nouvelle vague de réalisateurs de films fantastiques et Medina en fait biensûr partie (il est français à 50% ! ouais cocorico..). Beaucoup des films de cette nouvelle génération vont puiser dans l’histoire très douloureuse de leur pays. Ceci afin d’ancrer leurs scénarii dans le réel tout en y mêlant le fantastique et l’imaginaire. Insensibles ne déroge pas à la règle et nous raconte par un habile jeu de flashbacks l’histoire d’un homme et à travers lui et sa quête d’identité, l’histoire d’un pays et ses lourds secrets.

Ce film contient un peu de “fantastique” certes mais c’est avant tout un drame où les émotions sont très présentes. En effet l’insensibilité de ces enfants n’a rien de magique ou de fantastique. C’est malheureusement une maladie bien réelle qui rend ces personnes très dangereuses pour elles même mais également pour leur entourage, n’ayant aucune notion de souffrance. Le “fantastique” repose sur un seul personnage, un des enfants qui peut être vu comme une incarnation et une personnification même de la douleur, un bourreau. Un peu comme “La Crampe” dans Pulp Fiction, le latex et les boules de geisha en moins, des scarifications mystiques en plus.

Insensibles de Juan Carlos Medina (2012) - Critique

On a donc d’un côté “La Crampe” depuis les années 30, en passant par la 2e guerre mondiale jusqu’à la guerre civile espagnole. Dernier rescapé de ce groupe d’enfants et de cet hôpital où ils ont fait l’objet de diverses expériences menées par le Dr. Holzmann lui même victime et persécuté par les nazis en tant que juif. Son empathie pour ce groupe d’enfants est justifiée par sa situation personnelle. La caractérisation de ce rôle est légèrement caricaturale et finalement assez anecdotique. L’hôpital, bien que dissimulé dans les montagnes pyrénéennes ne passera pas au travers des événements qui vont secouer l’Espagne et qui vont contribuer à transformer notre petit bonhomme pour engendrer le monstre privé d’inhumanité qu’il deviendra. Seul l’amour pourra le sauver… vraiment cliché mais bon, c’est peut être moi qui deviens “insensible”.

Insensibles de Juan Carlos Medina (2012) - Critique

De l’autre côté, 80 ans plus tard, David Martel, brillant chirurgien à qui tout réussi jusqu’à un terrible accident dans lequel il perdra sa femme enceinte. Il apprendra par la même occasion qu’il est à un stade très avancé de cancer ce qui va l’obliger à fouiller son passé à la recherche de ses origines. Question de vie ou de mort. 2 histoires parallèles sans lien apparent qui se rejoindront au bout du compte… l’intrigue met un peu de temps à démarrer mais le tout est amené plutôt subtilement.

Insensibles de Juan Carlos Medina (2012) - Critique

Techniquement irréprochable, ce premier film d’une grande maturité est esthétiquement beau, le cadrage maîtrisé et la musique très bien calibrée. Les acteurs sont à leur place et l’on y croit. Aucune fioriture dans leur jeu. De nombreuses images marquantes mais pas de scène d’horreur gratuite, et une utilisation du hors-champ toujours très réfléchie.

Parmi les thèmes abordés par ce film, notons la filiation, le rapport père/fils, l’hérédité et la transmission d’un patrimoine. Comment vivre avec le poids du passé ? Mieux vaut-il vivre dans l’ignorance et laisser les fantômes du passé enterrés 6 pieds sous terre ?

Quoiqu’il en soit, Medina frappe très fort pour ce premier long métrage malgré quelques détails certainement perfectibles et sera à n’en pas douter une des valeurs sûres du cinéma fantastique espagnol de ces prochaines années. Affaire à suivre.

FONZI