Fonzi : La salle n’a vraiment pas été emballée par la projection de ce film qui semble peiner à trouver son public. J’ai l’impression que les gens s’attendent à autre chose que ce qui est proposé. L’affiche nous vend le truc avec un racoleur « Un chef d’oeuvre de l’horreur » qui peut semer la confusion chez le spectateur lambda. Pour ma part j’ai vraiment apprécié ce film qui a le mérite de nous montrer quelque chose qui sort des sentiers battus de l’horreur même si on est plus sur du thriller psychologique que de l’horreur à proprement parler finalement. Et vous les gars , vous avez aimé ?

on est plus sur du thriller psychologique que de l’horreur à proprement parler

Valg : “Chef d’oeuvre de l’horreur” ne veut pas dire la même chose pour tout le monde. Moi j’ai bien aimé. L’horreur telle qu’on se l’imagine habituellement au cinéma est présente dans le film mais différemment de ce qu’on a l’habitude de voir. L’horreur est, comme tu disais, plus psychologique. L’auteur part de la culture du survival horror maîtrisée du spectateur en suggérant des menaces qu’on s’imagine assez facilement sans jamais les montrer. Et ça fonctionne. Après il faut s’accrocher parce que justement on peut s’attendre à voir des choses qui n’arriveront jamais. Le principe d’horizon d’attente du spectateur est là exploité au maximum de son potentiel.

Darko : Alors moi, j’ai un avis plus mitigé sur ce film assez surprenant par son angle d’attaque pour une thématique déjà maintes fois explorée. De ce point de vue, on doit au moins lui reconnaître une part d’originalité. Seulement, j’ai l’impression qu’il prend un peu trop le contre-pied de ce qui est attendu par le spectateur. Résultat : beaucoup de personnes qui ont semblé très déçues à la fin de la séance. C’est un peu l’écueil que n’évite pas le réalisateur certes couillu.

Valg : Sans vouloir faire trop de polémique, je pense que le public présent lors de cette séance ne s’est pas beaucoup renseigné sur ce qu’il allait voir et pensait se faire un énième Saw ou un épisode format long de The Walking Dead. Le fait que le public n’ait pas accroché ici ne prouve en rien que le film manque son coup.

il prend un peu trop le contre-pied de ce qui est attendu par le spectateur

Darko : Le film se situe vraiment à la marge du genre horrifique tant la dimension psychologique prend le pas sur le visuel. D’ailleurs, on ne voit pas grand chose de ce qui est largement suggéré tout au long du film.

Fonzi : Des choses on nous en montre au contraire je trouve mais elles sont toutes liées intrinsèquement à la peur que les personnages ont du monde extérieur et non à quelque chose de réellement tangible. Ce contexte extérieur met nos personnages dans un état de psychose absolue et par conséquent tous leurs actes en découlent. Ce qui crée cette atmosphère parfaitement anxiogène.

Valg : Il parle de ce qu’on peut voir dans un film de zombie. De la chair, de la barbaque comme on aime. C’est vrai qu’on aurait peut-être aimé en voir plus. Le soucis c’est que dans l’histoire on ne sait pas ce qu’il y a vraiment tout comme les protagonistes.

Darko : Oui, c’est tout à fait ça. Pour moi, ça ne va pas assez loin et la dimension psychologique finit par stagner au bout d’un certain temps puisque qu’on ne nous montre rien de plus.  D’ailleurs, ce film qui n’est pourtant pas très long m’a paru long mais sans doute par manque du dynamisme attendu. Mais c’est là peut-être mon côté métalleux un peu bourrin 🙂 Bon, je n’ai pas détesté car l’ensemble reste tout de même bien maîtrisé et ficelé quoiqu’un peu simple du point de vue narratif. L’accent est mis sur les interactions et la tension qui monte entre les différents protagonistes de l’histoire. Dans cette perspective, le scénario apparaît presque secondaire. L’histoire est ultra minimaliste mais permet en même temps de bien creuser autour de la psychologie des personnages.

Être capable de tenir un huis clos avec autant de tension c’est ça l’écriture de scénario, la maîtrise d’une narration.

Valg : Pour rebondir sur le scénario minimaliste, c’est justement la force de ce film. Être capable de tenir un huis clos avec autant de tension c’est ça l’écriture de scénario, la maîtrise d’une narration. En plus c’est un film qui fait réfléchir parce qu’il ne montre pas d’emblée. Notamment, d’un point de vue scénaristique le lien entre ce qui est montré via les cauchemars du jeune Travis et l’évolution invisible du mal dans la maison est bien ficelé. Et on le comprend après coup. De ce fait, Trey Edward Shults évite ce qui fait malheureusement souvent la faiblesse des films de genre qui est que aussitôt vu, aussitôt oublié même quand on s’est pissé dessus. En un lavage c’est fini.

Fonzi : Jolie métaphore Valg ! En parlant de contre-pied, quand la plupart des films d’aujourd’hui tendent à insérer quelques notes d’humour parfois mal venues, ici on n’a pas du tout envie de rigoler ! On est dans le même état de détresse que les personnages. Mais a-t-on peur pour autant, est-ce qu’on laisse une trace dans le calbut ? Pas vraiment.

Darko : Je suis d’accord. On n’a pas envie de rigoler c’est vrai mais pour autant on ne se chie pas dessus non plus et loin de là en ce qui me concerne. Franchement, parler de “chef d’oeuvre de l’horreur” est ici largement exagéré pour ne pas dire inadapté de mon point de vue. Il s’agit avant tout d’un bon thriller psychologique. Après, il est vrai qu’on peut toujours polémiquer sur la notion de peur et d’horreur dans toutes ses dimensions y compris psychologique ce qui permet au passage de faire rentrer des films à la marge du genre comme celui-ci dans la catégorie de genre.

Valg : Ce manque d’humour est d’autant plus surprenant qu’il s’agit là d’un film américain et que dans les canons scénaristiques des prods américaines il faut mettre un brin d’humour souvent malvenu et lourd comme tu dis.

Fonzi : Autre chose qui me fait penser que le réalisateur navigue à contre courant, c’est qu’il n’use jamais de “jump scare”, l’effet un peu facile que l’on retrouve maintenant systématiquement dans les films d’horreur et qui peut compenser une éventuelle faiblesse scénaristique…

Bref, moi j’ai envie de voir ce film comme une sorte de film concept illustrant le sentiment de peur. D’une façon générale, au départ la peur se manifeste sur des bases intangibles ancrées dans notre subconscient. Pour moi le film est fait sur ce principe et réunit un certain nombre d’éléments allant dans ce sens : une maladie (plus ou moins imaginaire), des intrus (qui n’en sont pas vraiment), une maison isolée perdue au milieu des bois, un unique accès à la maison qui se trouve être une porte au bout d’un long couloir sombre au sous-sol d’où proviennent nombre de bruits inquiétants et bien sûr l’essentiel de l’action se déroulant la nuit. Manque plus qu’un clown et on est bon.

Valg : C’est peut-être ce que Darko reproche à ce film justement. Et c’est vrai qu’on peut se poser la question de savoir si on ne pouvait pas voir quelque chose de plus concret en fin de film. Le soucis c’est qu’il ne s’agit pas vraiment du propos de l’histoire puisqu’on suit l’évolution d’un virus, plus largement d’un mal au sein d’une famille barricadée. Mais peut-être que ce mal aurait pu effectivement être plus explicite pour avoir un final bien giclant.

Fonzi : L’avantage de ce choix est que le moindre bruit de craquement ou de vent te fait psychoter comme un dingue alors que c’est sûrement juste un écureuil en train de pratiquer le coït avec Madame. Je ne sais pas si vous avez déjà fait du bivouac dans une forêt mais c’est flippant !! Du coup ça m’a fait penser au Projet Blair Witch où tout est également suggéré et où l’on voit également des personnages partir en vrille.


Valg : Il faudrait faire un article sur les coïts d’écureuil dans le Projet Blair Witch. Tout le monde est passé à côté je pense.

Fonzi : Fous toi de ma gueule !! Ce que je veux dire c’est que la peur nous fait imaginer toutes sortes de choses et peut rendre complètement dingue. Et c’est clairement ce qu’on voit dans ce film. C’est encore plus flagrant avec le fiston dont les cauchemars sont d’ailleurs les seuls moments « fantastiques » du film. Il est plus influençable de par son âge et par les histoires racontées par son père mais finalement c’est lui qui par ses peurs va influencer les actes de ses parents. Tout est fait pour qu’on ait l’impression de vivre l’action à travers les yeux du fils jusqu’au point où l’on assiste à un rêve imbriqué dans son rêve qui fait que l’on ne sait plus ensuite si l’on est de retour dans la réalité ou dans un autre cauchemar du fiston. Le réalisateur tente de nous embrouiller et j’ai trouvé ça plutôt bien vu.

Darko : Mouais en gros je dirais que c’est un film à visionner en ayant en amont une vague idée de ce que l’on va découvrir. Autrement, surprise, perplexité et finalement déception pour certains, seront au rendez-vous en bout de course. A mon avis, avec ce genre de film, ça passe ou ça casse selon les attentes et sensibilités du spectateur.

Valg : En tout cas, au vu de nos échanges c’est un film qui ne laisse pas indifférent.

 

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