Cela faisait longtemps qu’on voulait faire quelques interviews écrites sur le blog et voilà qu’on tombe il y a quelques temps sur le dernier clip du groupe Ultra Vomit qui nous a titillé la rétine à tel point qu’on s’est dit : si on entretenait le gars aux commandes ce serait une bonne première.
C’est chose faite et on remercie infiniment Nicolas Leroy d’avoir donné un peu de son temps et de sa plume pour répondre à nos questions. Découvrez le clip et l’interview de ce talentueux réalisateur.

Pourrais tu nous parler en quelques mots du parcours qui t’a amené à la réalisation de films d’animations ?

Nicolas Leroy : J’ai toujours voulu dessiner, mais je n’avais aucune idée au départ de quel métier faire exactement.
Après une année de projet varié en prépa Arts plastiques j’ai fini par me diriger vers le “storytelling” (Illustration BD, animation…) en école et finalement l’animation par curiosité puis par véritable amour !

As tu un penchant particulier pour l’univers horrifique ou t’essayes tu à différents types d’univers ?

Nicolas Leroy : J’aime surtout explorer les différents styles graphiques ! Il y a des styles pour moi plus simple que d’autres (et celui la était assez intuitif) mais je ne veux pas être étiqueté trop vite dans un style ou genre. Pour le moment, l’expérimentation est plus important.

Pourrais tu nous présenter ton process de travail notamment pour la réalisation du clip Le Train Fantôme pour le groupe Ultra Vomit ? Sur quels outils tu travailles ? Combien de temps a duré la production ? Qu’est-ce qui t’a poussé à utiliser cette technique d’animation et pas une autre ?

Nicolas Leroy : Pour le train fantôme, (mais c’est pareil pour tous les projets), je commence par rassembler toutes les idées du groupe, au départ il n’y a pas de fausses pistes. Ensuite ensemble ou de mon côté j’essaie d’en faire une histoire cohérente ou du moins un déroulé d’évenement qui a du sens (scènes abstraites comme dans Orgesticulanismus par exemple). Après plusieurs aller-retours avec le groupe je dessine le storyboard, j’en fais une animatique (un petit clip au brouillon sans animation) pour faire valider les plans, le rythme etc. En parallèle je commence à dessiner les personnages s’il y en a. Quand tout ça est validé on passe à la production à proprement parler. Je fais les décors un à un, les animations plans par plans, tout en restant en lien avec le groupe. Viens la post-production où je récupère les décors et les animations pour les mettre ensemble définitivement en ajoutant quelques lumières, fumées, ombres, et autres effets. Pour les outils j’essaie de me tenir au courant des nouveautés, sur le train fantôme j’ai utilisé la suite Adobe mais ce n’est plus un incontournable. J’utilise Spine pour l’animations des personnages ou bien Krita que je viens de tester récemment pour les décors. La production du Train Fantôme a duré environ 6mois. Pour l’animation c’est un mélange cut-out une technique d’animation très rapide (personnage découpé en marionnette) et animation numérique classique pour avoir une liberté d’animation plus grande que du 100% cut-out.

Quelles ont été les plus grosses difficultés ou doutes rencontrés durant cette production ?

Nicolas Leroy : J’ai eu pas mal de doutes. Des problèmes durant mes premiers tests, les zooms dans les décors pixelisaient trop les contours érodés, l’animation en 12img/sec et les mouvements de caméra donnaient des sacades vomitives. Mais la plus grosses difficultés a été lors du démarrage du projet. J’ai voulu faire des collaborations mais elles ont échoués assez vite par manque de temps ou problèmes d’agenda. J’ai dû refaire plusieurs fois le storyboard et mettre certaines idées à la poubelle pour la version finale. Finalement, je suis content d’avoir mené ce projet seul. J’espère que les prochains seront des collaborations. J’aime bien les gens !

Quels sont les canaux et moyens de diffusion (du moins si tu as la main là dessus) ?

Nicolas Leroy : Une fois le clip terminé je cède les droits d’utilisation dans le cadre de la promotion du morceau à la maison de disque / aux groupes qui l’a produit. Ce sont eux qui gèrent la diffusion du clip. A ma connaissance, réseaux sociaux et Youtube.

Comment as tu réussi à travailler sur un clip comme celui-ci ? Es tu pote avec les membres du groupe ou les as tu “démarché” ?

Nicolas Leroy : Grâce au bouche à oreilles ! Ca m’a vraiment surpris. J’ai remporté un appel à projet pour le groupe Andréas et Nicolas. Ils m’ont fait confiance pour réaliser leur premier clip en dessin animé, il y a environ 6 ans, puis un deuxième quelques temps plus tard, dans un style très différent. Suite à ça, Mass Hysteria, du même label, m’a contacté, puis un autre groupe indépendant qui avait vu le clip etc etc, jusqu’aux deux clips pour Ultra Vomit ( Takoyaki et le Train fantôme )

Des prochains projets en cours de production ou de réflexion ? Serais-tu intéressé par la réalisation d’un long-métrage ?

Nicolas Leroy : Oui j’ai quelques projets en ce moment, encore très différents de ceux que j’ai pu réaliser, j’en suis ravi ! Un, très calme, en cours de production, assez réaliste et sérieux, et un autre encore en phase de discussion. Le long-métrage étant le format le plus connu et diffusé ( à ma connaissance ), ça me plairait évidemment de me lancer dans un tel projet. Mais en pratique j’ai l’impression qu’un temps énorme doit être passé en gestion d’équipe ou de planning. Le dessin est mon coeur de métier. On s’éloigne bien trop de mes objectifs premiers…Pour l’instant en tout cas.

Top 3 de tes artistes préférés ?

Nicolas Leroy : Il y a énormement d’artiste que j’adule mais, ceux qui m’inspire je dirai Sergio Toppi pour son travail des hachures original, Max Grecke pour sa gestion des volumes et Matthieu Lauffray pour tout ce qu’il fait…

Top 3 de tes réalisateurs préférés ?

Nicolas Leroy : Je n’ai pas vraiment de réalisateurs préférés, je les aime souvent que pour quelques oeuvres (sauf Hitchock, donc ça fait 1). Satoshi kon pour Perfect blue et Paprika, Tom hooper pour Le Discours d’un Roi. Le contexte dans lequel on voit un film est hyper important. Je suis allé le voir à reculons, le film que je voulais voir n’était plus à l’affiche. Ca a été une vrai bonne surprise, j’ai été scotché de bout en bout.

Si tu devais nous conseiller UN film à voir, quel serait-il ?

Nicolas Leroy : Fenêtre sur cour, je n’aurais jamais pu imaginer qu’un mec qui regarde à sa fenêtre sans pouvoir sortir de chez lui puisse faire un bon scénario de film Et puis quand on parle de film on doit dire “Hitchcock” au moins deux fois.

Un conseil pour les jeunes réalisateurs qui aspire à créer des oeuvres comme les tiennes ?

Nicolas Leroy : Je ne me sens pas le plus légitime pour donner des conseils. Ce qui me vient en premier c’est de ne pas avoir peur de se challenger dans ces projets (se faire une séquence un peu galère, ou une anim’ compliqué) et toujours prendre les meilleurs en exemple ( Akira, Ghibli et j’en passe ).

Un mot pour la fin ?

Nicolas Leroy : Accordéon.
Merci beaucoup de m’avoir proposé cette interview (ce défi personnel ( j’ai appris à parler avec des images, pas avec des mots )), j’espère que ça pourra être utile à certain(e).

On lui souhaite une bonne poursuite dans ses projets et au plaisir d’échanger à nouveau sur un long métrage peut-être.
Pour découvrir un peu plus de son travail et ses expérimentations, n’hésitez pas à aller jeter un oeil attentif sur artstation et sa chaine youtube.