Je vous propose un comparatif, un “fight” comme on se plaît à les appeler, entre deux adaptations d’un comics relativement méconnu en France : Judge Dredd.

Judge Dredd (1995) VS Dredd (2012) | Au scalpel

La première date de 1995 et a été réalisé par Danny Cannon avec Stallone en tête d’affiche et la seconde avec Karl Urban (Leonard McCoy dans Star Trek ou encore Eomer dans Le Seigneur Des Anneaux pour ceux qui ne connaissent pas le garçon).

Pour vous situer le contexte, le juge Dredd est un personnage de comics créé par John Wagner et Carlos Ezquerra. On le découvre pour la première fois dans la revue britannique de SF 2000 A.D. en 1977 puis dans Judge Dredd Magazine en 1990 qui lui est entièrement consacré.

Judge Dredd (1995) VS Dredd (2012) | Au scalpel

L’arrière-plan de cette histoire est un monde post-apocalyptique pendant le XXIIe siècle. La quasi totalité de la population s’entasse dans des mégapoles infestées de criminels. Au delà de ces cités, c’est la désolation, un désert totalement irradié où règnent des mutants cannibales. Pour mettre un peu d’ordre dans tout cela, il y a les “juges” : un nouvel ordre concentrant tous les pouvoirs. A la fois juges, jurés et bourreaux, ils dézinguent sans aucune émotion tous les contrevenants en suivant à la lettre les lois fascistes de Mega City One. Ils sont équipés d’énormes motos et de flingues multifonctions à commande vocale. Leur leader, le plus craint et le plus respecté de tous est le juge Dredd. A l’image de l’allégorie de la Justice qui est toujours représentée les yeux bandés (ce qui symbolise l’impartialité), Dredd est toujours représenté avec son casque et sa visière masquant en permanence son regard. Il n’est pas vraiment humain, il est la justice personnifiée. Son leitmotiv le montre bien “I am the law” (“La loi c’est moi !” tout en nuances). Il est monolithique, dépourvu de la moindre émotion.

Judge Dredd (1995) VS Dredd (2012) | Au scalpel

Ce qui avait dérangé dans la version de 1995, entre autres choses, était de voir Dredd retirer son casque dès le début du film pour ne plus jamais (ou presque) le remettre et laisser découvrir son visage. D’un seul coup, l’allégorie de la Justice avait visage humain contrairement à la version 2012 où l’on ne verra que le menton de Karl Urban. Sur cet aspect et plusieurs autres la nouvelle version est plus proche du comics originel. Personnellement, n’ayant pas lu la bande-dessinée, cela ne m’a pas dérangé outre mesure d’humaniser quelque peu cet équivalent de Robocop, au contraire.

Côté scénario, les deux films n’ont strictement rien à voir. Hormis le background et l’univers global, nous n’avons pas du tout affaire à un remake mais bel et bien à un reboot prenant une toute autre direction. Le scénario de la version 2012 tient en trois lignes et m’a semblé particulièrement creux et ennuyeux. Dredd est envoyé avec une jeune recrue médium dans une tour contrôlée par le caïd Ma-Ma, une ancienne prostituée qui a le contrôle total de tous les gangs du coin. Elle y fabrique une nouvelle drogue surpuissante appelée SlowMo qui donne l’impression à celui qui en consomme que le temps passe à 1% de sa vitesse réelle. Dredd et sa collègue vont chercher à démanteler leur réseau pour sauver leur peau. Etage par étage, ils vont dézinguer tout ce qui bouge. Plus ils grimpent, plus la difficulté se corse pour arriver au boss final comme dans un jeu vidéo. On peut tout à fait le rapprocher du film indonésien The Raid dont la mise en scène était bien plus efficace ou même d’un Piège de Cristal allant même jusqu’à faire mourir Ma-Ma de la même manière qu’Hanz Gruber, ralenti compris.

Judge Dredd (1995) VS Dredd (2012) | Au scalpel

Le scénario de la version de 1995 est plus étoffé et reprend nombre d’éléments de la bande-dessinée, notamment son frère et clone Rico qui a basculé du côté obscur. Dredd se retrouve piégé et devient la victime de cette justice infaillible qu’il incarne. Cette version est résolument second degré : de son acolyte joué par Rob Schneider à la famille cannibale dans le désert en passant par quelques répliques qui ne font pas dans la dentelle mais qui m’ont plutôt fait marrer :

– Dredd : “Le clan légendaire, Angel & fils. Pirates de la terre de Malédiction, Assassins, charognards et avant tout…sacs à merde.”
– Fergie : “Ca je sens que ça va pas les amadouer!”

ou encore

– Lilsa : “Sale pute !”
– Hershey : “Juge pute !” [Suivi d’un coup de boule]

Sur le choix de l’acteur principal, Urban colle assez peu au personnage. Il est très peu charismatique dans ce rôle à l’inverse d’un Stallone toujours monoexpressif mais dont le physique et la voix sont justement parfaits pour ce personnage du juge Dredd. Inutile pour Sly de faire la grimace, il a la gueule de l’emploi. Karl Urban, peut-être de peur de ne pas être suffisamment expressif accentue jusqu’à la caricature sa mimique bucale de “bad ass”.

Judge Dredd (1995) VS Dredd (2012) | Au scalpel

Les costumes de la version 2012 sont beaucoup plus réalistes et crédibles. Les juges sont vêtus d’une armure type CRS ou GIGN poussiéreuse à souhait et ayant encore l’odeur du sang et de la guerre. Dans la version de 1995, c’est Mister Versace qui avait dessiné les costumes : moulants, brillants, flambant neufs. En somme, totalement improbables.

Je finirai avec un mot sur la musique. La version avec Stallone a eu la chance de se payer les services d’Alan Silvestri qui avait composé entre autres l’inoubliable bande originale de la trilogie Retour vers le futur. On a donc droit à une musique épique pour illustrer ce film avec en bonus un morceau composé par le groupe The Cure. Au contraire, la musique de la version avec Urban manque de caractère et de consistance avec un son électro hyper stéréotypé.

Judge Dredd (1995) VS Dredd (2012) | Au scalpel

Pour conclure, et au risque de me faire lyncher, je vais déclarer la version de 1995 vainqueur de ce duel. Elle a beaucoup plus de charme sur de nombreux aspects bien que l’on soit évidemment très loin d’un chef d’oeuvre. Ce film me fait marrer et j’ai une certaine tendresse pour lui. De même que pour Total Recall, les films de cette époque savaient mélanger action, humour et musique épique la plupart du temps avec brio tandis que leurs remakes manquent cruellement de saveur. Dredd 2012, malgré quelques scènes bien sanglantes qui raviront les amateurs, n’est guère plus qu’un catalogue de fusillades ininterrompues. Sans intérêt.

FONZI

Bande-annonce de Judge Dredd (1995)

Bande-annonce de Dredd (2012)