Synopsis

Une jeune fille et son amie sont prises à partie par quatre sadiques qui vont leur faire subir les pires humiliations et tortures avant de s’en débarrasser. Mais par le plus grand des hasards, le chemin de nos quatre tarés va les conduire tout droit vers la demeure des parents de l’une des malheureuses victimes. Lorsque que les parents découvrent ce qui est arrivé à leur progéniture, ils décident de se venger. Et la « terreur » va tout simplement changer de camps…

Les réalisateurs

craven
illiadis

Wes CRAVEN : est-il encore nécessaire de le présenter ? Ou bien alors juste quelques lignes pour rappeler qu’il est encore aujourd’hui, considéré comme l’un des « maîtres de l’horreur », aux côtés de John CARPENTER (Halloween). La Dernière Maison sur la gauche est son premier long métrage. Il s’agit, en réalité, du remake d’un film suédois intitulé La Source réalisé par Ingmar BERGMAN en 1960. Wes CRAVEN nous offrira, par la suite, quelques beaux bijoux depuis devenus cultes tels La Colline a des Yeux (1977) ou encore Les Griffes de la nuit (1984) qui introduit l’un des monstres sacrés du cinéma d’horreur, Freddy KRUEGER. Son dernier succès demeure le film Scream (1996).

Dennis ILIADIS : moins illustre que son prédécesseur, ce réalisateur grec n’en est cependant pas à son coup d’essai. Après des études de cinéma et de sciences politiques à la Brown University, il suit les cours de réalisation du Royal College of Art de Londres et remporte avec son film de fin d’études, Ole, l’European Film Comet Award. Son court-métrage suivant, Morning Fall, obtiendra le Prix de la Guilde des réalisateurs grecs ainsi que le Prix d’excellence du Ministère de la Culture. ILIADIS a aussi écrit pour le théâtre et réalisé plus de 100 spots pour diverses marques. En 2004, il nous livre un premier long métrage sulfureux intitulé Hardcore. Le remake de La Dernière Maison sur la gauche est son deuxième métrage et premier film d’horreur américain. En 2012, il réalise le film Home.

Le Fight

Dans la série des films cultes, je me propose donc de vous livrer un petit fight sympa entre le film pionnier La Dernière Maison sur la gauche réalisé par Wes CRAVEN et son remake version Dennis ILIADIS. Force est de constater que le propre du remake c’est qu’il s’attaque systématiquement à des œuvres cultes ce qui se révèle souvent être un exercice fort périlleux. L’on pourra au moins souligner l’audace des réalisateurs qui décident de se prêter à cet « exercice de style ». Parmi ces réalisateurs, certains ne s’en sont pas trop mal sorti tel Alexandre AJA avec son efficace remake de La Colline a des Yeux (ah tiens, encore un remake d’un film signé Wes CRAVEN). Plus récemment, l’on pourra citer le réalisateur Fede ALVAREZ qui nous a livré une adaptation assez personnelle du cultissime Evil Dead de Sam RAIMI (à propos de ce film, je vous invite à découvrir le fight livré par notre ami Valgur). A l’inverse, d’autres se sont lamentablement plantés en insultant carrément l’original au passage. Parmi les loupés, l’on pourra citer le remake de Total recall signé Lens WISEMAN (à propos de ce remake inutile, je vous invite à découvrir le fight livré par notre gourou Fonzi). Autre remake qui, sans être mauvais, n’apporte pas grand-chose de plus par rapport à l’original, celui de Maniac réalisé par Franck KHALFOUN (à propos de ce film, je vous invite à découvrir le fight que j’ai moi-même livré il y a déjà quelques temps de cela). Il y en a bien d’autres évidemment mais nous aurons très certainement l’occasion d’y revenir aux détours de prochains fight.

La Dernière Maison sur la gauche : 1972 VS 2009
La Dernière Maison sur la gauche : 1972 VS 2009
La Dernière Maison sur la gauche : 1972 VS 2009

Mais revenons-en à celui qui nous occupe. Il est des films qui vous marquent plus que d’autres et en ce qui me concerne, je dois avouer que La Dernière Maison sur la gauche (version Wes CRAVEN) en fait indéniablement partie. Ce film est marquant par son côté terriblement malsain et extrêmement dérangeant. On atteint véritablement des sommets dans le sadisme, la cruauté, le voyeurisme et la perversité. Ce film de Rape and Revenge, d’une violence rare pour l’époque, fut presque logiquement victime de la censure et interdit de diffusion dans plusieurs pays dont la France. Tourné en à peine plus d’un mois, le film bénéficie d’un petit budget mais c’est l’association de deux hommes talentueux qui va contribuer au résultat que l’on connait. En effet, Wes CRAVEN réalise le film et le producteur n’est autre que Sean S. CUNNINGHAM, créateur de la saga culte des Vendredi 13 qui introduit un autre monstre sacré du cinéma d’horreur, Jason VOORHEES. La version de Wes CRAVEN nous dépeint un tableau de famille très bucolique duquel émane un sentiment de bonheur, d’innocence et de pureté à l’image de Mari et de son amie, deux jeunes filles âgées de 17 ans qui semblent découvrir et croquer la vie à pleines dents. Le déferlement de violence quasi gratuite qui ne tarde pas à arriver dès lors que les malheureuses croisent la route de Krug (brillamment interprété par David HESS) et de sa bande de psychopathes toxicomanes n’en est que plus déroutant. D’une ambiance légère au début, le film bascule soudain dans une ambiance extrêmement lourde, malsaine et oppressante. Les images crues et sales (effet volontaire ou contrainte technique ?) alimentent d’autant le climat malsain qui s’installe et perdure jusqu’à en devenir quasi insupportable. Notons que dans la bande de tarés se trouvent une femme (la compagne de Krug). Si le spectateur s’attend à un sursaut d’Humanité, de compassion et de pitié de la part de cette femme, eh bien il se trompe. Elle est aussi perverse que ses trois comparses. Aucune empathie à attendre de la part des membres de cette bande et c’est en le découvrant que le spectateur prend réellement conscience qu’il est en train de visionner un film terrifiant.

La Dernière Maison sur la gauche : 1972 VS 2009
La Dernière Maison sur la gauche : 1972 VS 2009
La Dernière Maison sur la gauche : 1972 VS 2009

Dans la version de Dennis ILIADIS, CRAVEN et CUNNINGHAM ne sont pas totalement absents du projet puisqu’ils en deviennent les producteurs. Autant dire que notre petit Dennis devait être sous étroite surveillance. Quoiqu’il en soit, je dois avouer qu’avant de visionner ce remake, j’étais plus que sceptique. Il fallait quand même en avoir dans le pantalon pour s’attaquer à un film de ce genre. C’est ce qui m’a donné envie de le découvrir et j’ai été plutôt agréablement surpris par ce que j’ai pu visionner. Trop rares sont les remakes qui parviennent à se hisser au niveau de l’original et parfois même à le surpasser en maîtrise et efficacité. ILIADIS s’en sort ici avec brio en nous livrant un film d’une grande efficacité, assurément contemporain par ses images propres et soignées (un peu trop peut-être pour le genre) qui tranchent radicalement avec celles sales et vieillies de son prédécesseur qui nous plongeait dans une ambiance très seventies pas désagréable de mon point de vue (mais c’est là mon côté nostalgique qui refait tantôt surface :)). ILIADIS est parvenu néanmoins à garder intacte l’extrême violence qui caractérise ce film mettant en scène des individus dans des situations ultimes. Le casting est franchement bon et donne une impression de rafraîchissement par rapport à l’original ne serait-ce que par le look résolument moderne des acteurs auxquels on s’attache. Le réalisateur s’éloigne ici de cette ambiance seventies qui animait l’original tout en gardant les grandes lignes du scénar. Tout comme dans l’original, le remake repose sur cette bascule qui s’opère entre les bourreaux du départ qui deviennent à la fin les victimes et réciproquement, les victimes (les parents meurtris par la perte de leur progéniture) deviennent de véritables bourreaux assoiffés de vengeance les amenant à commettre à leur tour, des actes d’une grande violence. Le film joue brillamment sur cette ambigüité et brouille les repères installés au départ. Au final, ILIADIS passe son examen avec succès en nous livrant un très bon film qui mérite d’être salué.

Alors, me direz-vous, qui des deux remporte ce fight ? L’original demeurera pour toujours un grand classique et je ne pense pas que sa renommée soit usurpée. Il s’agit d’un film à resituer dans son époque (les années 70) pour l’apprécier à sa juste mesure. C’est un film choc fait pour marquer les esprits et il y parvient aisément. Le remake, quant à lui, insuffle un air de modernité par les images, la bande-son, le casting, le rythme tout en gardant l’esprit violent qui animait l’original. Wes CRAVEN dira lui-même de ce remake qu’il est bien meilleur que l’original. Je ne vais quand même pas avoir l’audace de contredire le Maître :).

DARKO