synopsis

Au matin d’Halloween, Anton se réveille et découvre, après s’être écroulé avec entrain devant la télévision et avoir dévalisé le réfrigérateur, que ses parents ont été sauvagement assassinés. Flanqué de ses deux potes, Mick et Pnub, il va devoir se rendre à l’évidence : il pourrait bien être l’auteur de la vague de crimes atroces qui frappe les environs.

la critique

Réunissant un casting presque entièrement fait de stars montantes du cinéma pour ado de l’époque, La Main Qui Tue tire son épingle du jeu au beau milieu de la déferlante Scream et autre Souviens-Toi…L’été Dernier de l’époque. Avec un humour acerbe jusqu’au boutiste, on s’éclate à voir Devon Sawa, Jessica Alba, Seth Green ou encore la plus expérimentée (à l’époque) Vivica A. Fox déambuler au cœur d’une histoire au concept très simple. L’antéchrist qui vient se loger dans la main paresseuse de notre héros a le mérite de faire mourir de rire. On y retrouve tous les gags qui sentent bon le teen horror movie au summum de son art : pour une fois qu’un teen movie sait faire preuve d’intelligence dans son absurde, on ne va pas bouder notre plaisir. Avec la bande-originale punk rock / métal qui incombe à ce genre de métrage, Flender utilise à très bon escient un cliché ultra téléphoné pour en puiser une véritable force. Il nous offre non seulement une B-O de très grande qualité par les artistes qu’il emploie (Rob Zombie, Rancid, The Offspring, Unwritten Law, Mötley Crüe…) mais justifie leur emploie par le biais de gimmick vraiment savoureux que ce soit par les caméos physiques de certains groupes (The Offspring en guest star du bal de promo, inoubliable) que par les paroles de certains morceaux qui servent l’intrigue à sa juste valeur (Shout At The Devil).

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La bande d’ados flemmarde et attardée qui compose le trio atypique du film s’embourbe dans des situations aussi saugrenues qu’hilarante. On se souvient tous des deux potes du héros revenus d’entre les morts juste parce que le chemin vers la lumière divine était beaucoup trop long à suivre pour espérer au repos éternel. Flender assimile et déverse avec intelligence un humour de bas étage qui aurait très vite fait de tourner au ridicule. Lorgnant de près le nanar sans jamais se laisser avoir par la facilité, il peut dire merci à sa belle brochette d’acteur qui s’offre des relents de plaisir coupable qu’on engloutit avec une délectation certaine. Ses personnages sont les archétypes mêmes des ados dopés à la marijuana qui consomment des films de genre à la pelle mais qui ont des réactions disproportionnées lorsque l’inévitable s’invite dans leur vie. Et c’est là que La Main Qui Tue sait se montrer persuasif : aussi incongrues que peuvent être les situations, on y croit. Qui ne resterait pas bouche bée face à son meilleur pote qui essaie de vous tuer tout en vous assurant qu’il ne le fait pas exprès ? Flender n’essaie jamais d’être lourd dans la comédie, il distille avec parcimonie ses répliques au milieu de ce carnage incessant qui se met en place.

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La main en elle-même rappellera forcément La Chose de la Famille Addams. Elle se retrouve dotée d’une personnalité hors norme qui fait qu’on s’attache très vite au personnage. On jubile devant les possibilités infinies qu’elle peut offrir en termes de massacre et c’est vraiment fort de réussir à attendrir le spectateur avec une partie du corps dépourvue de toute utilité une fois isolée (on parle d’une main avec une conscience merde !). La voir se tailler les ongles dans un taille crayon pour mieux éviscérer ses victimes peut paraître vraiment bénin comme acte mais s’illumine comme une évidence une fois devant nos yeux. Elle pointe du doigt une culture populaire vraiment ancrée dans la mémoire collective. On notera l’univers bis qui interagit sans cesse dans la vie du héros : le micro-onde qui renvoie à Gremlins, le bal de promo fait clairement écho à Carrie, le petit quartier où il vit rappelle forcément Halloween (tout comme l’époque de l’année à laquelle se passe l’histoire)… La Main Qui Tue est une vraie déclaration d’amour au genre qui, comme son comparse de Scream trois ans avant, emploie un discours volontairement sarcastique qui reflète d’une manière distincte la façon de penser des adolescents de l’époque à l’égard de ce genre d’œuvre : le slasher est risiblement drôle ! Il n’y a jamais une volonté de créer une véritable angoisse dans ce genre de film mais plutôt d’exorciser la partie animale de chacun pour l’aider à affronter un quotidien qui finit par en vouloir à leur propre vie. Le personnage que campe Devon Sawa est antipathique, c’est un loser finit duquel son corps cherchera à s’en délivrer. C’est d’ailleurs le cas pour ses autres potes : ce sont des ados issus d’une génération foncièrement « no future » pour lesquels l’éveil des consciences ne portera ses fruits qu’au pourrissement de leur corps.

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La Main Qui Tue est vraiment un film à consommer sans aucune modération. Il possède un charme 90’s vraiment nostalgique qui continue à avoir un sens loufoque d’une morale bien présente même 15 ans après sa sortie encore. Pour la bonne dose d’humour noire jamais superflue, ses scènes gores habilement envoyées, le charme des acteurs, la bande originale explosive et son regard envers la façon de consommer des adolescents à la fin des années 90, La Main Qui Tue s’impose comme un outsider de très bonne facture au beau milieu des conglomérats fructifiant souvent indigestes qui ont envahi nos vidéos clubs après le raz de marée Scream.

TONYO