Le fantastique en photographie

DEBORAH HALLY

deborah-hally-LARGE

Photographe plasticienne australienne, elle développe depuis une dizaine d’années une réflexion passionnante sur le genre sexuel féminin, car, si sa photographie est intimiste et personnelle, elle tend vers l’universel en livrant une vision symbolique acidulée de la condition féminine bourgeoise. Dans des scènes d’intérieurs évoquant l’artifice du studio, des jeunes filles et des femmes sans visage posent, soumises mais inquiétantes, face à un objectif – l’oeil masculin ? – qui les chosifie et tente de domestiquer une sauvagerie latente. Les clairs-obscurs clautsrophobiques, les couleurs à la fois criardes et vintages, les matières richement étoffées d’une bourgeoisie victorienne et puritaine, les scènes – ou illusions ? – d’extérieur laissant entrevoir les grandes plaines d’un Nouveau Monde, les masques et la toile rayée du chapiteau d’un cirque itinérant à la Freaks, tout semble nous ramener à un passé mythique de colonisation : le XIXème siècle américain et australien. Les cadrages sont serrés, oppressants, et coupent souvent la tête des sujets féminins devenus objets photographiés. Les références au cinéma de genre sont diverses et magnifiquement réinterprétées : travestissement grotesque et grand-guignol, étrange gémellité héritière de King (The Shining) ou de De Palma (Soeurs de sang), intérieurs psychotiques lynchiens sur la scène desquels s’invitent sombres pulsions et appétits incestueux, ou, plus étonnament – l’Asie n’est pas loin, il est vrai – l’épouvante nippone et ses fantômes désarticulés voilés d’une longue chevelure, rideau noir qui révèle l’innommable et la mort, à l’image du Kaïro de Kiyoshi Kurosawa et du Ringu d’Hideo Nakata.

deborah-hally-1
deborah-hally-2
deborah-hally-3
deborah-hally-4
deborah-hally-5
deborah-hally-6
deborah-hally-7
deborah-hally-8
deborah-hally-9
deborah-hally-10
deborah-hally-11
deborah-hally-12
deborah-hally-13
deborah-hally-14
deborah-hally-15
deborah-hally-16
deborah-hally-17
deborah-hally-18
deborah-hally-19
deborah-hally-20

JEFF BARK

jeff-bark-LARGE

Photographe américain, il propose une photographie où paternité pictorialiste, maniérisme et artifice du studio sont pleinement assumés. Avec sa série Abandon, où le corps humain se fait nature morte, et sa série Woodpecker au romantisme ténébreux, Bark réalise une photographie si picturale qu’elle semble l’aboutissement naturel de l’histoire de la figuration. Néanmoins, à force d’emprunter à la photographie de mode, certaines séries semblent s’épuiser dans l’insignifiance d’une belle pause, d’un riche vêtement ou d’un luxueux décor.

jeff-bark-01
jeff-bark-02
jeff-bark-03
jeff-bark-04
jeff-bark-05
jeff-bark-06
jeff-bark-07
jeff-bark-08
jeff-bark-09
jeff-bark-10
jeff-bark-11
jeff-bark-12
jeff-bark-13
jeff-bark-14
jeff-bark-15
jeff-bark-16
jeff-bark-17
jeff-bark-18
jeff-bark-19
jeff-bark-20
jeff-bark-21
jeff-bark-22

DESIREE DOLRON

desiree-dolron-LARGE

Photographe plasticienne et photojournaliste néerlandaise, elle a créé l’événement et une prise de conscience du renouveau pictorialiste mondial avec sa série Xteriors au milieu des années 2000. Cette série de portraits parfaitement « léchés » par post-production digitale évoquent pourtant, sans contradiction aucune, l’école hollandaise, des primitifs flamands, comme Van Eyck, aux peintres du siècle d’or néerlandais, tel Rembrandt. Auparavant, Dolron avait déjà fait usage de leur clair-obscur « feutré » (par opposition, au clair-obscur tranché de peintres baroques tels Le Caravage), notamment à travers sa série de portraits immergés sous l’eau (Gaze). L’artiste s’était également intéressée au rapport au sacré dans les religions populaires avec son impressionante série documentaire Exaltation.

desiree-dolron-01
desiree-dolron-02
desiree-dolron-03
desiree-dolron-04
desiree-dolron-05
desiree-dolron-06
desiree-dolron-07
desiree-dolron-08
desiree-dolron-09
desiree-dolron-10
desiree-dolron-11
desiree-dolron-12
desiree-dolron-13
desiree-dolron-14

ERWIN OLAF

erwin-olaf-LARGE

Photographe plasticien et réalisateur nénerlandais, il vient de la photographie publicitaire dont il a hérité du sens de la provocation. Néanmoins, on ne peut qu’être impressionné face à une maîtrise formelle poussée à son paroxysme quasi nauséeux, à un piqué et à une lumière si pointus que l’effet de réel devient facteur d’étrangeté, à une telle maîtrise et expérimentation dans l’esthétique de genres (grand-guignol à la Bosch ou à la Stephen King, porno chic, école hollandaise, film noir, esthétique 1950’s à la Rockwell ou à la Hopper, rétro-futurisme, en intégrant des éléments futuristes en 3D dans des décors vintage, etc.). Mais si, comme dans l’image publicitaire, il ne se passe pas ici grand chose et que le fond et la forme peuvent agresser l’oeil, chez Olaf cette vacuité oppressante – surabondante – définit l’humain et devient un programme esthétique cohérent. Cela s’avère parfois un échec, mais parfois aussi une vraie réussite.

erwin-olaf-01
erwin-olaf-02
erwin-olaf-03
erwin-olaf-04
erwin-olaf-05
erwin-olaf-06
erwin-olaf-08
erwin-olaf-09
erwin-olaf-10
erwin-olaf-11
erwin-olaf-12
erwin-olaf-13
erwin-olaf-14
erwin-olaf-14
erwin-olaf-16
erwin-olaf-17
erwin-olaf-18
erwin-olaf-19
erwin-olaf-20
erwin-olaf-21
erwin-olaf-22
erwin-olaf-23
erwin-olaf-24
erwin-olaf-25
erwin-olaf-26
erwin-olaf-27
erwin-olaf-28
erwin-olaf-29
erwin-olaf-30

BRONEK KOZKA

bronek-kozka-LARGE

Photographe australien d’origine polonaise, il vient de la photographie commerciale, mais a vu son talent de photographe d’art révélé en remportant le Hasselblad Grand Masters 2008. Ses séries Love Schack, Suburbia et surtout Room 101 montrent une maîtrise stylistique évidente, un beau travail d’atmosphère tout en clairs-obscurs, ainsi qu’une attention minutieuse à la richesse des décors et des costumes. On sent dans les thèmes et l’esthétique une filiation évidente avec Crewdson et di Lorca, mais, depuis peu, Kozka expérimente davantage les possibilités offertes par la post-production numérique (chromie, photomontage, codes graphiques de la bande-dessinée, intégration dans l’image d’éléments en 2D ou 3D), avec des résultats plus ou moins heureux.

bronek-kozka-01
bronek-kozka-02
bronek-kozka-03
bronek-kozka-04
bronek-kozka-05
bronek-kozka-06
bronek-kozka-07
bronek-kozka-08
bronek-kozka-09
bronek-kozka-10
bronek-kozka-11
bronek-kozka-12
bronek-kozka-13
bronek-kozka-14
bronek-kozka-15
bronek-kozka-16
bronek-kozka-17
bronek-kozka-18
bronek-kozka-19

VIVIEN RACAULT

vivien-racault-LARGE

Artiste visuel français, Vivien Racault développe une oeuvre globale qui s’inscrit dans la grande tradition cosmogonique, des mythes originels fondateurs de nos civilisations humaines aux mythes personnels de Baudelaire ou Lovecraft, de la représentation du divin dans l’art religieux jusqu’aux traces de cette patrie oubliée qu’évoquent les tableaux de Friedrich ou les élégies cinématographiques de Terrence Malick. Dans des clair-obscurs propices à la distorsion fantastique, l’artiste convoque des tensions inavouées et de sombres forces, mais, c’est au-delà, au creux du chiaroscuro despotique et au sein de la composition hypnotique, que le voile de la figuration et sa narrativité mythique s’abîment pour révéler des macrostructures inhumaines aux contours incertains : visages sans visage, machines végétales, cathédrales de chairs pourries, chaînes de production de bébés en réseau… Toutes visions abstraites d’une frénésie élémentale, du mystère d’un univers qui se rêve lui-même. Si la fascination visuelle de Racault pour la complexité des matières organiques et inorganiques évoque une certaine tendance baroque dans l’art occidental, de Bernini à H.R. Giger en passant par Gustave Moreau et les Surréalistes, sa fascination égale pour les propriétés basiques de l’eau – réfléchissante et translucide, claire et opaque – rejoint celle d’un Bill Viola dans son art vidéo. Et son obsession pour les motifs, les points lumineux et les jeux de miroirs trouve un écho dans l’oeuvre de Yayoi Kusama ainsi que dans certaines iconographies dites « indigènes ». Dans une époque où les signes d’épuisement de nos écosystèmes et de nos sociétés n’ont jamais été aussi visibles, cette oeuvre syncrétique recèle une troublante actualité et ramène le public à s’interroger sur la réalité au filtre paradoxal d’un imaginaire critique.

vivien-racault-01
vivien-racault-02
vivien-racault-03
vivien-racault-04
vivien-racault-05
vivien-racault-06
vivien-racault-07
vivien-racault-08
vivien-racault-09
vivien-racault-10
vivien-racault-11
vivien-racault-12
vivien-racault-13
vivien-racault-14
vivien-racault-15
vivien-racault-16
vivien-racault-17
vivien-racault-18
vivien-racault-19
vivien-racault-20