Synopsis

Une troupe de théâtre, les Feebles, est dans sa dernière journée de répétition avant leur représentation du soir. Celle-ci étant filmée par une grande chaîne de télévision, la petite troupe a, là, l’occasion de connaître un succès sans précédent. C’est dans ces conditions qu’arrive Robert, un petit hérisson timide engagé pour devenir un des membres de la troupe. Alors que les répétitions s’enchaînent, on découvre les membres de la compagnie ainsi que tous les petits travers.

La critique

Sorti en 1989, il doit sa naissance au simple fait que notre Peter préféré avait besoin de récolter des fonds afin d’attaquer au mieux le tournage de Braindead. Trop oublié et surtout trop souvent décrié, Les Feebles rassemble pourtant à tout ce qui fait le cinéma de notre réalisateur néo-zélandais. Un humour décapant, une réalisation créative, des personnages étoffés ô combien barrés, un non-conformisme et un politiquement incorrect inégalable. Les Feebles part d’une idée farfelue de Peter Jackson qui voulait parodier le Muppet Show et montrer ce qu’il se passait réellement entre Peggy la cochonne et Kermitt la grenouille dans les coulisses du spectacle. La troupe des Feebles se voit ainsi composée d’un phoque, une chatte, un mouton, une vache, un poulet, un hérisson, un bulldog, une grenouille, un rat, une mouche, un ver, un éléphant, un cancrelat, un poisson ou même encore un hippopotame.

Les Feebles (1989) - Critique

Tous les vices de l’être humain sont rassemblés au sein du métrage. Ils fument, boivent, baisent, se droguent… C’est une métaphore bestiale de l’homme dans sa plus abjecte facette métaphorisée elle-même par l’image primaire de l’animal. Ouais ça va chercher loin ! Histoire de vous mettre l’eau à la bouche et que vous compreniez bien de quoi on cause : le rat est un réalisateur de films porno sado-maso qui traite tout le monde comme la pire des raclures, le lapin fait honneur à l’expression « copuler comme » mais se retrouve atteint d’une maladie que même le SIDA à côté équivaut à une vilaine toux, la mouche se transforme en espèce de journaliste paparazzi fouille-merde… Les Feebles est un bel objet cinématographique qui assume son 36ème degrés « jusqu’au boutiste » de A à Z. C’est aussi un film rare que seuls quelques veinard(e)s ont la chance de posséder en VHS. Le DVD n’ayant jamais été édité par chez nous, votre seul moyen de vous procurer la dite copie reste « hadopien » (il est loin le superbe temps des vidéoclubs).

Les Feebles (1989) - Critique

Assurant son cynisme jusqu’au bout, Peter Jackson entame son film avec une chanson enfantine qui met en joie. L’introduction vous laisse le temps de rattraper l’enfant que vous étiez afin de le virer de chez vous à grand coup de pompes. D’ailleurs, la même chanson viendra conclure le film, et vous verrez qu’elle n’aura pas la même saveur au retour. Jackson brise le rêve d’une vie rêvée magnifiée par les strass et paillettes. Exit la naïveté du métier. Le personnage de Robert, le hérisson, représente justement cet être innocent qui veut croire que le système n’est pas si corrompu qu’il n’y paraît. Seulement, la folie n’a pas de limite et il s’en rendra très vite compte vu les soucis qu’il va rencontrer. Heidi, l’hippopotame, c’est la Peggy de Jackson. Là où la cochonne est caractérielle et imposante dans les Muppet, Heidi jouit d’un statut beaucoup moins honorable. Sa forte corpulence lui vaut d’être la risée de la troupe allant jusqu’au désintéressement total de son mari, le phoque, qui préfère se taper une petite chatte maigrelette sous son bureau. Car oui, les relations sexuelles sont bien évidemment trans-espèces. Ni noyez qu’une connivence avec le simple fait que Jackson réunit tout le monde dans le même panier quel que soit la nature raciale ou sociale du personnage : le vice corrompt tout le monde de la même manière. Meet the Feebles est un terme anglais signifiant « avoir la nausée » et d’ailleurs Peter Jackson le dit lui-même : « Ce film est malsain, c’est ce qui en fait sa beauté ». Et puis bon, hormis Trey Parker et Matt Stone, personne n’a réussi à autant me faire pleurer de rire sur une chanson qui parle de sodomie. C’est gore, c’est gras, c’est toute la verve Jackson.

Les Feebles (1989) - Critique

Véritable tour de force et ovni incontestable ayant sa place amplement méritée entre Bad Taste et Braindead, Les Feebles est le témoin d’une vraie folie « jacksonienne ». Loin de moi l’idée de cracher sur Le Seigneur des Anneaux ou King Kong mais par pitié, Peter, pour le bien des puristes, on attend vraiment le retour du génie de ta folie créatrice. Les Feebles est une vraie critique acerbe, virulente, violente et sans temps mort du monde du show-business. Le paraitre ne tient qu’un temps et tout se sait un jour, pour citer Fly, la mouche à merde journaliste : « C’est quand le rideau se baisse que le vrai spectacle a lieu ». Alors prenez votre ticket, préparez vos zygomatiques et installez-vous confortablement, le spectacle va commencer !

TONYO