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J’avais écrit une critique clamant ma grande surprise à la découverte d’Evil dead le reboot. Ici, je vais approfondir un peu cette version en la confrontant à son grand frère sans lequel ce film n’aurait pas exister. Je vous préviens donc, il y aura quelques spoiles, rien de trop précis mais je vous conseille tout de même d’avoir vu la franchise quasi complète pour profiter de mon point de vue et, pourquoi pas, lancer le débat dans les commentaires. On attaque.

L’un des premiers éléments évident qui marque la frontière entre les 2 films est le choix du personnage principal. Je vous donne un indice et vous laisse deviner. Le héros de l’original se prénomme Ash alors qu’il s’agit de Mia dans le reboot. Ok bon, super original comme différence, Fede ne s’est pas trop cassé la nénette pour se démarquer, me direz vous. Pourtant c’est grâce à ce choix que la version d’Alvarez va prendre son envol.

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Alors que le jeu de Bruce “Ash” Campbell est totalement outrancier celui de Jane “Mia” Levy est bien plus retenu. Ils n’ont d’ailleurs pas la même histoire. Celle de Ash dans son ensemble est insignifiante. Dans l’original, ça n’est pas le propos. Ce qui nous intéresse, ce sont les suites d’événements présents auxquels le héros est confronté. A l’inverse, Alvarez prend le temps de faire le tour des soucis de son personnage afin de fonder l’histoire autour de lui.

Cela influe immanquablement sur le ton de l’histoire. Je vais d’ailleurs réouvrir un débat jamais clos et vieux de 30 ans concernant le genre du Evil dead premier du nom. Beaucoup disent qu’il s’agit d’une comédie horrifique. D’autres crient au blasphème face à de tels inepties. Perso (car j’ai mon avis si si), je pencherai pour de la comédie horrifique à moitié avouée. Pourquoi ? Simplement parce que la direction prise par les suites est clairement orientée comédie fantastique. Là ou le premier hésitait dans le ton, le reboot prend radicalement le parti du 1er degré avec un prétexte clairement dramatique.

Au-delà de l’histoire, le son joue un rôle étonnant dans cette différenciation de genre. Là encore, Sam Raimi ne l’a peut être pas fait délibérément, mais le son viellot, suraigue est à se pisser dessus. On se souviendra du rire ultra perçant de la copine de Ash après avoir perdu son teint frais du début. Le reboot suit au contraire un parti pris clair et maîtrisé d’un son sourd, quasi claustrophobique, aux basses très présentes et puissantes. Alvarez nous a prévenu, on n’est pas là pour rigoler.

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Il faut dire aussi que les budgets ne sont pas les mêmes. On passe du film quasi amateur, du moins à l’échelle des States, au film hollywoodien. Là où Raimi devait se débrouiller avec 350 000 dollars, Alvarez fait pleuvoir du faux sang dans un immense studio pour la modique somme de 17 millions de dollars. C’est vrai qu’entre temps il a y eu pas mal d’inflation mais tout de même. Sans être un budget colossal, cela suffit pour qu’Alvarez et ses producteurs suivent une ligne de conduite sans sourciller dès la naissance du projet. Le réalisateur du reboot nous l’a d’ailleurs confirmé lors de l’avant première. On est loin des galères de Raimi et ses potes dont les acteurs avaient mieux à faire le jour d’un tournage.

Malgré un net soucis de faire du reboot un objet à part entière, Alvarez n’en oublie pas pour autant, comme je l’avais évoqué dans ma critique précédente, son amour du genre et son admiration pour la première version. Comme nous l’avait précisé Fausto Fasulo, rédacteur en chef du célèbre magazine people Mad Movies, lors de la présentation de l’avant première, Evil dead ne se veut aucunement engagé contrairement à des films un peu plus anciens tels ceux de Roméro. Raimi a voulu réaliser un film de fanboy décomplexé et dont le seul objectif était de s’éclater avec du stop motion, du latex et des litres de sirop de fraise. Bien que sa toile de fond soit plus dramatique, Alvarez ne souhaite pas moins réaliser un film qui soit le plus gore et effrayant qui soit. Ne s’est il pas lui même vanté d’avoir réalisé la scène la plus gore de tous les temps avec son immense séquence finale ?

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D’ailleurs, et ce dans un esprit de profond respect du genre et de l’original, Alvarez s’est amusé à conserver un esprit artisanal dans le choix des effets spéciaux. Alors que nombre de films américains de genre basculent du côté obscur du tout numérique, Alvarez n’emploie que des maquilleurs dont le talent n’est visiblement plus à prouver. Le jeune réalisateur conserve donc cette matière typique de l’original, épaisse et poisseuse.

Par ailleurs, Alvarez ne pouvait faire l’impasse des éléments cultes de l’original. Les 2 premiers épisode de la franchise sont marquants pour leurs scènes de tronçonneuse et la scène mythique de la main qui prend son indépendance. Alvarez a l’inteligence de rebondir sur ses éléments en créant un horizon d’attente pour ceux qui connaissent la première franchise. On attend dès le début des festivités ces moments cultes. Et il en joue au risque de décevoir le fan de la première heure. Je trouve l’hommage original et réussi en détournant l’attente afin de proposer une alternative. Il crée la surprise et nous laisse intact le souvenir que l’on garde de ces moments finalement inimitables étroitement lié là encore au jeu bien à lui de Bruce Campbell.

Bruce qui interprète un personnage à la limite du froussard et qui devient un quasi super héros. Il est d’ailleurs adulé tel un dieu à la fin du second épisode. Le héros n’hésite pas à se couper la main et devient presque une machine dès lors qu’il remplace son mognon par une tronçonneuse. De manière un peu plus profonde et métaphorique, Mia passe de la junkie réservée à une sacré teigne car, d’une part c’est tout de même elle qui, possédée, décime ses camarades, et, d’autre part, fini par surmontée ce mal et l’affronte comme une bête féroce au point elle aussi de se mutiler pour obtenir ce qu’elle veut.

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Deux personnages emblématiques, deux films qui se veulent de faux frères, le plus jeune des deux oscillant entre désir d’indépendance et admiration sincère. Il est probable que cette direction se précise et s’étende créant ainsi une franchise parallèle. Alvarez nous a indiqué avoir l’intention de réaliser une suite de son bébé si les finances suivent. Parallèlement à cela plusieurs rumeurs évoquent une éventuelle reprise de la première franchise par Sam Raimi. A l’image des comics de super héros américain, on aurait 2 versions d’un même film évoluant chacun à sa manière tout en se faisant gentiment du pied. Si le concept qui fait le succès de ce premier reboot est conservé ça peut ouvrir des perspectives sur la manière dont on peut exploiter la tendance presque usée des remakes à outrance. A suivre de près.