Synopsis

Le pitch de Maniac tient en quelques lignes à peine. Franck ZITO, un tueur en série complètement barj’, sévit dans les bas-fonds de New York. Ses victimes sont de jeunes femmes qu’il tue sauvagement au couteau avant de les scalper…
Et nous voilà partis pour un voyage des plus terrifiants, plongés dans la tête de ce tueur en proie à ses hallucinations et pulsions meurtrières qui le feront sombrer progressivement dans une folie où plus aucun espoir n’est permis.

LE RÉALISATEUR

William LUSTIG est un réalisateur américain né dans Le Bronx à New-York. On peut dire que cette ville l’aura fortement inspiré puisqu’il en fera le terrain de chasse de son excellent Maniac. Le réalisateur récidivera huit ans plus tard en nous livrant son efficace trilogie des Maniac Cop dont le premier opus fait apparaître à l’écran le célèbre Bruce CAMPBELL, l’acteur fétiche de Sam RAIMI qui en a fait le héros de sa mythique trilogie des Evil Dead.

LA CRITIQUE DU MANIAC DE WILLIAM LUSTIG

J’ai choisi de vous présenter le Maniac de William LUSTIG car il s’agit d’un film d’horreur terriblement efficace à découvrir absolument pour les amateurs de sensations fortes.

A l’instar d’autres films devenus cultes tels que Massacre à la tronçonneuse de Tobe HOOPER ou encore Orange Mécanique de Stanley KUBRICK, Maniac tomba, dès sa sortie, sous les coups de la censure et ce, dans plusieurs pays. En France, le film ne sortira dans les salles obscures qu’en 1982 soit deux années après sa réalisation ! A croire que les autorités en charge de la censure ont vraiment un don pour flairer les chefs d’oeuvres, les interdire juste le temps qu’il faut pour qu’ils deviennent cultes. Merci Mesdames et Messieurs les censeurs, vous avez, quelque part, contribué, par votre intervention, à faire de Maniac, un véritable film culte.

Avant même de visionner le film, relativement court (1h27), nous sommes, en premier lieu, interpelés par son affiche. L’image du tueur dont le visage n’apparaît pas, tenant dans sa main droite un couteau ensanglanté et dans sa main gauche, la tête décapitée d’une femme à la chevelure blonde, maculée de sang, est visuellement percutante. L’affiche annonce déjà un film choc, un peu comme un avertissement. Attention, si vous décidez de visionner ce film, c’est à vos risques et périls…

Et bien, l’affiche tient ses promesses tout comme le film d’ailleurs. William LUSTIG nous livre ici un film extrêmement dérangeant par l’angle et le point de vue qu’il adopte. L’idée de plonger le spectateur dans la tête d’un tueur est sans conteste, la grande originalité de ce film. Il ne s’agit pas ici, d’un tueur inconnu dont le visage ne sera découvert qu’à la fin du film. Non, dans Maniac, le spectateur découvre dès le début du film, l’univers dans lequel évolue Franck ZITO. Il le suit pas à pas dans ses délires hallucinatoires, devient le témoin de sa folie meurtrière, de ses pulsions qu’il ne peut réfréner malgré de vaines tentatives pour les contourner, de son profond mal-être également. Cette manière d’aborder le parcours du tueur place le spectateur dans une sorte de proximité malsaine et gênante vis-à-vis de celui-ci. Le spectateur a l’impression de pénétrer l’intimité du tueur, de se trouver à un endroit où il ne devrait pas être. Il n’a aucune échappatoire si ce n’est de quitter la salle. Mais le film vous prend aux tripes et vous plonge au coeur d’un univers sombre et oppressant. Une fois entré dans le monde glauque et morbide de Frank ZITO, il n’est pas aisé d’en ressortir et le spectateur se retrouve en quelque sorte pris au piège, contraint d’accompagner ce tueur fou dans sa quête macabre, frénétique et insensée. Le fait d’adopter ce point de vue subjectif a aussi pour effet d’obliger le spectateur à se mettre dans la peau du tueur, d’entrevoir la réalité à travers les yeux du maniaque. Cette réalité est bien évidemment altérée du fait des troubles mentaux dont souffre Frank ZITO. Psychotique, psychopathe, schizophrène ? Peut-être un peu de tout cela. Je laisse ici aux psychiatres et psychologues le soin de nous éclairer sur l’étendue et la nature des pathologies de Franck ZITO.

Maniac (1980)
Maniac (1980)

Sur l’aspect technique, les images sont sales, volontairement enlaidies et glauques ce qui accentue le côté malsain et dérangeant du film. On a l’impression de se trouver en plein cauchemar mais le film se veut ultra réaliste. Les images très crues filmées pour la plupart en caméra subjective, les effets gores signés Tom SAVINI à qui l’on doit notamment les maquillages époustouflants du film de Georges ROMERO, Zombie, abondent dans le sens de ce réalisme perturbant. L’atmosphère y est particulièrement pesante, limite suffocante. Maniac met le spectateur profondément mal à l’aise et crée ainsi la surprise. Le paradoxe de ce film est qu’il suscite chez le spectateur des sentiments contradictoires. C’est étrange car l’on est à la fois dégoûté et fasciné par ce que l’on voit. Le spectateur se trouve ainsi partagé entre l’irrésistible envie de se dégager de cette proximité malsaine avec le tueur et sa curiosité morbide qui le fait demeurer rivé à son siège, incapable de décrocher, captivé. C’est là, la grande prouesse de ce film incroyable et certainement inattendu à l’époque. La bande son, particulièrement éprouvante, se trouve en adéquation totale avec l’ambiance souhaitée par le réalisateur.

Quelques lignes quand même sur l’acteur ayant incarné le tueur Frank ZITO. Il s’agit de l’excellentissime Joe SPINELL, également co-scénariste du film. Le succès de Maniac repose en très grande partie sur le talent de cet acteur aujourd’hui disparu. Son interprétation du tueur fou est absolument remarquable. Repoussant voire rebutant par la froideur extrême avec laquelle il commet ses actes atroces mais aussi touchant dans son désarroi, sa fragilité psychologique, sa profonde solitude, sa maladresse, le personnage de Franck ZITO apparaît d’une profonde complexité, torturé par ses pulsions meurtrières contre lesquelles il tentera, en vain, de résister.

Le décès de Joe SPINELL mettra fin au projet de tournage d’une suite au Maniac mais n’empêchera pas la réalisation d’un remake du film sur lequel nous souhaitons livrer quelques brèves réflexions.

LE REMAKE DE MANIAC PAR FRANCK KHALFOUN

Sorti en 2012, ce Maniac revisité a été réalisé par Franck KHALFOUN (2ème sous-sol) à partir d’un scénario co-écrit par Alexandre AJA, déjà rompu aux remakes (La colline a des yeux, Piranhas 3D) et Grégory LEVASSEUR.

Le moins que l’on puisse dire, en parcourant les critiques sur le Net, c’est que ce remake suscite des avis très partagés. Certains ont adoré d’autres ont carrément détesté. Mon sentiment est que ce remake, en soi, n’est pas si mauvais à condition de ne pas le visionner en ayant à l’esprit la version première du Maniac. Une personne ayant visionné le remake avant d’avoir eu l’occasion de voir l’original aura très certainement plus de facilité à l’apprécier. Or, ce ne fut pas mon cas. J’ai vu la version originale avant de visionner son remake. Pour moi, il est des films qui ne souffrent aucune comparaison. Maniac, à l’instar d’autres oeuvres du même acabit telles Massacre à la tronçonneuse qui a également fait l’objet d’un remake ou Zombie, fait indéniablement partie de ces films.

Pour autant, je n’ai pas détesté ce remake. L’interprétation du tueur faite par Elijah WOOD (alias Frodon, le hobbit dans la saga du Seigneur des anneaux de Peter JACKSON) demeure intéressante. Le défi était de taille et pas simple à relever. Loin de se hisser au niveau du charismatique Joe SPINELL, Elijah WOOD ne s’en sort pas trop mal dans ce rôle aux antipodes de celui du gentil Frodon. Techniquement, l’utilisation du procédé de la caméra subjective permet de garder l’esprit de la version originale tout comme l’impression de plongeon dans la tête du tueur. En revanche, l’atmosphère poisseuse de la version originale laisse ici la place à un décor beaucoup plus propre et à des images soignées. L’action ne se déroule plus dans les bas-fonds de la ville de New-York mais dans le milieu huppé de Los Angeles. Physiquement, Elijah WOOD et Joe SPINELL n’ont absolument rien en commun. Je dirai même qu’ils sont à l’opposé l’un de l’autre. Les auteurs du remake semblent avoir cherché à se démarquer de la version de William LUSTIG mais tout en tentant de garder l’esprit gore et brutal qui habite la version d’origine. L’idée n’est pas mauvaise. Cela évite d’emblée, une trop forte comparaison.

Maniac (2012)
Maniac (2012)

Alors, en définitive, ce remake de Maniac apporte-t-il une plus-value par rapport à l’original ?

De mon point de vue, absolument aucune. Et si l’on se force à la comparaison, il est bien évident que le remake ne parvient pas à se hisser à la cheville de son prédécesseur. Les deux films ne sont pas à mettre sur le même plan. Le remake apparaît comme un film d’horreur dont les effets restent efficaces mais sans grande originalité, il faut bien l’admettre. La version originale est tout bonnement un chef d’oeuvre. Le mieux pour vous en convaincre est encore de la découvrir sans tarder mais gare aux âmes sensibles et aux estomacs fragiles.

A priori, si vous me lisez sur ce blog, c’est que vous n’êtes ni l’un ni l’autre donc vous pouvez visionner Maniac sans crainte 🙂