Avec

 Brea Grant

Année :

 2020

Pays :

 Etats-Unis

Durée :

 80 min

Genre :

 Slasher

Production :

 Illium Pictures

La sentence
 
Ambitieux
Bande-annonce de Lucky

Réalisé en plein COVID, LUCKY, huis clos en demi-teinte, est une exclusivité SHUDDER aux Etats-Unis et SHADOWZ en France, les 2 plateformes ayant lancé sa diffusion au même moment, en mars 2021. 

Produit et réalisé par Natasha Kermani, jeune réalisatrice irano-américaine qui signe ici son second long métrage, le film est le fruit de la société de production qu’elle a également créé. Cette information semble marquer une volonté d’indépendance précoce, détail qui a probablement son importance quant au choix thématique de LUCKY.

Fait notable car peu courant, la scénariste de ce film féminin est également l’interprète principale en la personne de Brea Grant déjà à l’origine avant LUCKY d’une mini série de magazine de bande-dessinée. Stakhanoviste, l’actrice de Heroes a certainement mis de sa personnalité dans ce long métrage à l’écriture assez fine.

Alors de quoi parle ce film mené par ces femmes de caractère ? Le pitch relève d’un premier abord de ce que les américains appellent un High Concept, ou la mise en place et le développement d’une idée narrative originale et forte qui est au cœur de l’histoire racontée. Une femme, auteure de livre de développement personnel, se retrouve confrontée à un serial killer qui la poursuit tous les soirs, sans jamais parvenir à la tuer. Les rôles sont d’ailleurs inversés puisque c’est même elle, pourtant présentée comme une victime, qui s’en débarrasse à chaque occasion.

A la lecture de cette prémisse, on pense d’emblée aux productions Blumhouse (Get Out, American Nightmare) société qui s’est justement spécialisée dans le High Concept déclinable jusqu’à essorage complet. Mais là où Blumhouse se positionne sur un registre commercial avéré, ce qui n’enlève d’ailleurs en rien à la qualité de certaines de ses productions, le couple de dames derrière LUCKY ambitionne un projet plus personnel dans son propos et intimiste dans son approche.

Un démarrage lent, qui mérite qu’on le regarde une seconde fois rétrospectivement pour en saisir le sens et les subtilités, laisse peu à peu la place à la situation surréaliste que va vivre l’héroïne. Et très loin des jump scare “blumhousiens”, on partage très progressivement le malaise et l’incompréhension de May interprétée avec justesse et retenue par Brea Grant. Toute l’histoire tourne justement autour du point de vue du personnage principal, obligeant le spectateur à s’accrocher pour en savoir plus, presque en vain.

De Blumhouse, on commence à lorgner du côté de David Lynch et de ses métrages dont l’histoire est totalement menée par la psychologie ou plutôt la défaillance psychologique de ses personnages principaux. On comprend après la seconde moitié du film que May est probablement à l’origine d’une situation totalement perchée qui semble n’avoir aucune issue. La réalisatrice et sa comparse scénariste ont, de ce point de vue, réussi à créer un univers étrange peuplé de personnages en apparence normaux mais qui rapidement semblent sortir de nulle part.

Le soucis du film tient malheureusement dans sa volonté à vouloir trop en faire sans vraiment savoir où aller. LUCKY a le mérite d’évoquer une souffrance féminine où une revendication, je ne sais pas trop, en évitant des slogans lourdingues qui ferait passer le film en second plan. Natasha est clairement une cinéaste qui aime le cinéma. Mais son propos n’est pas clair malgré un climax en apothéose montrant moulte dames dans la même situation que notre héroïne qui semble avoir totalement perdue la tête. Peut-être le film est il destiné avant tout aux femmes plus réceptives à la manière dont l’histoire est racontée.

Bien que l’on sente un déroulement psychologique du personnage assez maîtrisé, l’écriture pêche par son manque de rattachement aux codes du slasher, qui est, rappelons le, le point de départ de ce film. LUCKY aurait certainement mérité d’être beaucoup plus centré encore sur son High  Concept en s’appuyant sur les attentes de ce sous-genre pour mettre en valeur ses choix thématiques et son point de vue sous jacent.

Mais soyons honnêtes, l’exercice est particulièrement ambitieux et délicat à mettre en place. LUCKY a de sérieuses qualités et laisse présager avec un peu plus de moyens, notamment scénaristiques, des chefs-d’œuvre à venir.

Pour les curieux le film est disponible sur la plateforme Shadowz juste .

VALG

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1 like = une cervelle fraîche pour un petit zombie