Synopsis

César est un gardien d’immeuble toujours disponible, efficace et discret. Disponible pour s’immiscer dans la vie des habitants jusqu’à les connaître par cœur ; discret quand il emploie ses nuits à détruire leur bonheur ; efficace quand il s’acharne jusqu’à l’obsession sur Clara, une jeune femme insouciante et heureuse…

La critique

Au risque de faire grincer des dents, je vous avoue ne pas être fan des réalisations de Jaume Balagueró. La secte sans nom m’a ennuyé. Je n’ai d’ailleurs jamais compris l’engouement qu’il a suscité et les prix gagnés. REC m’a amusé mais pas au point d’en voir la suite. Non vraiment, je me suis toujours dit qu’il y avait mieux en Espagne dans le genre.

Et pourtant, la bande-annonce de ce petit film a piqué ma curiosité. Pas de zombies, pas de secte suicidaire menée par un vieux nazis sur le retour admiratif de Hopkins en Hannibal Lecter. Tiens, ça a l’air sympa et sombre à souhait ce qu’à fait Jaume cette fois. Ni une ni deux, je récupère le DVD, si si le DVD et me regarde ça sans trop d’à priori en soirée dans le noir complet casque sur les oreilles.

Et figurez vous que là Jaume m’a impressionné. Il m’a tenu en haleine du début à la fin. Le réalisateur espagnol signe ici le meilleur de ses films que j’ai vu. Il s’agit d’un film presque intimiste simple et sombrement efficace.

Malveillance de Jaume Balagueró (2011) - Critique

L’essentiel se déroule dans un lieu unique et avec peu d’acteurs. Un petit immeuble avec ses quelques habitants aux traits suffisamment épais pour amuser et les différencier. Et surtout, ses deux acteurs principaux, héros et méchant de l’histoire qui portent le film malgré un jeu réservé et assez fin.

Dans ce film, Jaume fait le choix de la réserve, de la tension lente et insidieuse tout le long de l’histoire. Cette fois, pas ou très peu d’effets classiques de type porte qui claque. La surprise fait place au vrai suspens à l’ancienne. Grâce à la simplicité du concept fort défini ici dont Jaume ne s’éloigne absolument jamais, le réalisateur profite de l’occasion pour positionner son histoire de manière insidieusement originale. Il traite et revoit à sa façon deux éléments narratifs de base : l’identification et les moments clés.

Le gardien d’immeuble est d’emblée mis en avant comme étant l’antagoniste, celui qui va amener le malheur dans la vie de notre héroine. Et pourtant c’est presque à lui que l’on s’identifie. Jaume brouille les pistes. Là où le risque de créer ainsi de la distance par rapport à ses personnages aurait pu plomber l’histoire, Jaume nous pond l’exploit, rien moins que ça, de transférer l’identification d’un personnage à l’autre selon les situations. Et on ne se rend compte de rien si ce n’est une gêne croissante d’avoir un brin de sympathie pour un personnage odieux et pervers.

Malveillance de Jaume Balagueró (2011) - Critique

En terme de structure narrative, bien que le film respecte grosso modo celle classique des 3 actes, Jaume laisse au placard ses gros sabots et fait grimper la tension tout en finesse. Il appuie délicatement là où ça fait mal. Son histoire et ses moments forts sont comme un couteau qui s’enfonce lentement dans une plaie à peine ouverte. Et ce couteau, le réalisateur patient le tourne encore et encore jusqu’à un final attendu et qui pourtant fait mal.

Ne vous attendez donc pas à de gros rebondissements qui giflent, mais une histoire qui se construit savamment, patiemment, avec une réelle envie de créer des personnages attachants, ce qui justement me semblait faire défaut dans les autres réalisations de Balagueró. On a ici une démoniaque histoire bien sombre, où la suggestion plus que la démonstration est de mise. Fait trop rare dans le genre, l’histoire fait place à l’imagination et c’est peut être là le véritable atout majeur du film qui m’a redonné espoir en un cinéma de genre malin trop rare ces derniers temps.

VALGUR