La Nuit “Quartier Interdit” est le nom donné à la seconde nuit du PIFFF (Paris International Fantastic Film Festival) avant le PIFFF lui-même qui aura lieu fin novembre. Les organisateurs ont choisi ce nom en le préférant à l’expression “Grind House” qui a fini par être totalement galvaudée dixit ce cher et tendre Fausto Fasulo. Pour ceux qui s’en souviennent Quartier Interdit était également le nom d’une émission TV sur la chaîne Canal + présentée par l’excellent Jean-Pierre Dionnet, co-fondateur de Métal Hurlant et des Humanoïdes Associés en 1974. Cette émission qui n’a malheureusement duré que 4 ans, de 1998 à 2002 était évidemment consacrée aux films gores, bizarres et/ou hors normes, généralement des séries B voire Z. Bref revenons à nos brebis galeuses.

Cette soirée spéciale, cette nuit même devrais-je dire, était l’occasion de voir en avant-première la suite des aventures de Machete, Machete Kills de Robert Rodriguez suivi de trois pépites du cinéma d’exploitation des années 1970-80 : L’Enfer des Zombies de Lucio Fulci, Baby Cart : L’enfant massacre de Kenji Misumi et enfin Vigilante de William Lustig. C’était aussi et avant tout l’occasion de retrouver les membres de la secte pour procéder à quelques incantations mystiques.

Nos invitations en poche, les hostilités pouvaient commencer. 21h30 : après une petite introduction comme il se doit de la soirée et du film à venir par Fausto et Cyril Despontin, l’organisateur du PIFFF, Machete Kills commence.

On a toujours droit à notre lot de bandes-annonces dans la lignée de ce qui avait été réalisé pour le diptyque Grind House de Tarantino/ Rodriguez. Rob Zombie, Edgar Wright ou encore Eli Roth avait participé. Cette fois si je ne m’abuse, il s’agissait de bandes-annonces authentiques : L’Etalon Italien avec Stallone, le film érotique qui a fait “exploser” notre ami musclé aux yeux du grand public en 1970 et Werewolves on Wheels, un bon nanar qui comme son nom l’indique raconte l’histoire de bikers loups-garous.

Nuit du PIFFF 2 : Quartier Interdit

Machete est un film qui divise beaucoup. Après la fameuse bande-annonce diablement efficace qui précédait le très bon Planet Terror, les gens avaient beaucoup d’attentes. Personnellement je n’ai pas été déçu. N’ayez crainte j’ai laissé mon côté bisounours au placard mais je me suis franchement bien marré avec ce premier opus, je ne me suis pas ennuyé ni endormi, bref j’avais passé un bon moment. Cette suite est dans la stricte lignée. Rodriguez se paye une fois de plus un casting 3 étoiles pour sa parodie avec Mel Gibson, Banderas, Lady Gaga, Amber Heard (C’est qui déjà…? ah oui la nouvelle nana de Johnny Depp. Mais pas seulement, rendons lui justice, elle tenait le 1er rôle dans The Ward de John Carpenter), l’excellent Charlie Sheen, Michelle Rodriguez et biensûr ce bon vieux Danny. Ce film est très loin d’être un chef d’oeuvre c’est évident mais il est très divertissant et je suis d’avis qu’il ne faut pas forcément en attendre plus de ce genre de film. Beaucoup de références et de clins d’oeil, de James Bond à Rambo en passant par Mad Max et Star Wars. Le scénario tient en 2 lignes et certains passages ou certains gadgets sentent un peu le réchauffé, comme l’arme que la mère maquerelle possède entre les jambes qui est strictement la même que celle de Sex Machine dans Une Nuit en Enfer. Ce que l’on peut reprocher à ce film c’est également le manque de fil conducteur, plusieurs petites intrigues s’empilent et s’enchaînent permettant aux guests de faire leur apparition puis de disparaître aussi sec. La recette est la même que pour le premier film : un regard satirique sur l’Amérique, sa politique, ses armes. Ajoutez-y quelques filles sexy, des hectolitres d’hémoglobine, des morts improbables, de l’humour noir et potache et vous obtiendrez ce Machete Kills. Pour ceux qui se sont marrés devant le premier opus, vous devriez apprécier. Pour les autres, passez votre chemin.

La salle a eu l’air d’apprécier… On reste le cul posé sur notre siège en attendant le 2e film. La fatigue commence déjà légèrement à se faire sentir, pas de bonne augure.

Nuit du PIFFF 2 : Quartier Interdit

L’Enfer des zombies de Lucio Fulci commence. Il a été rebaptisé Zombi 2 pour l’international pour des questions marketing. Zombie (Dawn Of The Dead) de Romero venait juste de sortir et les marketeux ont voulu profiter de ce succès pour la sortie de son film en 1979. Ce film fut un tournant dans la carrière du réalisateur qui tourna plus tard Zombi 3, L’Au-delà, La maison près du cimetière ou Frayeurs. Fulci réalise ici avec brio un film d’horreur nous replongeant directement aux origines voodoo du mythe zombie ( vous trouverez plus d’informations dans notre dossier Zombie Forever ). Pas de décor urbain, là nous sommes en pleine forêt tropicale. La marque de fabrique de Fulci et ce qui le différencie des films de Romero outre le fait qu’il n’y ait plus de satire sociale, c’est l’ambiance poisseuse qui règne et les corps en état de putréfaction très avancée grouillant de vers de ces charmants zombies ainsi que certaines scènes ultra-gores comme celle ou un zombie voyeur empale lentement l’oeil de sa victime sur un morceau de bois pointu. Miam. Bref, pour un film de commande Lucio réalise une oeuvre singulière et nous régale.

Alors à ce moment-là de la soirée, Darko et Valgur vont m’abandonner ! Petits joueurs, ouais je balance 😀 Je vais finir les deux derniers films en solo. On approche les 2h du matin, je commence sérieusement à fatiguer, à tel point, et j’en suis désolé, que je me suis légèrement assoupi au milieu du film suivant : Baby Cart 2 L’enfant massacre de Kenji Misumi (1972).

Nuit du PIFFF 2 : Quartier Interdit

De ce que j’en ai tiré tout de même, on peut dire que ce film est destiné aux amateurs de westerns spaghetti et de Sergio Leone. L’histoire est simple. Itto est un tueur, un ex-bourreau Shogun. Il propose ses services de tueurs au plus offrant en se baladant avec son fils de 3 ans Daigoro dans une poussette un peu particulière. Le problème est qu’il a d’autres tueurs, des ninjas et des amazones à ses trousses. Ce film fait partie d’une saga et est une adaptation d’un manga. Le premier film posait les bases, expliquait. Celui-ci ne s’embarrasse pas de blabla et va à l’essentiel : découpage de membres au katana et geysers de sang qui auront sans aucun doute inspiré Tarantino pour son Kill Bill, entre autres. Misumi s’amuse à étirer les scènes et injecter un suspense implacable dans des séquences qui n’en méritent pas tant. De nombreux instant décalés et jubilatoires et une mise en scène très travaillée font de ce film un petit bijou.

Au taquet pour le dernier film et pas des moindres : Vigilante de William Lustig (1983). Il est quasiment 4h du mat’, la plupart des gens sont encore là.

Nuit du PIFFF 2 : Quartier Interdit

William Lustig tournait 3 ans auparavant le génial Maniac, tout le monde s’attendait alors à un nouveau film d’horreur dans la lignée de ce dernier. Cette fois il y a la violence certes mais on est dans un pur polar noir. La famille de William Forster se fait sauvagement agresser, son fils est assassiné et sa femme poignardée à plusieurs reprises. Refusant toujours les propositions de la milice de les rejoindre, il finira par accepter pour effectuer sa vengeance personnelle. Bon… soyons réalistes, ce film fait totalement l’apologie d’un nihilisme sans borne. Mais la force de ce film réside dans le fait de créer chez nous cette empathie qui nous fera le soutenir et l’encourager à se faire justice lui-même. Cela fait ressortir chez le spectateur ses plus bas instincts, les plus intolérables moralement. La justice et la police sont impuissantes et corrompues et sont donc à l’origine de la création de cette milice. Les scènes de violence, aussi atroces soient-elles sont filmées avec le plus grand réalisme. Pas de fioriture dans ce Vigilante qui est certainement encore aujourd’hui un des meilleurs polars du cinéma indépendant américain.

C’est terminé pour cette 2e Nuit du PIFFF ! Il est quasiment 6h du matin, un dimanche. Je me retrouve dans le RER avec joie au milieu des jeunes trouduc sortant de boîtes de nuit, des clochards et des piliers de bar. Vivement la suite en tout cas et rendez-vous pour le festival officiel du 19 au 24 novembre !

FONZI