synopsis

2054. Dans un Paris labyrinthique où chaque fait et geste est contrôlé et filmé, Ilona Tasuiev, une jeune scientifique surdouée est kidnappée. Avalon, l’entreprise qui emploie Ilona, fait pression sur Karas, un policier controversé, spécialisé dans les affaires d’enlèvement, pour retrouver au plus vite la disparue. Karas sent rapidement une présence dans son sillage. Il n’est pas seul sur les traces d’Ilona et ses poursuivants semblent prêts à tout pour le devancer. Retrouver Ilona devient vital : la jeune femme est l’enjeu d’une guerre occulte qui la dépasse. Elle est la clef d’un protocole mettant en cause le futur du genre humain. Le protocole Renaissance…

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la critique

Hé bien, les amis, voilà du lourd made in France, pardon… « fabriqué en France » ! En comparaison d’un film comme Sin City, sorti un an plus tôt, Renaissance n’a pas eu à sa sortie en salles en 2006 la médiatisation qu’il aurait mérité, ce qui explique sans doute son score mitigé au box-office. Mais, depuis, un noyau dur de fans chante ses louanges sur la toile tant on a ici affaire à un film hors du commun. C’est d’abord le parti-pris esthétique du noir et blanc sans nuances de gris – ou très peu – qui frappe le spectateur : le film commence sur une séquence nocturne et ce sont des contours blancs tranchés, silhouettes, visages, formes urbaines, qui émergent d’un nuit noire comme l’encre…

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L’oeil met à peine quelques minutes à s’habituer au clair-obscur de cet environnement radicalement expressionniste, car très vite on est fasciné par les reflets, les différentes matières, les jeux de lumière, avant de se laisser définitivement emporté par de grands mouvements de caméra qui évoquent le meilleur du cinéma : Fritz Lang, Orson Welles, Alfred Hitchcock, Ridley Scott… Waouh… Renaissance est un film d’animation, donc sans contraintes physiques, et comme la plupart de ces productions, le film aurait pu vouloir en mettre plein la vue avec des mouvements de caméra 3D impossibles à réaliser en vrai… Mais d’emblée son ambition est clairement d’être un grand film de cinéma et d’en épouser la syntaxe.

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Deuxième bonne surprise : l’animation des personnages ! Certes, on peut contester le choix du dessin des visages en 2D, un peu simpliste et très typé BD en comparaison de l’environnement maniériste et photo-réaliste dans lequel ils évoluent. Néanmoins, on ne peut qu’applaudir l’animation de ces visages « de papier », car l’expression humaine est bien là – vive, fugace, subtile – au point qu’on sent la présence d’acteurs… Et pour cause : avec Le Pôle Express de Robert Zemeckis, Renaissance a été le tout premier film à utiliser la capture de mouvements et d’expressions d’acteurs réels pour animer des personnages en 3D, pratique qui largement s’est démocratisée depuis, en particulier avec l’impressionnant travail d’Andy Serkis sur le personnage de Gollum dans Le Seigneur des Anneaux.

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Du coup, il ne reste plus qu’un bon scénario pour faire du film un canon d’un nouveau genre… Et, là, le film semble diviser les cinéphiles. Pour ma part, je trancherai assez vite ce débat. Je pense que les scénaristes Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte – qui sont loin d’être des petits joueurs – ont fait un travail formidable en chassant l’esbroufe et en essayant d’écrire un grand film de science-fiction, un futur « classique » avec son histoire limpide qui tire vers l’allégorie. En réinvestissant l’un des grands mythes et fantasmes de la science moderne et en laissant dans le caniveau les « twists » intempestifs auquel nous a habitué le cinéma des années 2000, les scénaristes nous embarquent dans une grande et belle histoire régie non par le principe de la surprise, mais plutôt par celui de la confirmation. Confirmation au goût amer, comme l’appréciait tant les tragédiens grecs, celle de l’hybris – orgueil démesuré – fauché en plein vol, celle de l’ heimarménè – destin, fatalité – implacable. Le scénario avance donc implacablement et ne se permet que peu de fantaisies, à l’instar de grands films noirs comme M le Maudit ou La Nuit du Chasseur. On pense aussi à Metropolis, à La Jetée ou encore Blade Runner, un autre vrai polar de science-fiction. Et, si en termes de genre et d’esthétique, les points communs avec Sin City sont nombreux, du point de vue scénaristique Renaissance se situe aux antipodes du scénario à tiroirs et éclaté temporellement qui fait la marque de fabrique de Robert Rodriguez et Quentin Tarantino.

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Dans cette perspective « classiciste », renforcée par le cadre générique du polar, les personnages sont forcément typés : le flic abîmé mais au grand coeur, la brune fatale, la blonde faussement ingénue, le patron véreux, le nabab chef de gang… Cette typologie en agacera plus d’un par son aspect simpliste, souligné par le traitement BD des personnages. Pourtant, c’est à ce prix que le film atteint l’universel avec une élégance rare dans une science-fiction française d’obédience souvent baroque et surréaliste, tels La Cité des Enfants Perdus de Jeunet et Carot, Le Cinquième Élément de Luc Besson ou Immortel ad Vitam d’Enki Bilal, pour ne citer qu’eux.

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Mais, parler des personnages sans évoquer la ville elle-même serait un oubli grossier, car le personnage principal de ce film est avant tout son environnement : la ville de Paris en 2054. Sur ce point, le film remplit et même excède toutes les attentes ! Le travail sur les décors est à couper le souffle et se distingue par sa profonde originalité. Le Paris de Christian Volckman est une ville unique, composite architectural du Paris historique (la pierre néo-classique d’Haussmann, le fer et le verre d’Eiffel précurseurs de l’Art Déco) et d’un Paris futuriste que le quartier de la Défense préfigure déjà.

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Du coup, le film se situe au croisement de l’esthétique steampunk (le Paris XIXème siècle lié à l’ère industrielle), de l’esthétique dieselpunk de l’entre-deux-guerres et, enfin, de l’utopie futuriste. Volckman a travaillé avec des architectes et même des designers de Citroën : les trottoirs en verre, les jardins suspendus, le parvis transparent de Notre-Dame, les DS du futur… C’est la vision d’une ville-patrimoine mise sous cloche et dont les riches vivent en surface et les pauvres en souterrain, c’est un futur plus que probable ! À noter, le héros, Karas semble d’origine caucasienne et musulmane, un autre indice de la qualité du film dans la pertinence de sa vision de notre petit pays en devenir dans un monde globalisé.

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