Avec

 Charlotte Kirk, Sean Pertwee, Steven Waddington

Année :

 2020

Pays :

 États-Unis

Durée :

 111 min

Genre :

 Épouvante, Horreur

Production :

 MoviePass Films

La sentence
 
Manque d'ambition

Synopsis

A la fin du 17ème siècle, en Angleterre, alors que l’épidémie de peste bubonique continue à faire des ravages et que la “chasse aux sorcières” bat son plein, Grace Haverstock, une jeune veuve élevant seule son bébé depuis le suicide de son mari, est accusée de pratiquer la sorcellerie. Elle va être soumise à la “question” (torture) d’un juge fanatique et impitoyable chargé de reccueillir ses aveux avant qu’elle ne soit conduite au bûcher…

La critique

Sorcière est le dernier long métrage écrit et réalisé par Neil Marshall qui n’en est pas à son coup d’essai en matière de films de genre. Il s’est déjà illustré par le passé avec notamment deux films à succès, Dog soldiers et The Descent.

Les films traitant de la thématique des sorcières sont nombreux et variés au niveau des registres. Dans les comédies qui datent un peu, on pourra citer notamment les Sorcières D’Eastwick de Georges Miller avec un casting époustouflant réunissant Jack Nicholson, Michelle Pfeifer, Susan Sarandon, la chanteuse Cher et plus récemment, Sacrées sorcières de Robert Zemeckis, assez bien fait dans le genre divertissement. Dans un registre plus sombre et horrifique, le classique et indétrônable giallo Suspiria de Dario Argento demeure une référence mais on peut aussi citer le Lords of Salem de Rob Zombie, et bien d’autres. Qu’en est-il donc de celui de Marshall ?

La première réflexion qui m’est venue après avoir visionné Sorcière c’est qu’il n’est absolument pas ce qu’il prétend être c’est à dire un film d’épouvante et d’horreur comme annoncé. Il s’apparente davantage à un drame historique du moins dans sa première partie. Ne vous attendez donc pas à trouver ici des sorcières malfaisantes, dotées de pouvoirs maléfiques et jetant des mauvais sorts à de pauvres gamins.

Avec sa Sorcière, Neil Marshall se détache complètement de ces lieux communs pour nous livrer une version se voulant plus intimiste, proche du réel et ancrée dans une dimension historique. Le film se passe dans l’Angleterre du 17ème siècle, une époque encore marquée par une pandémie de peste décimant la population mais aussi par une « chasse aux sorcières » dont furent victimes des centaines de milliers de femmes en Europe, accusées de pratiquer la sorcellerie. En soi, ce parti pris de traiter ainsi la thématique des sorcières n’est pas un souci, au contraire, mais il aurait été préférable de l’annoncer clairement afin d’y préparer le spectateur et éviter une éventuelle déception.

Ensuite, mon impression au démarrage reste encore très mitigée. Sur la forme, l’idée d’amener les personnages et leur histoire à travers une alternance de scènes de flashback (scènes en noir et blanc) et de réel (scènes en couleur) n’est pas mauvaise mais niveau rythme, c’est un peu vite torché tout de même. On nous sert vite fait, l’épisode de la veuve éplorée par le décès brutal de son mari pour faire pleurer dans les chaumières mais l’ensemble peine à produire son effet d’autant que les événements s’enchaînent rapidement mais le deuil de la malheureuse épouse quant à lui, a tendance à s’éterniser (ou bien alors je manque cruellement d’empathie ce qui n’est pas impossible non plus). Une fois passée cette première séquence, le spectateur entre un peu plus facilement dans le film et croit comprendre que l’objectif du réalisateur est a priori, de mettre en avant une page assez sombre de l’Histoire. Mais ça ne sera malheureusement pas vraiment le cas.

L’essentiel du film porte sur la confrontation entre la victime (Grace) et son bourreau (le juge inquisiteur et fanatique religieux) chargé d’obtenir des aveux par le recours à la torture, autre pratique courante à l’époque pour obtenir la preuve ultime. Le problème est que notre héroïne est plutôt du genre résistante à la douleur (c’est le moins qu’on puisse dire au vu des sévices qui lui sont infligés) et ne se laisse pas impressionner aussi facilement. Le final, sans surprise, est assez décevant en ce qu’il prend la forme d’une banale vendetta (Grace versus ses bourreaux) avec l’intervention d’un personnage insignifiant qui n’apparaît qu’à la fin du film mais qui, du coup, joue un rôle crucial dans le dénouement. Cette fin est clairement bâclée, faite de clichés et de caricatures (la victime qui se retourne contre ses bourreaux et leur fait la misère).

Niveau casting, le film repose essentiellement sur les épaules de l’actrice Charlotte Kirk incarnant le personnage de Grace Haverstock. Plutôt charmante et charismatique de part son physique, son jeu d’actrice, en revanche, se révèle moyen notamment dans les passages où elle doit faire preuve d’expressivité ou d’émotions. Le film nous balance au passage, quelques scènes de nudité mettant en avant le corps de la belle Grace mais qui n’apportent aucune plus-value au film si ce n’est pour le plaisir des yeux et de la chair. Dans le prolongement, les quelques scènes jouant sur l’ambiguïté rêves/hallucinations et réalité en faisant intervenir un personnage démoniaque mais aussi le fantôme de l’époux suicidé créent une bizarrerie au beau milieu de ce film se voulant jusqu’alors ancré dans le réel.

En définitive, je dirais que l’idée de départ est plutôt bonne et même ambitieuse. Même s’il ne s’agit pas d’un film d’épouvante et d’horreur, la manière de le traiter dans sa dimension historique est originale et aurait pu être l’occasion de développer davantage cette période sombre de l’Histoire. Mais au lieu de ça, le réalisateur ne peut s’empêcher de flirter avec la fiction en introduisant des éléments qui éloignent et détachent le film du réel, le faisant basculer, au final, dans une relative banalité là où l’on aurait espéré plus d’ambition. Dommage.

DARKO

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