Ce film me laisse assez perplexe et j’ai étrangement bien du mal à dire si je l’ai aimé ou non. On y retrouve quelques références évidentes. J’y vois un mélange de Mad Max surtout le 2, Fury Road pour le personnage d’Arlen que l’on peut rapprocher de Furiosa et La Colline A Des Yeux également pour les cannibales en plein désert. Le tout aurait pu être réalisé par David Lynch ou autre en gros. Pas pour l’atmosphère propre au cinéaste mais pour le côté surréaliste et improbable de la narration et du visuel.

Le postulat de départ est le suivant : Les autorités placent dans ce désert tous les rejets de la société, ceux qui selon les critères établis par la société dépeinte dans ce film ne sont que des parasites (les bad batch) et n’apportent strictement rien au bon fonctionnement du système. Une idée que l’on retrouve également dans Cube de Vincenzo Natali. C’est un aspect super intéressant du film mais seulement évoqué le temps d’une micro-introduction de 2 minutes et donc très largement sous-exploité. C’est bien dommage. Les bad batch sont donc mis à l’écart et tentent de survivre par leurs propres moyens au milieu de ce Burning Man Festival trash. Cannibalisme, drogues, décharges à ciel ouvert, carcasses d’avions en guise d’habitations…

Le casting réuni ici est assez dingue et hétéroclite : un Keanu Reeves en gourou planant aux allures de producteur porno 70’s, un Jim Carrey muet à peine reconnaissable dans un rôle totalement à contre emploi proche du rôle de Bruce Spence dans Mad Max 2 et Jason Momoa, l’acteur de films d’action qui n’en finit plus de monter à la manière d’un Dwayne Johnson, qui se retrouve dans la peau d’un boucher cannibale bodybuildé adepte de peinture à l’huile et de dessin.

Pour mieux vous faire comprendre à quel point ce film peut être barré, je préfère vous prévenir que je vais un peu spoiler sur le paragraphe suivant. Alors si vous ne souhaitez pas en savoir plus sur le contenu de ce film je vous invite à enjamber le paragraphe suivant pour passer directement à la suite.

Une nana (interprétée par Suki Waterhouse, actrice quasi inconnue au bataillon) commence donc à errer dans ce désert après avoir été éjectée comme un déchet hors du système. Elle se fait enlever par deux individus sortis de nulle part au volant d’une voiturette de golf old school et se retrouve captive dans une communauté de bodybuilders cannibales. D’emblée elle se fait couper un bras et une jambe pour être dégustés au barbec. Avant qu’elle ne finisse complètement bouffée, elle arrive à se sauver en se recouvrant de sa propre merde et se hisse sur un skate à travers le désert. Un ermite la retrouve et l’emmène dans une autre communauté non cannibale cette fois-ci dirigée à la cool par un gourou à moustache. Six mois plus tard, elle décide de retrouver les cannibales pour se venger. En chemin elle tombe sur une décharge (toujours en plein milieu du désert) où la femme et l’enfant de Momoa, un des cannibales, sont en train de faire leur marché. Elle tue la femme, emmène la gosse et retourne dans la communauté du gourou. Momoa part à la recherche de sa gosse à l’aide de son scooter vintage et de son hachoir. L’unijambiste et le cannibale vont se rencontrer et un début de romance va alors naître entre nos deux protagonistes. Tellement beau.

Ana Lily Amirpour, la réalisatrice, se sert de notre connaissance des revenge movies et des films d’horreur pour mieux nous surprendre. On s’attend à un personnage féminin fort parti pour se venger et massacrer ses tortionnaires dans des scènes de violence jouissives mais… il n’en est rien. Que ce soit dans les scènes de mutilation, de boucherie ou de tête à tête entre le cannibale et sa proie, l’ambiance est tout sauf anxiogène et poisseuse. Des actes atroces sont commis et il y a un vrai fossé entre le sentiment que cela devrait nous procurer et ce que l’on ressent vraiment. Amirpour veut focaliser notre attention sur la relation qui se crée entre la belle et la bête. Le reste est plutôt anecdotique.

L’univers est génialement barré. On y voit en plein désert des gars pousser de la fonte sur fond de Die Antwoord ou Ace of Base en compagnie de gens charcutés et démembrés enchaînés un peu partout et mis de côté pour le goûter. Visuellement c’est une belle claque mais… rien de plus, c’est vide. Le film dure 2h et démarre fort mais au bout d’une heure j’ai sérieusement commencé à m’emmerder. Cet univers et ce visuel ne servent aucun propos réel donc c’est décevant. Il y a pourtant un énorme potentiel. Dans un sens, ça me fait penser à un film de Wes Anderson. C’est beau mais c’est chiant. Pourquoi exploité un univers de série B voire Z pour ça ? Question de mode peut-être. Un hommage à un certain type de cinéma mais ça ne fonctionne pas. Mais au moins la proposition est originale et c’est bien réalisé en terme d’effets, de décors, de casting, de cadrage, de photographie…c’est juste le scénario qui pêche. Comme quoi on en revient toujours à ça. Mieux vaut un scénario béton avec un univers pauvre que l’inverse. Et à ce niveau je repense souvent à un film de référence pour moi en terme de scénario : Man From Earth scénarisé par Jerome Bixby. Quelques personnes discutent dans un châlet devant un feu de cheminée et … c’est “tout”, mais ça tient en haleine jusqu’au bout et même après où le film continue de faire cogiter.

Pour The Bad Batch, aucune sortie officielle prévue en France pour le moment. Si vous avez l’occasion de le voir, n’hésitez pas à venir partager votre avis en commentaire !

FONZI