Dans un futur proche… Toute personne célibataire est arrêtée, transférée à l’Hôtel et a 45 jours pour trouver l’âme soeur. Passé ce délai, elle sera transformée en l’animal de son choix. Pour échapper à ce destin, un homme s’enfuit et rejoint dans les bois un groupe de résistants ; les Solitaires.

Darko : Je trouve l’idée à la base plutôt originale et le casting est bon avec un Colin Farell méconnaissable dans ce rôle aux antipodes de ceux qu’il joue habituellement. Perso, je ne suis pas fan de cet acteur mais je dois reconnaitre que sa prestation dans The Lobster est réussie »

Valg : Colin Farrell est assez exceptionnel effectivement dans son rôle de célibataire froid en mal d’amour. J’étais très sceptique concernant le côté burlesque du personnage sur la durée et il gère cet aspect à merveille. On est loin d’un Douglas Quaid de Total Recall. Il tient le film qui malheureusement lui tient difficilement le cap sur 1h45. La thématique d’une société totalitaire où chacun se doit d’avoir une vie réglée au millimètre est assez banale. Mais l’approche qui consiste à se focaliser sur l’obligation d’avoir un partenaire de vie est assez amusante.

Colin Farrell est assez exceptionnel

D : Oui, je suis assez d’accord. C’est ce dernier aspect que je retiens d’intéressant et la prestation de Colin Farell également. Effectivement, le film a du mal à tenir le spectateur en haleine jusqu’au bout. A mon avis, il y a la première partie où l’action se déroule au sein de l’hôtel et l’histoire se met en place progressivement avec ce fameux compteur des 45 jours fatidiques qui crée une petite tension et surtout, on sait où on va. Ensuite vient une seconde partie en dehors de l’hôtel où l’histoire semble s’éparpiller et du coup, perd un peu en efficacité. L’idée de départ se noie au fur et à mesure que l’histoire avance en s’affranchissant de la notion de temps. Il aurait sans doute mieux valu explorer davantage l’idée de départ sur l’obligation de trouver un partenaire de vie en respectant le délai imparti plutôt que d’élargir de trop pour finir par s’essouffler en bout de course. De manière moins ambitieuse, on aurait pu imaginer l’idée de départ travaillée dans le cadre d’un format plus court et peut-être mieux adapté…

Lobster-56

V : C’est ça. La façon dont le film est traité laisse penser dès le début à un court métrage dont on attend la chute rapidement. La seconde partie ressemble presque à une extension qui vise à étendre l’histoire. Ok on développe l’idylle du héros qui devient le point central du film mais cette histoire aurait pu et du être développée dans le cadre du premier lieu. En fait, le choix se tient en mettant deux groupes de la société en opposition mais pas sur 1h45. D’un point de vue narratif, on se fait un peu chier passé la première partie qui enchaine les situations presque burlesque et surréaliste. Ou le film aurait du etre transformé en série afin de développer cette société malade et en savoir plus sur les personnages ou il aurait du rester sur du format court percutant et tendu. Là on est entre les deux. D’ailleurs en parlant d’entre deux, je n’ai pas compris le choix de transformer les célibataires « longue durée » en animal. ça engendre des situations marrantes mais ça semble arbitraire. T’en pense quoi ?

D’un point de vue narratif, on se fait un peu chier passé la première partie qui enchaine les situations presque burlesques et surréalistes

D : A vrai dire, je ne vois pas trop quelle interprétation donner à ce choix sinon de dire que si la personne seule n’est pas capable de trouver un partenaire de vie dans le délai imparti, elle n’est plus digne de rester au sein de cette société des humains d’un genre un peu spécial… Mais à la limite, ce choix même arbitraire n’est pas vraiment dérangeant en soi. Il aurait simplement mieux valu creuser davantage cet aspect plutôt que de le laisser en suspend. Il n’en demeure pas moins que le film a quand même décroché le prix du Jury au festival de Cannes l’an dernier. Le réalisateur Yorgos Lanthimos n’en est d’ailleurs pas à son coup d’essai. Il avait déjà décroché le prix « un certain regard » à ce même festival en 2009 pour son film Canine. En tous cas, j’ai l’impression que ce réalisateur a l’air de prendre un malin plaisir à s’amuser avec les codes et règles sociales établies en les tournant en dérision ou en les poussant à l’extrême comme dans The Lobster… Il y parvient assez bien d’ailleurs.

Lobster-60

V : Oui c’est ça que je reproche justement. Le choix me parait arbitraire parce que pas exploité. Du coup on a un aspect fantastique totalement inexploité alors que le réalisateur aurait pu en jouer. En résumé, pas mal de bonnes pistes mais je reste sur ma faim et j’avoue avoir eu du mal à rentrer dedans malgré une vraie qualité de narration.

D : Avis partagé. Malgré un assez bon démarrage, le film n’évite malheureusement pas l’écueil de l’essoufflement et s’avère, au final, assez inégal. Un poil dommage car il y a pourtant de belles idées et de l’imagination.